Le pouvoir devint un « monopole » (Pirenne
comme gérants irresponsables de sa propre fortune, ils faisaient des finances leur chose, et parce que tout-puissants et trop personnels, devenus administrateurs déplorables, ils avaient fini par écraser le reste de la population dïmpôts pour sépargner eux-mêmes, par ruiner la ville sous des emprunts, à la fois parce qu'ils l'acculaient au déficit et peut-être aussi parce qu'ils y trouvaient leur compte, bref, par dilapider et bouleverser tout, ne sinquiétant que de s'enrichir encore et toujours. Ainsi, chaque élément, l'argent et le pouvoir, avait réagi sur l'autre, et tous deux se tenaient étroitement ; par le premier, les intéressés étaient arrivés au second et alors, leur autorité, sans limite ni contrôle, les poussait presque malgré eux à absorber les ressources privées comme à disposer des biens publics, à seule intention, de part et d'autre, d'accroître leurs revenus propres, unique ambition qui leur faisait oublier en particulier tout souci de prospérité urbaine.
Sous un double point de vue par conséquent, les membres de l'aristocratie échevinale, directeurs d'exploitations et chefs de la cité, dominaient et tenaient le reste de la population qui, placée dans une dépendance également double vis-à-vis d'eux, en était réduite à tous égards à n'être que les pourvoyeurs de leur richesse. Sans doute, à l'égard du non patriciat. il faut faire une réserve d'ordre personnel. Sa composition n'était pas tout à fait une : à côté de l'élément qui, formé des exécuteurs économiques des ordres des grands fabricants, dépendait aussi socialement de ces mêmes donneurs de travail, existait un autre ensemble, constitué le plus souvent de petits commerçants et industriels quelconques, qui, puisqu'ils ne recevaient pas exclusivement leur salaire des chefs de la ville, étaient dans leur vie privée plus libres en principe que l'autre partie. Mais, personnellement, ils pouvaient être attachés aux patriciens par des prêts d'argent, leur être liés par des ventes ou des travaux quelconques et forcément ils étaient les victimes des mêmes procédés financiers officiels : en fait, dans leurs rapports mutuels, en tant que fournisseurs
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et clients, la conduite des seconds à Fégard des premiers n'était pas différente de leur façon d'agir au détriment de leurs propres travailleurs ^. Bref, il n'existait qu'une distinction de personnes et non de réalités, de degré et non d'espèce entre les situations des deux catégories d'individus qui formaient simplement les deux subdivisions d'une seule classe sociale. De même, si des maux réels on passe aux remèdes possibles, pour améliorer sa condition, un élément ne disposait pas plus que l'autre de moyens politiques, en dépit d'une liberté économique plus grande, puisqu'il n'avait pas plus de prise sur le gouvernement de la cité : chacun devait également obéir aux lois sans les faire, subir la justice sans la rendre, payer les impôts sans les vérifier et être exclu de toute autorité. Cependant, et sur ce point, on ne saurait, semble-t-il, trop insister, tous les non-éclievins, quels qu'ils fussent, pouvaient d'autant moins comprendre le régime dont ils étaient victimes, qu'ils jouissaient exactement des mêmes droits civils que les échevins et qu'il n'existait pour eux aucune raison juridique de se voir ainsi écarter de la faculté de participer à la direction de la ville et de transformer leur situation organique comme leur sort privé, mais uniquement des motifs personnels visant à une fin trop réelle : en d'autres termes, si la nature de la constitution était bien telle qu'elle pouvait permettre d'éloigner de tout et de réduire à rien la presque totalité de l'association, en fait, son fonctionnement n'en était pas moins aussi la plus criante des injustices. De là finalement des sentiments, d'origine proprement fiscale et sociale, trop explicables, des victimes pour leurs oppresseurs, et sans doute, puisque tout changement pacifique paraissait être impossible aux premières, un désir plus ou moins ardent de recourir dans n'importe quelles conditions à la force.
Ainsi, et sans qu'il soit besoin d'insister plus longuement sur une situation qui. de nouveau, a une valeur non pas locale, mais régionale, la ville créée et développée grâce à l'argent.