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PORTRAIT DU DOCTEUR GACHET (Musée de Francfort)
EN PROVENCE
| curieuse, je serais plus calme; en tout cas,
. je n’ai fait de mal à personne.» La surex-
citation revint. A partir de ce moment, | Vincent eut des crises de folie alternant avec de longues périodes de lucidité pendant lesquelles 11 travaillait et produisait à quelques-unes de ses toiles les plus émou- |vantes, de celles qui LARIDIeRt ‘parmi ses 1 chefs-d'œuvre.
Dans son intéressant petit livre sur l'Art À.
et la Folie (1), M. Jean Vinchon, s’occupant du cas Van Gogh, y voit la preuve que
l’œuvre d’un peintre devenu fou n’est pas 4 forcément pathologique, L'amour de l’art et de la beauté, les dons naturels du peintre À survivent à la désagrégation de l'intelligence,
« La série chronologique des productions À
de Van Gogh nous apprend que la folie n’a pose apporté de modification sensible de sa manière et de la qualité de sa peinture.
. Nous continuons d'assister à son évolution, qui s'oppose à la monotonie dans le temps des œuvres d’aliénés. Il peint entr’autres le à !
EF ere de médecine de Paris (Librairie Stock, Paris, 1924).
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(x) L'Art et la Folie, par M. Jean Vinchon, adjoint à la
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quartier des hommes de l'asile avec le même « talent ou si l’on veut les mêmes défauts u qu'autrefois. Les lettres de Van Gogh, les w souvenirs des médecins nous décrivent ces « heures pendant lesquelles il lui est possible | de peindre et qui sont les seules heureuses \ de sa pauvre vie, Il les dispute à la folie, 4 dans une lutte héroïque, pendant laquelle W il s'appuie sur un sentiment assez fort pour tenir en respect son redoutable adversaire: . ce sentiment, c'est son amour ardent pour | l’art.» | 1 Il était de lui-même retourné à l'hôpital. :
J'ai vu, dans sa maison du faubourg de :
Trinquetaille, l'excellent D' Rey qui le Soigna et qui me parla de lui avec attendrissement, A la vérité, le DT Rey n’a jamais * cru au talent de Van Gogh. Quand Théo « écrivait de Paris à son frère qu'il avait vendu « cinq cents francs une des toiles portant la \ fameuse signature: Vincent, le D' Rey \ croyait que c'était un pieux mensonge du bon frère pour consoler le pauvre malade.
Van Gogh peignait au dortoir ou dans le .
jardin de l’hôpital, avec une vitesse qui a :
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frappé le D' Rey. Le plus souvent, quand la toile était terminée, le peintre la jetait néglicemment, la laissait traîner dans un coin ou l'offrait en riant à d’autres malades
qui, parfois, refusaient sans se gêner.
Van Gogh, ayant pleinement conscience de son état, en parlant avec une simplicité
et une franchise qui impressionnaient le médecin et le pasteur, demanda lui-même
à être placé dans une maison de santé, Il
avait peur de retourner à l'atelier de la place
Lamartine, peur des persécutions, peur des
oiseaux noirs dont le vol, parfois, traversait
sa pensée, pareils à ces corbeaux qu'il évoquera . dans l’une des toiles d’Auverssur-Oise, striant un ciel d’un bleu sombre posé sur un champ de blé jaune.
Et c’est ainsi qu’au printemps de 1880, il entra dans la maison de santé du D' Peyron
à Saint-Remy-en-Provence, Il me souvient
de l'émotion qui s’empara de moi quand, descendant en carriole des Baux, en plein mois d’août, par la forte chaleur, je découvris
la petite ville toute crépitante du chant des cigales, Au pied du gracieux arc de triomphe
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romain, des lézards se chauffaient au soleil
sur les pierres qui parsemaient l'herbe rôtie, J'entrai dans ce vieux couvent, transformé en maison de santé, où Vincent a peint le Faucheur «image de la mort, tel
que nous en parle le grand livre de 1a
nature » (Lettres à Théo). Je vis le cloître délicieux où tant de fois il s'est promené, la
chambre d'où il a peint à toutes les heures l’'admirable paysage que ferme la chaîne vio-
lette des Alpilles, Malgré la grande liberté dont il Jouissait, il ne semble pas que Vincent se soit entendu aussi bien avec le D' Peyron qu'avec l’interne d'Arles. On le sent dans les lettres qu’il écrivit de Saint- Remy à son frère. Ces lettres, quels documents prodigieux pour le psychiâtre ! Vin-
cent, après chaque crise, analyse son mal
avec une lucidité terrible. Il a peur de la «folie religieuse », Il décrit l'hôpital et ses
pensionnaires dans des pages empreintes
parfois d’un comique amer à la Mirbeau.
« La salle où l’on se tient les jours de pluie est comme une salle d’attente de troisième classe dans quelque village stagnant, d’au-
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tant Che qu’ il y en a d’honorables aliénés nu
qui portent toujours un chapeau, des lunettes, une canne et une tenue de voyage, comme aux bains de mer à peu près et qui \ figurent les passagers. »
Un jour, pendant une de ses crises, Vincent avale ses couleurs. On peut heureusement lui administrer un contrepoison.
L'hiver lui fut atroce. À la longue, le
voisinage des déments lui était devenu insupportable. Les cris des furieux l’épouvantaient. Son frère, non sans peine pourtant, finit par le décider à regagner le LOINord Le 17 mai 1890, Vincent débarquait “hs te la gare de Riou 4