DEUXIÈME PARTIE. HISTOIRE JURIDIQUE
guère, à l'aide de quelques pièces secondaires, que de rares noms de l'échevinage que l'on suppose appartenir à l'un ou à l'autre parti et dont il faut en somme déduire les tendances des représentants de la ville en fonctions et l'état de la classe au pouvoir. Aussi, tout demeure-t-il dans une sorte de pénombre.
Précisément, les indications personnelles de cette nature permettent d'arriver aussitôt à luie première constatation, mais qui n'est que d"mie netteté relative. Tout d'abord, soit que les chefs du commun aient déjà, comme on le remarquera effectivement plus tard, abusé de leur pouvoir et qu'ils se soient rendus aussi insupportables à leurs partisans que l'avaient été autrefois les échevins eux-mêmes au reste de la ville, soit que chacim ait plus ou moins compris « les pertes et damages ) qu'entraînait trop réellement pour l'association la disparition de la classe marchande urbaine, il est possible que, vers la fin de 1298 ou le début de l'année suivante, les patriciens aient pu commencer à rentrer dans la ville. En effet, bien qu'on n'ait aucune preuve directe de ce retour, le 30 janvier 1299, on constate, d'après les noms des mtéressés, ainsi que nous le disions, l'existence d'un échevinage mixte ^, des deux camps, où dominent d'ailleurs encore les clauwaerts ^. Sur ce point d'histoire constitutionnelle, les causes et les détails des événements, en dehors des résultats, nous sont inconnus, et il n'est guère possible de les supposer, à moins d'admettre que le Magistrat nouveau ait été constitué par une entente et une union des deux adversaires « pour bien de pais ^ » de la ville. En tout cas, à la suite, sinon en raison de ce changement, l'année suivante paraît s'être passée
1. Liste dans Funck-Brentano, p. 333, n. 5. d'après les Listes mss. de Brassart.
2. Dans la proportion des deux tiers en\'Tron ; les autres, leliaerts, sont nommés dans les deux listes de 1298, citées ci-dessus 216, n, 7 : c'est donc bien qu'ils étaient rentrés dans la ville.
3. Cette expression apparaît au début de la constitution d'origine publique de 1311, qui rétablit l'accord entre les deux partis urbains (0. R. F., XI, 423).
sans incidents notables. Même les échevins publient trois bans sur la draperie ^, preuve admissible d'un rétablissement relatif de Tordre et d'une certaine renaissance économique.
Mais la guerre recommence et. le 6 janvier 1300. Douai, resté un peu extraordinairement seule ville flamande de cette région, par un accord probable des deux partis adverses, les uns le désirant, les autres le subissant, se donne à Charles de Valois ^ : un « gardien », on se le rappelle, y est de nouveau nommé par le roi ^. Puis, par une singulière bizarrerie, l'échevinage mixte étant sorti de charge le 2 février 1300. il est remplacé par des membres du parti flamand '*. L'un d'eux, sans doute fort actif, était un tisserand ^ : ainsi, la classe sociale à laquelle il appartenait à Douai, y jouait le même rôle que dans toute la région. Dans son ensemble, un tel changement surprend d'autant plus qu'il succède à des tendances conciliatrices et qu'il se passe en pleine domination française et malgré la présence d'un représentant extraordinaire du roi. Faut-il conjecturer que les patriciens revenus, ayant même mis certains des leurs dans le Magistrat, soutenus par l'envoyé spécial de leur souverain, et d'autre part exaspérés de toutes les pertes privées qu'ils avaient subies, voulurent, comme ils ressayeront réellement plus tard, reconquérir leurs anciens droits et supprimer la constitution du commun qui les chasse encore une fois du pouvoir ? Il est permis de le supposer, sans qu'on puisse le préciser.
Le commun revient donc de nouveau à la tête de la cité. A son sujet, on sait seulement que ses chefs, par analogie aux mauvais exemples d'administration fiscale trop personnellement intéressés que le patriciat avait inaugurés et donnés, paraissent avoir profité de leur passage pour imiter à leur tour leurs devanciers, et cela en dépit du gouvernement royal et surtout de la multiplicité de conseils fiscaux populaires