‹ La vie tragique de Vincent van GoghChapitre 44 sur 59 · LE CHARDIN DE NUENEN · texte numérisé non relu

LE CHARDIN DE NUENEN

ou à de l’ocre jaune ou du cadmium. Le bonhomme crut un jour avoir affaire à un fou et il fut pris d’une telle peur qu'il cessa les leçons. » Il est probable qu’à cette époque Van Gogh ignorait Baudelaire, le sonnet des Correspondances, les Fleurs du

Mal, car ce livre, pas une fois, n'est cité dans les centaines de lettres adressées

jusqu'alors à Théo, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

C'est ce vers de Baudelaire que Van

1 SR sans le savoir, paraphrasait devant

le pauvre organiste ahuri,

Les rapports entre Vincent et son père étaient redevenus on ne peut plus mauvais, Le vieux pasteur ne parvenait pas à com-

ÿ ? : | prendre l'humeur sombre de son fils.

« Puisse-t-1l réussir, de n'importe quelle

façon! l» Tels sont les derniers mots qu’il

dit de lui dans une lettre à Théo, datée du

. 25 mars 1885. Deux jours plus tard, rentrant

| Lo longue expédition à travers la bruyère, cet homme, simple entre les simples,

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s’écroula au seuil de sa maison. On se précipita : 1l était mort. À son chevet, Vincent, sortant d’un long silence, dit à quelqu'un

qui se lamentait sur la mort du pasteur :

«Il est bien plus pénible encore de vivre, »

Il reste quelques semaines encore à Nuenen, poursuivant à travers la campagne ces randonnées d’où il rentre, épuisé, peignant, dessinant sans se lasser dans les chaumières, abandonnant souvent ses

œuvres aux paysans, aux tisserands qui lui 74

servaient de modèles.

Il adresse un jour à Théo, sa ne toile, aujourd’hui célèbre, Les mangeurs de pommes de terre, « Cela est sorti, dit-il, du cœur de la vie paysanne, » Toute une famille, réunie sous la lampe du soir : un vieux tenant dans sa grosse patte une tasse, le maître de la maison, aux oreilles énormes, au nez pointu, à la bouche simiesque, sous la petite casquette à courte visière, les femmes montrant des faces non moins bestiales dans l’auréole de l’ample coiffe blanche. Ce sont vraiment

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les paysans, tels que La Bruyère les a vus,

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