‹ La vie tragique de Vincent van GoghChapitre 13 sur 59 · COMMIS DE LIBRAIRIE À DORDRECHT · texte numérisé non relu

COMMIS DE LIBRAIRIE À DORDRECHT

Cuyp ou Daubigny. Parfois, le sentiment esthétique, le sentiment religieux et la nostalgie d’une heureuse enfance déjà lointaine se mêlent étrangement dans cette âme orageuse. « Jérusalem ! Jérusalem ! ou plutôt Zundert ! O Zundert » s’écrie-t-il dans une lettre de janvier 1877.

Et cette conjonction émouvante chez un artiste qui se cherche douloureusement sera plus frappante encore dans une lettre qu’il écrira à Amsterdam en ares de la même année.

« Quelqu” un comme notre père, écrit-1l alors, qui tant de fois la nuit, une lanterne à la main, s’est rendu au chevet d’un malade ou d’un mourant pour lui parler de Celui dont la parole est aussi une lumière dans la nuit de la douleur et de l'angoisse de la mort, aimerait certaines eaux-fortes de Rembrandt comme la Fuite en Egypte ou la Mise au tombeau. »

Mais à Dordrecht, plus que jamais, cet humble commis de librairie affirme sa volonté d'être un chrétien et un ouvrier du Christ et il croit qu'il n'aura pas été

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inutile pour lui, avec cette ambition, d’avoir connu des villes comme Londres et Paris, la vie d’instituteur à Ramsgate, les œuvres d’un Millet et d’un Rembrandt.

M. Brusse a publié dans le Mieuwe Rotterdamsche Courant les résultats d'une enquête minutieuse qu'il a faite sur la vie de Vincent Van Gogh à Dordrecht pendant ces trois mois de 1877. Il a vu les braves gens dont le ; jeune commis de librairie était le pensionnaire dans la Tolbrugstraatje.

Van Gogh était la risée des autres jeunes

gens de la maison. Un seul, un instituteur du nom de Gorlitz le respectait et frayait avec lui. Dans sa chambrette, Vincent collait au mur blanchi à la chaux des estampes, des images du Christ consolateur, ou des dessins qu'il avait faits luimême à la plume. Un jour, de nombreuses maisons de Dordrecht et notamment la librairie Braam et Blussé furent envahies par les eaux. Et Van Gogh, le jeune employé taciturne, émerveilla tout le monde alors par le zèle qu’il mit à sauver les livres de l’inondation, par sa robustesse physique

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| COMMIS DE LIBRAIRIE A DORDRECHT et l'endurance dont il fit preuve en cette Occasion,

Une seule fois, dcent s’est fâché pendant son séjour à Dordrecht, Comme un soir, dans un moment d'expansion, il disait à son patron l’ambition qu’il nourrissait de

devenir dominé (pasteur), le bon M. Braam

se permit de lui dire que cela n'avait pas mené son père plus loin qu’'Etten, un modeste village brabançon. « Et bien ! répliqua Vincent indigné, il est là parfaitement à sa place. Il est le berger Fdiel les âmes se confent. »

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