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VIE TRAGIQUE DE VINCENT VAN GOGH relevées dans un livre sur Van Gogh, dont l’auteur, visiblement, n'est passé au Borinage qu'en coup de vent.
Vincent arrive donc dans ce pays au début
de l’hiver de 1878. Il se fixe à Pâturages, le village où Constantin Meunier viendra également habiter quelques années plus tard. Il est le pensionnaire d’un nommé Vanderhaegen, colporteur, aux enfants duquel il donne des leçons, le soir. |
Ce jeune missionnaire de vingt-sept ans, qui avait échoué successivement dans le commerce des tableaux, la librairie, le professorat et les études théologiques, était fort loin de se douter alors de sa destinée future, de l'influence décisive qu'après les conquêtes de l’'Impressionnisme il était appelé à exercer sur l’Art de notre temps. Et pour-
tant. Je crois pouvoir démontrer que c'est . 1à, parmi les « gueules noires », que s’éveilla
tout à fait la vocation du peintre. Dans le plan spirituel 1l devait dépenser alors, au
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PARMI LES MINEURS DU BORINAGE
cours de ces quelques mois d’apostolat, l’admirable ardeur, l’étonnante frénésie qui, k. pendant les dix dernières années de sa vie, | s’exprima exclusivement dans sa peinture.
Ceux que l'abondance et la rapidité de la production de l'artiste stupéfient ne savent sans doute pas, dit Mme Elisabeth Duquesne Van Gogh, ce qui s'est passé en lui pendant les dix années précédentes,
La lecture d’un article de M. Pierre Godet dans l'Art décoratif et les commentaires qu’en fit une publication protes- tante : Foi et Vie m'incitèrent un jour à faire des recherches dans mon pays natal
sur cette période troublante de la vie de
Van Gogh. Je savais que Vincent avait été envoyé comme missionnaire au Borinage, rien de plus. J'ai interrogé patiemment les pasteurs de plusieurs villages, ainsi qu'un certain nombre de leurs fidèles. J'ai fini par savoir. Peut-être trouvera-t-on puérile la joie, la réelle émotion qui m'étreignirent quand, touchant au but, j'entrai dans cette | vieille maison de Wasmes où Van Gogh a | vécu et quand j'interrogeai quelques-uns
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de ceux qui le connurent alors. C'était pendant une grève générale. Devant la Maison du Peuple du village, un vieux mineur accroupi, les genoux au menton, la pipe aux dents, dans la pose favorite des «tapeurs à la veine » au repos, me dit dans son rude patois : « L’pastéur Vincent?
Si j'mein souviés? Je l’crois bé »... Je m'ef-
forçai de lui faire préciser ses souvenirs. Il
revoyait Van Gogh assis sur un pliant, dans une cour de charbonnage (au puits n° ro de Grisœul), dessinant la cage et la belle-
fleur, sa gaîne de fer, puis la sortie des
mineurs noirs de poussière, les paupières clignotantes à la soudaine lumière du jour, leur lampe au poing. Un des premiers dessins de Van Gogh ! Qu'est-il devenu?
Je sus enfin que Van Gogh avait habité chez un nommé Jean-Baptiste Denis, à l’ancien «Salon du Bébé» (au Borinage, une salle de danses ou de réunions s'appelle : toujours un salon). J'y courus. La vieille demeure, qui tenait à la fois de la ferme, de la boulangerie et du «salon», a été bien transformée depuis trente ans. Mais en
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retrouvant intacte la vaste cuisine avec ses grosses solives au plafond badigeonné de blanc, le grand foyer ouvert, une table de
pierre dans un coin, où Vincent aimait
s'asseoir pour manger, je fus ému et j’es- sayai de me rappeier cette parole de Montaigne :
« Est-ce par nature ou par erreur de fantaisie, que la veue des places que nous sçavons avoir esté hantées et habitées par personnes desquelles la mémoire est en recommandation, nous esmeut auculnement plus qu'ouir le récit de leurs faicts, ou lire leurs escrits (1)?
Quelle joie ce me fut de constater que le souvenir de Van Gogh n’est pas effacé tout à fait à Wasmes, qu’il reste encore un peu de l’âme ardente du fougueux et fraternel Hollandais dans un village de mon pays!
C'est là aussi, dans ces pittoresques et tortueuses venelles bordées de maisonnettes à toit rouge que Constantin Meunier devait un jour s’enthousiasmer, Eugène Carrière, qui adorait Mons, ses rues paisibles et vieillottes, et qui vint y passer les mois les
(x) Essais, liv. III, chap. IX. |
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plus recueillis de sa vie, a vu lui aussi le
Borinage rouge, vert et noir. Il y a fait
quelques esquisses, y a découvert comme ailleurs la beauté grave de la vie. Quelle traduction insoupconnée il eût pu nous donner de ces visages de mineurs où la force s'allie à une candide bonté! N'oublions pas enfin qu'en 1875, trois ans avant l’arrivée de Van Gogh au pays de Mons, Verlaine quittait la prison de cette ville, le « meilleur
des châteaux » où 1l a passé 448 jours; et
que Wasmes n'est pas loin de ce Caillouqui-Bique, où le grand Verhaeren a trouvé la plus délicieuse des retraites.
Le nom de Vincent Van Gogh s'inscrit à:
côté de tous ceux-là, parmi les hôtes les plus illustres de mon pays.
En Angleterre, nous dit Mme Duquesne dans son livre, Vincent avait beaucoup
entendu parler de missions organisées à l'intention des travailleurs des mines.
« L'une des œuvres de Dickens excita au plus haut degré sa pitié pour le peuple peinant au milieu de l'obscurité et des dan-
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gers. À la lecture de ce livre, son cœur sensible s’était enflammé pour ces hommes dignes de commisération. »
Ce livre, ne serait-ce point les s ahirdbi és Temps difficiles, un des premiers romans où se trouvent évoqués dans le décor de nos géhennes industrielles les Âpres conflits économiques de la société moderne? (1)
Voici donc Van Gogh, dès novembre 1878 au Borinage, la grande région minière avoisinant Mons, et dans laquelle, trop souvent des étrangers qui devraient être au courant des choses belges, englobent facilement les bassins du Centre, de Char- leroi et de Liége: À moins qu'ils ne le situent, comme Jean Lorrain, aux environs de Louvain, en plein pays flamand... La
population boraine était alors déjà et est
encore aujourd’hui une des plus socialistes du pays. Les protestants y sont nombreux et, dans certains villages, ils sont parmi les
meilleurs adhérents des syndicats et des
coopératives, Il y a dans le tranquille, le
, (1) Viebtt parle Fe ce roman dans une de ses roue à Pisvn frères ,
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farouche entêtement, la sombre ardeur des grévistes borains un véritable mysticisme.
La propagande rationaliste a fait le plus grand tort en Wallonie à l’action de l'Église catholique, mais elle n’a point entamé le sentiment religieux en soi, cet effroi de l'inconnu qui s'explique chez un peuple vivant dans les dangers et de perpétuelles ténèbres. En marge des religions catholique et protestante, des sectes curieuses se sont développées comme les Godiberts à Pâiturages, Le spiritisme à fait là de nombreux adeptes. Qui n’a entendu parler de l'empire hypnotique qu’exerça sur les âmes frustes l’enseignement un peu simpliste
d'Antoine le Guérisseur, à Jemeppe-sur- Meuse, du Père Dor à Roux, de simples
ouvriers qui s’improvisèrent thaumaturges à la façon de certains moujicks, que nous a fait connaître le Roman russe Au Borinage même, et pour préciser : dans cette région de Wasmes, qu'évangélisa Vincent Van Gogh, un phénomène d'ordre relicieux et linguistique à la fois s’est produit qui semble fait à souhait pour illustrer la
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théorie de Max Müller. Depuis longtemps, il y a dans un hameau sis aux confins de Wasmes et de Pâturages un petit groupe de darbistes. Cette secte évangélique, si je ne m'abuse, doit son nom à un pasteur anglais, Darby, qui en formula le credo. Mais, par une corruption du langage populaire, les bonnes gens du Borinage ont fait de ces protestants des «arbistes », c’est-à-dire des adorateurs des arbres ! Et de fait, les arbistes tiennent à la bonne saison de fréquentes réunions en plein air, au bois voisin de Colfontaine, où une léscende veut que Fénelon, évêque de Cambrai, tout à son diocèse, et très impressionné par l’ardeur des « hérétiques » borains de son troupeau ait séjourné quelquefois, N'est-ce pas charmant ?
M. Huübert, professeur à l'Université de Liéce, l'historien belge qui a le mieux étudié le règne de Joseph II dans les Pays-Bas, a consacré un livre remarquable aux persécutions dont furent victimes les protestants du Hainaut.
D'après les « Annales de l'Abbaye de