‹ La vie urbaine de Douai au moyen age (volume 2)Chapitre 147 sur 997 · PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE ' EXTERNE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE ' EXTERNE

soumise à des étrangers à son association, sans pouvoir retirer le moindre profit de ce système de rapports. Bref, elle avait donc acquis la « justifia » sans les « justifiée » : en d'autres termes, elle avait assuré l'avenir, mais n'avait pas encore transformé le présent.

Au cours de son apogée, elle va continuer à s'y emploj-er ou commencer à le faire. Mais, en général, elle n'obtiendra de résultats favorables qu'au seul détriment, et d'une façon encore très relative, du plus puissant des quatre seigneurs de jadis, le châtelain. C'est qu'en principe son fief, à la différence des autres, ne cesse d'appartenir uniquement à des détenants restés douaisiens, ne possédant que leur domaine local, et ne passa pas à des étrangers ^, qui ajoutaient ainsi des ressources extérieures à leurs droits originels et compensaient au besoin ceux-ci par celles-là. En effet, ces justitiœ avaient été établies évidemment à une époque très ancienne et si au début, aussi longtemps que le pouvoir public féodal posséda un droit absolu à leur sujet, il eut la faculté de les modifier successivement, au fur et à mesure sans doute des changements monétaires qui en diminuaient peu à peu le produit, lorsqu'au contraire la ville acquit sur elles un droit de justice, elle dut se refuser à leur faire subir de nouvelles modifications qui n'auraient pu que lui être nuisibles. Graduellement, par conséquent, ces taxes antiques jamais changées, c'est-à-dire jamais relevées, tombèrent à une valeur relative ^. On s'explique que si les seigneurs autres

1. Dès 1224, ia prévôté est aux mains de la maison d'Antoing, ; l'une des principales du... Hainaut, » et à partii* de 1250, ses pcssesseurs cessent de résider à Douai (Brassart, Château, I, 344, 452) ; le gavène, de 1350 à 1400, est réuni à l'office précédent, puis passe aux Montmorency (Brassart, II, 584-587, 616), mais au xin'' s. les détenants restés dans la ville commencent à être dans la gêne et en 1274 vendent une partie de leurs droits à un boiugeois (Brassart, II, 575-576 et P.J. 98) ; enfin, la seigneurie de Saint-Albin reste pendant toute la période qui nous occupe aux mains de familles locales, mais elle avait des fiefs aux environs (Brassart. II. 715) et elle put attendre jusqu'au xiV siècle poiu faii-e une aliénation à la commune en 1324 (voy. ci-après 155 ; Brassart, II, 692 et 749).

2. L'examen des comptes montre combien leur produit était minime par rapport aux ressources d'origine urbaine (Voy, Finances, 366, 370),

que le châtelain, pour lesquels ces produits n'étaient qu'un revenu accessoire, purent les garder, s'enrichissant par ailleurs, à priori le vicomte, réduit à eux seuls, se trouva dans une situation toute différente.

Toute son histoire nest que celle dune longue décadence financière. Il paraît être sans cesse à court d'argent et, avouet-il naïvement. (< à sen grant besoing, pour no grant pourfi, por pieur markie eskiver ^ », s'il attend plus longtemps, il annule de temps à autre des éléments de son domaine et selon deux conditions personnelles distinctes d'après les acheteurs. C'est en premier lieu la ville qui, d'abord à l'époque flamande, en 1263. 1268 et 1284 ^, lui achète trois parties du tonlieu. Une centaine d'années après, pendant la période bourguignonne, elle recommence ses conquêtes : en 1387 ^, elle prend « à censse » « toute la rivière, 3'aues et pesqueries » du domaine du vicomte à Vitry au-dessus de Douai, avant de les lui acheter définitivement : à la date précédente, la détresse du vendeur est telle que son débiteur lui avance aussitôt « en prest » une portion de la somme due *. D'un autre côté, ce même seigneur vend également certains de ses droits non plus à l'association dans son ensemble, mais à des membres isolés, ou ceux-ci les acquièrent indirectement, si bien que des taxes pubhques passent et appartiennent à des bourgeois et que c'est à eux que leurs concitoyens doivent payer leurs droits de police utile par une bizarrerie réellement singulière 5. Ainsi, d'une façon ou d'une autre, le vicomte émiettait la partie économique de sa châtellenie.

1. P.J. 507-508 début ; Finances, P.J. 90» ; Brassart, Preuves, n" 64, p. 87 ; en 1284, vente des forages des vins dans les mêmes conditions (Arch. comm., ce 167).

2. P.J. 507-508 ; Brassart. Preuves, n" 64 ; Arch. comm., CC 167.

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