‹ La vie urbaine de Douai au moyen age (volume 2)Chapitre 206 sur 997 · DEUXIÈME PARTIE. — HISTOIRE JURIDIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — HISTOIRE JURIDIQUE

perie, se manifeste depuis la date citée de 1229 dans une collection de bans d'une richesse incomparable et qui, réglementant avant tout le travail local, doivent être complétés par des documents d'origine urbaine encore ou extérieure et de formes diverses, concernant la circulation de la matière première ou fabriquée. A titre social, dans les murs de la cité, l'industrie textile a d'autant plus d'importance que le patriciat échevinal se compose certainement, on le sait, pour une grande part, de fabricants-commerçants, intéressés dans des entreprises de ce genre ^, de même que le reste de la communauté contient nombre de leurs travailleurs. A cette vie juridique ou réelle intérieure correspond une expansion extra-urbaine assez grande pour que l'on puisse admettre qu'il n'y a guère de ville consommant de la draperie où ne soit connu le nom de Douai.

Ce développement propre de la communauté ne se manifeste pas moins dans la forme de ses rapports avec les autres autorités qui lui sont connexes. La puissance publique n'est vraiment plus à ce moment qu'un pouvoir de ratification et non de direction : en fait, la ville en est à peu près entièrement indépendante. Vis-à-vis du milieu seigneurial, elle a imposé sa prééminence juridique, et économiquement, elle commence, en particulier, le démembrement de la châtellenie. La même politique de lutte se manifeste contre les exemptions ecclésiastiques, juridiques ou fiscales ; la cité veut tout annihiler. En somme, la commune, sans aucun doute, a réduit à ce moment au minimum possible les divers pouvoirs qui l'ont précédée ; son émancipation ne sera jamais plus grande : « sire de, la terre, teneurs de fiefs, Sainte EgUse » enfin, doivent, les deux premiers partager leur autorité, l'autre tout au moins compter avec l'association nouvelle, bourgeoise et laïque.

Ainsi organisés et libres, les membres de la communauté

1. Voy. en particulier la première série des listes de noms patriciens citées ci-desgns 216, n. 7.

pouvaient s'enrichir. A côté, en eiïet, des règlements officiels théoriques qui leur en donnaient en quelque sorte les moyens, apparaissent les pièces d'application privée qui en constatent les résultats. Actes de toutes formes réelles, créations ou mutations, arrentements, emprunts, ventes, accords, contrats de mariages, testaments, actes d'intérêts personnels variés, familiaux ou simplement particuliers, de fins exclusivement locales ou partiellement étrangères, tous, dans leur multiplicité numérique, montrent comment, n'étant gênés par aucune restriction juridique ou fiscale, les éléments de la fortune naissaient ou circulaient, comment, en particulier, se créaient les rentes, se concluaient les emprunts, s'échangeaient les biens de diverses espèces, se transmettaient ou se léguaient les possessions : il y a là le témoignage ^ d'une vie pécuniaire personnelle d'apparence intense. Elle avait une fin non seulement privée, égoïste ou altruiste, terrestre ou pieuse, mais spécialement sociale, car c'était l'enrichissement particulier qui, en principe, permettait à une bienfaisance de même ordre de s'exercer en faveur des établissements charitables 2 et, à l'exclusion de toute aide officielle, de les créer ou de les développer, de les faire naître ou vivre, comme preuve, tout à la fois, de l'activité matérielle et de la foi religieuse, de la fortune acquise et du pieux désintéressement des habitants. Mais si la communauté dans son ensemble pouvait être fîère de son œuvre, elle ne saurait oublier à qui elle doit avant tout la place éminente qu'elle a atteinte, à ses chefs, les échevins ^. Ceux-ci ne se contentaient pas, on le sait, de ce rôle administratif officiel, et c'était même pour ce motif que, en raison de leur propre situation privée prépondérante dans les affaires, ils avaient pu. dans ce milieu foncièrement économique, arriver publiquement à la tête de la cité. Ils n'avaient pas seulement gagné leurs richesses avant tout clans l'industrie

Page 1