PREMIÈRE PARTIE. — HISTOIRE EXTERNE
dentés avait des biens à Lambres ^, peut-être même, dans des conditions assez hypothétiques, il est vrai, à Douai, et sur reniplaceiuent où s'élèvera la demeure du représentant militaire du comte de Flandre ^ : les premières possessions, en
1. Diplôme de Charles le Chauve de 877 (H. F., VIII, 666, et poiir les autres reproductions de l'acte, Waut«rs, Table chronologique, I, 293).
2. Ce point se rattache à une refondation de Douai vers le milieu du vii^ siècle, assurément imaginau'e, mais dont il convient cependant de dire quelques mots aussi brièvement que possible. Elle est d'abord mentionnée en termes presque identiques par deux compilations des xn® et xm^ s., le Chronicon Vedastinum et les Annales Marchianenses : « Erchinoaldus cum fratre Adalbado, pâtre S. Mam-onti, reedificaverunt Duacinn castrum et infra castrum, Dei genitricis Marie templum » fChron., éd. Dehaisne, 381 ; éd. Waitz, 6?. S., XIII, 694 ; Ann., S. S., XVI, 611). Un compUateur plus récent encore, J. de Guise, après avoir rapporté le fait presque semblablement, ajoute : « juxta illam (ecclesiam = templum), tvurem ;... que in jus proprium béate Rictrudis, post mortem viri sui, hereditaria successione obvenit. Unde quia nunc Flandriarum comités turrem dictam possident, prout invicem sibi succédant, hujus rei cai'lsa, Marsianensi ecclesia conferre quinque s. annuatim consueverunt » (Ann. Hannoniœ, Ib. XI. § 12, S. S., XXXl, 134 ; cf. Miracula S. Rictnidis, Acta S.S. Boll., Maii, III, 88). Ainsi, les deux frères auraient réparé le castrum comprenant, d'une part, une église qui deviendra Saint-Amé, et, de l'autre, une tour qui ne sera évidemment autre que la Vieille tom* ou demeure du châtelain : c'est toute la reconstruction de la partie publique primitive de l'agglomération qui \e\\v est attribuée, alors que la construction même ne paraît bien dater que do la fin du ix« s. (Voy. plus bas 2°).
Dans cette question, il semble nécessaire de distinguer deux points. Tout d'abord, la parenté d'E. et d'A. Ni l'un ni l'autre, sans doute, ne sont des personnages imaginaires. Le premier, de race royale, dut être maire du palais de 640 à 657 env. (Richter, Annalen des fraenkischen Reiches, 165-168). Saint Adalbaud (2 février) était l'époux de sainte Rictrude, première abbesse de Marchiennes, et ils eurent poiu" fils en particulier saint Mauront, patron de Douai. Le premier moiu^it vers 650 (Voy. sur lui Acta S. S., Febr., I, 297-306, simples extraits d'ailleurs des textes rassemblés sur sainte Rictrude, Maii, III, 78-153 ; cf. en général sur cette sainte et sur sa famille. Van der Essen, Les vitœ des saints mérovingiens, 260-270). Mais sa parenté avec E. semble avoir été imaginée après coup pour rattacher l'abbaye de Marchiennes à la race royale mérovingienne (Bonnel, Die Anfaenge des karol. Hauses, 27-29).
De toutes façons, sa réalité ou l'absence de lien familial ne préjudicie en rien au rôle des deux intéressés ou à celui d' Adalbaud setil dans la fondation de Douai. En effet, le second, « dux » dont HucbaJd dit que dans le « pago Austrebatense..., pluribuslocupletabatur possessionibus » (VitaS. Rictrudis, Acta S. S., Maii, III, 83) aurait parfaitement pu avoir quelques biens à Douai, même y posséder la villa, qui devait y exister encore à la fin du x^ siècle, lors de la fondation du castrum public. Ce « duc » se serait rendu acquéreur de propriétés, en échange desquelles il aurait concédé entre autres, comme le remarque J. de Guise, certains avantages à l'abbaye. Or, en soi, ces
]2 LA VIE ITKBAINE DE DOUAT
tout cas, purent établir des relations entre le nord et le sud de la région, en passant évidemment par la cité qui nous occupe 1. D'autre part, lors des invasions normandes pendant le dernier quart du ix^ siècle, jusqu'à deux reprises, dans les hivers de 880-881, puis de 882-883, les envahisseurs brûlèrent Arras et Cambrai 2, et en outre, ils détruisirent les divers monastères de la Scarpe ^. Tout ce qui constituera plus tard
droits sont jmrf aitement réels. Pliisieitrs bulles confîrmatives des biens du monastère depuis le 5 février 1123 portent cette mention: «In Duaco, hospites, et de turre comitis censum quinque s. ; in eodem Castro, familiam S. S. Rictradis et Eusebie a theloneo liberam (1123, 5 février : Jaffé-Loewenfeld, I, n" 7010 ; U. Robert, Bvll. du pape Calixte II, t. II, n" 337, p. 99 ; 1123, 1" nov; : Jaffé, n» 7080 ; U. Robert, II, n» 415, p. 221-222 ; 1141, l' ^ déc. : Jaffé, no 8161 ; cf. pour l'exemption du tonlieu, P.J. 300 ^^). Si d'ailleurs ces privilèges de Marchiennes peuvent avoir l'origine ancienne précédente, il est très possible également qu'ils ne soient que des dons faits après coup, par analogie avec ceux du pouvoir public à d'autres églises ou monastères de la région (Voy. précisément .dans le compte du domaine de Douai et d'Orchies en 1187 (Brassart, Preuves, n" 41, p. 57-58) une énumération intéressante : « Datum ad conficiendum sacrificium altaris : S. Marise Tornacensis ;... monachis de Marcliines, 3 Ib. », don différant au reste de l'autre : « Mon. de M., pro Vetei'i turre, 5 s. »). En tout cas, quelle que soit la i^rovenance du cens et de l'exemption, sous un autre point de vue, par une transformation de but analogue à celle qui avait consisté à faire de l'époux de la première abbesse de M. le frère d'un personnage de sang royal, on fit d'un simple propriétaire de biens situés à Douai, le reconstriicteiu* officiel de toute la ville, centre de la région. On voulut ainsi augmenter considérablement 1 importance d'un rôle tout au plus passif. Tout ce que l'on peut concéder jjour cette seconde question, c'est que l'exagération repose sur un fond des plus légers de vérité. De détenant, même d'une villa, à créateixr du castruni, la distance est grande. — Joindre la n. suivante.
1. Une conséquence de la croyance à la fondation de Douai au vu*' s. a été l'attribution à cette « ville », par Dancoisne (Monnaie mérov. de Douai, 556-558) d'une monnaie mérov. dont il existe deux types avec la légende D O A C ou plus exactement D O A (d'après la vérification que notre confrère, M. Lesort, a bien voulu faù'e sui' l'un des exemplaii-es déposé au mvisée de Bar-le-Duc) ; après Dancoisne, de Belfort s'est rangé à cette idée (Monn. mérov., II, n" 1750, p. 19) et, selon ce second autem-, Holder (Alt-celtischcr Sprach.schatz, 1, 1297). Cette attribution semble bien plutôt devoh- être résolue dans le sens de la négative avec Maxe Werly, qvii propose au moins l'attribution à la région austi-asienne (Monn. mérov. Trouvaille de S. Aubin, p. 28-31 et pi. I, n" 12,), et comme M. M. Prou, qui partage la même opinion, a eu l'obligeance de nous l'indiquer; même doute, Blanchet, Manuel,!, 281.
2. Cette seconde ville, à ^Tai dire, exclusivement lors de la première expédition.
3. Voy. simplement les Ann. Vedastini, éd. Pertz, S. S., I, 519-521, éd. Simson, 49-50 et 52-53 ; et, d'autre part, l'abbé Lebeuf, Notice raisonnée des
le « territoire de Douai ^ », et spécialement les parties supérieures et inférieures de la vallée, étaient donc très loin de former une terre inconnue et déserte et on y mentionne même des agglomérations qui demeureront toujours d'importance très restreinte : cependant, jamais ce qui aurait dû être le centre naturel de cette contrée, ce qui le deviendra, napparaît en quelque façon. C'est là, semble-t-il, une preuve indirecte, sinon de l'inexistence, au moins de la valeur aussi réduite que possible de Douai, qui est bien significative.
Mais peut-être le second point s'expliquerait-il. si Ton veut bien admettre que. pendant très longtemps, quoique les cours supérieur et inférieur de la Scarpe actuelle en amont et en aval de Douai exista.ssent certainement, ils devaient être séparés et ne formaient pas un cours d'eau unique, parce que le trait d'union correspondant justement à la place de Douai faisait défaut - : la partie en amont, appelée la <( Satis^ ». au lieu de descendre sur la ville, vers Vitrv. à une huitaine de
Ann. Vedastines, 697-698, Diiinmler, Geschichte des osffrànk. Reiches,Bd. 111, vol. 2. 149-150 et 228-230, Favre, Eude, 224-225 et Vogel, Die Normannen, 270-272, 314-315. — Mais pourquoi ce dernier auteur (266), en s'appuyant siu' la mauvaise compilation, le Chron. Vedastinum (S. S., XIII, 708) écrit-il que ■< dès déc. 879. saint Amé fut sauvé de ]Mer\ ille à Douai fortifié », critiquant au contraire les Ann. Elnon. min (S. S., V, 19) et le Brève Chron. Elnon.'{T>e Smet, Corpus, II, 12), « qui font faussement aijporter le saint à Soissons » ? C'est précisément cette seconde opinion qui est exacte, et il aurait suffi à Vogel, poiu- éviter pareille eiieiu", de connaître l'érudite et précise dissertation de Brassart, Etabliss. de la collégiale de S. Aiité. Non seulement Douai à ce moment, au moins en tant que castrum, n'existait certainement encore pas, mais le corps du saint n'y sera déposé que vers le milieu du x'' siècle.