DEUXIÈME PARTIE. HISTOIRE JURIDIQUE
par une double mesure, il a déjà mis les premières, selon la valeur absolue que peut avoir à ce moment une telle expression, « hors la loy ^>, et il confisque leurs biens à son profit privé. Inversement, les victimes n'ont pu que partir en perdant naturellement leur fortune.
Mais, les vainqueurs semblent bien être allés trop loin. Sans doute, du côté personnel, à la différence des partis similaires dans les villes flamandes, ils n'ont pas dû ajouter à leurs proscriptions des attentats corporels contre les individus : à cet égard, les troubles paraissent bien être restés, et, on peut le dire de suite, resteront sans doute inoffensifs ; on hésiterait d'ailleurs à préciser si, au moins pour le présent, ce fut par modération ou crainte des uns, par départ ou absence des autres. Néanmoins, à titre matériel, sans nier les griefs excessivement légitimes que le commun pouvait avoir contre le patriciat, il abusa à son tour de sa victoire et s'il y trouva quelque profit égoïste et momentané, il y perdit certainement comme élément d'une collectivité et d'une façon durable, et pour ces motifs, il fut cause de l'extension continue de ce dommage à l'ensemble de la ville elle-même. En général, on le comprendra aisément, les bannissements ne pouvaient qu'entraîner la disparition de la classe qui amenait la prospérité de la commune et était littéralement son gagne-pain, d'autant mieux que la situation extérieure aggravait encore le mal. A vrai dire, l'absence presque complète de documents spéciaux à ce sujet permet mieux d'imaginer que de décrire les conséquences de tous ces bouleversements sur la vie normale et en particulier économique de la ville. Cependant on peut les constater doublement, d'abord par un changement général presque d'ordre public, puis grâce à un renseignement individuel privé. En effet, non seulement la production législative si abondante ^,
1. Poui- ce moment, on ne peut citai", au 27 février 1298, qu'un ban sur la draperie, tout à la fois très court et ne concernant que les forains (Recueil, n° 315) ; le 22 août, on compléta aussi un ban antérievu- de 1250 (n" 239). L'année suivante, en 1299, on ne fit également que publier trois autres bana
mais les actes pratiques de droit personnel ^, si nombreux jusque-là, diminuent brusquement depuis 1296 et continuent à manquer presque totalement pendant toute cette période jusqu'en 1311, Les pertes d'archives, si possibles et si probables même qu'elles aient été en ces temps troublés, ne peuvent suffire à expliquer de pareilles diminutions, sinon disparitions : surtout pour la seconde nature de pièces, ces changements profonds sont le résultat certain et l'indice évident d'une modification non moins fondamentale dans l'activité publique et particulière de la ville : ils sont la preuve trop réelle que le gouvernement de la communauté et cette dernière ont cessé d'avoir un fonctionnement régulier.
On le constate aussi spécialement d'après le témoignage et mieux les plaintes personnelles d'une des victimes ^. Bien que l'intéressé, parti depuis deux ans déjà, n'ait dû revenir qu'après l'année 1298 2, il semble préférable d'en parler au moment même du triomphe de ses vainqueurs. Son nom, Jacque Le Blond, permet à priori de le ranger parmi les premiers patriciens de la ville et les anciens membres de l'échevinage. Non seulement ses réclamations en général, mais ses
sur le même sujet (no» 316-318). Il est intéressant d'ailleurs de constater de quelle importance fondamentale devait être l'économie drapière pour la ville, puisque, en temps de révolution, c'est de ce côté que se manifeste la seule activité législative lu'baine.
1. Selon les trois séries essentielles d'actes chirographaires, poui" les pièces matrimoniales comme povrr les testaments, la comparaison entre la période antérieure au^ troubles et l'époque de ces derniers est assez inutile, car jusque-là, ces deux catégories de documents n'ont été représentées que par une très petite quantité d'exemples (Voy. Arch. comm., FF 583, et 861), mais au sujet de l'élément de beaucoup le plus nombreux, les actes et contrats de divers genres (mutations de propriétés, emprunts mobiliers, etc.) pendant les deux seules années de 1294-1295, on compte plus d'une centaine d'actes (FF 667). alors que, de 1296 à 1310, il n'en existe que cinquante -six, et même, de 1301 à 1307. une trentaine : en 1301, un seul existe, en 1302, aucun môme, de. 1303 à 1307, quelques-uns seulement par année ; ce n'est qu'ai partii- de 1308 qu'une certaine « poussée » se produit de nouveau (FF 668- 669), On peut ajouter que les archives non iirbaines, surtout hospitalières, renferment également quelques actes : voj-. P.J. 861, 867, et pour le Dépôt hospitalier, VInventaire de 1839, n»» 798-805.