PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE EXTERNE
OU du (( castellum Duaci ^ ». Bien que Ton manque de preuves contemporaines de cette origine et de cette attribution, elles sont cependant bien certaines, pourvu que l'on veuille raisonner par analogie avec d'autres villes de la contrée qui. formées dans les mêmes conditions, présentent une disposition topographique et aussi une composition « monumentale )) semblables. En effet, le château-fort de Douai renfermait quelques édifices caractéristiques de ces forteresses régionales. Aussi, quoique leurs mentions se présentent documentairement un peu au hasard, puisque, dans des milieux comparables, ces divers éléments du castrum s'accompagnent pour ainsi dire forcément, les différences d'apparition chronologiques ne peuvent avoir en fait qu'une importance négligeable : leur description selon l'ordre des sources importe peu par conséquent et une énumération rationnelle est seule utile.
Les expressions précédentes de castrum ou de castellum'^ pour désigner l'îlot, supposent, sans aucun conteste, sa nature fortifiée ^. Du genre de l'enceinte, levée de terre ou mur en pierre, du rôle possible qu'y jouait l'eau, on ne sait rien et on ne peut également rien supposer. Quant aux édifices, ceux qui étaient sans doute les plus anciens, se trouvaient au nombre de deux et à peu près contigus l'un à l'autre. Le premier, en aval de l'îlot, au bord même de l'eau et, semble-t-il,
1. « Actum Doacense castello > (976 ; diplôme de Lothaire en faveui- de Marchiennes ; Halphen, Acten de Lothaire, n" 39, et cf. Wauters, Table, I, 390) ; « totain terram Castelli ab ecclesia usque ad pontem S. Amati » (le pont des Dominicains) (1070; Cliampollion-Figeac, Collpct. de doc. histor., III, 444). Cf. par suite l'expi-ession c li castaus S. Amé " au xiii<^ s. (P.J. 189, IV^). — D'autre part, il ne faut pas oublier que, postérieiuement dans le castrum, ■< castel - désignera spécialement la demeiu-e publique par opposition à la demeure féodale (Voy. plus bas 20).
2. Cf. pour le sens des mots castrum et castellum. Des Marez, Le sens juridique du mot oppidum, 342.
3. Le témoignage précis le plus ancien que l'on paraisse avoii* à ce sujet se trouve en 1268 : « une pièce de terre ki gist deriere notre Castiel de Douai entre le mur de le vile... » (P.J. 503). Ce mur est alors celui de la première enceinte proprement urbaine, pour laquelle on a utilisé évidemment à cet endroit l'ancienne défense publique du castrum.
situé sur une « motte» artificielle pour être rehaussé ^, en 1123, était appelé la « turris ^ », puis en 1187 la (( Vêtus turris », et ensuite la « Vieze tour ^ » : sans doute constituait-il une sorte de donjon quadrangulaire et aux murs très épais, bref, une construction assez primitive *. A cette époque et aux suivantes, il était la possession du représentant local, militaire et judiciaire du pouvoir central, du châtelain ^, et formait même sa demeure : c'est « me viese tor », <( j'ai me maison en le Vieze tor ^ », dit et répète-t-il souvent, bien qu'évidemment, en raison de sa vétusté, il paraissait l'avoir un peu abandonnée pour habiter dans un «manoir» contigu'; ce serait même pour ce motif que, malgré la féodalisation de cet ancien
1. Voy. peut-être cette expression : « sour une mote de le V'ies toui' >i (P.J. 67). Cf. en 1187, dans le compte du domaine de Douai et d'Orchies, avec Douai on mentionne la <( mota de Orchies » : c'est « le château du prince, que dès le xii^ s., on appellait la Motte » (Brassart, Preuves, n° 41, p. 58 ; le même, Fiefs et fieffés de la motte d' Orchies, 2.) Joindre Pirenne, Les villes flamandes, 16, n. 5, et Ducang(î, vo mota).
2. Nous faisons allusion à la mention des rentes payées à l'abbaye de Marchiennes, citée 11, n. 2, § 3 : il est vrai qu'on parle de la « turris comitis », mais la différence paraît être négligeable.
3. En 1187 -Brassart, Preuves, n° 41, p. 57-58 ; joindre nos 44^ 43 (p. 66), 61, 66, 69, etc. ; cf. ici même P.J. 67, 86l9, 1097, IIO7I, ^, 1141,' 1270l, ^ 1308 début, 1399 début, 15442».
4. Tailliar, Recherches sur Vhlst. des instit., 145, n. 1 ; Liégeard, Recherches, 46-47 ; [Brassart], Statist. archéol., 535 ; le même, Château, I, 18 ; Douai... Fortifications, 10.
5. Dès 1187, le comte donne au châtelain « ad custodiam Veteris turris, tritici 10 modios » (Brassart, Preuves, no 41, p. 57) ; en 1200 env., le douaire d'une châtelaine se compose « de toute le castelerie de Douay et de le Vies tour », ce qui montre bien le lien aussi étroit que possible qui existe entre les deux éléments (Id., no 48, p. 66).
6. P.J. 1107^, ^, 1308 début; en outre « me mason à Douay, en le Vies tour » (Brassart, Preuves, no 66, p. 92 et 93) ; « je me transportai, dit un sergent, à le maison Mgr le chastelain de Douay, au liu con dist le Vies tour •> (1346, 25 mai et l^r juin; Arch. comm., FF 144; pièces se rattachant à l'affaii-e de la P.J. 1141).
7. Voy. Brassart, Château, I, 200-202 ; mais il n'y a pas en somme de preuves bien directes. On peut seulement le conclure de ce fait que la Vieille toui- était devenue ime prison (voy. p. suivante) ; en 1369, le châtelain semble en effet distinguer « le manoir » de la « Viese tom- » (P.J. 1270^). Il est vrai que Phihppe Mouskes prétend qu'en 1213 Philippe -Auguste
« Si fist abatre la Vies tour »
(Chron., ^'. .S'., XXVI, v. 21063, p. 750) ; mais ce fait est assez inexpHcable.