‹ La vie tragique de Vincent van GoghChapitre 12 sur 59 · COMMIS DE LIBRAIRIE À DORDRECHT · texte numérisé non relu

COMMIS DE LIBRAIRIE À DORDRECHT

fi LES d PAT Aie LEA

À la Noël de 1876, Vincent rentra auprès de ses parents, à Etten. Ils le décidèrent à ne plus retourner en Angleterre, Il resta pourtant en excellents termes avec Mr.Jones qu'il devait retrouver plus tard en Belgique. Le père de Van Gogh, Hollandais modéré s’il en fût, s 'inquiétait de l’ardeur mystique de son fils aîné. Il voulut chercher

un dérivatif, Une fois de plus, on fit appel

à la providence de la famille, à l'oncle Vincent et grâce à lui, le jeune pasteur-

professeur d'Isleworth, trouva une place

de commis de librairie chez Braam et

Blussé à Dordrecht. Il y passa trois mois, se révélant un médiocre employé, étonnant

tout le monde par sa misanthropie et ses

allures bizarres, se promenant en tenue de

quaker dans la petite ville pittoresque,

conquise sur l’eau, aux lueurs mystérieuses,

où les petits toits rouges, les façades à

pignons se bousculent autour d’une tour

La ZE A nn PRE» Le LTÉRNSES ENT re Æ F

massive au sommet de laquelle s’affole

sans cesse le jacassement des corneilles, Il

Ha 35) Tu

Le

vit en ascète, Il n'y a guère que le tabac à quoi il n'arrive pas à renoncer. Il s’attarde à traduirefdans toutes les langues qu'il connaît des passages de la Bible pour en mieux pénétrer le sens, « Il devient stupide à force de piété » ose écrire une de ses sœurs en parlant de lui. Au petit musée, il ne remarque qu’un Christ à Gethsemani, d’Ary Scheffer, peintre déplorablement romantique et déclamatoire, né dans cette ville aux ciels fluides.

Vincent court les prêches et les disputes théologiques interminables où les Hol-

landais se complaisent avec une sorte de

byzantinisme, Cependant, ce piétisme n'obnubile pas complètement en lui le sens

artiste que nous avons vu poindre précé-

demment. Il y à dans les lettres qu'il écrit en ce temps-là à son frère, de brèves descriptions de la vieille Meuse au soleil

couchant qui sont autant de petits tableaux

où chante délicatement la lumière dorée

d'un Van Goyen. Certains aspects de Dordrecht lui arrachent des cris d’admiration

ou lui rappellent des toiles fameuses de

Page 1