‹ La vie urbaine de Douai au moyen age (volume 2)Chapitre 233 sur 997 · DEUXIÈME PARTIE. HISTOIEE JURIDIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. HISTOIEE JURIDIQUE

vis-à-vis des autres et creux-mêmes pour le profit de la communauté et ne sachant plus gouverner ou ne Tarant jamais appris. Ce fut en effet à ce moment que le patricien J. Le Blond revint d'exil et qu il trouva la ville maintenue dans l'état de désordre que Ton connaît et dont on s'explique même mal certains côtés, puisque les clauwaerts, qui ne dominaient plus Douai ni intérieurement ni extérieurement, détenaient cependant encore les biens de leurs adversaires : quelles qu'aient été les causes ou les formes de ce fait, luimême ne semble guère être douteux. Mais, dans ces conditions danarchie intérieure, la puissance souveraine paraissait seule être capable d'agir avec une énergie et une impartialité suffisantes et il semble qu'effectivement elle se conduisit ainsi, n'ayant bien comme fin que la paix et la prospérité communes, à l'exclusion des questions personnelles ou des oppositions de classes, et dans ce but sachant imposer ses volontés à tous. Elle y trouvait même avantage sous un double point de vue : une intervention de cette nature constituait en effet un moyen d'établir efficacement son pouvoir dans le présent, non moins que de le faire désirer à l'avenir.

C'est ainsi que non seulement l'autorité publique s'efforçait de rendre à la ville son expansion économique par la publication de règlements de draperie ou par la concession de l'étape, relevant ou créant les deux principales branches industrielle ou commerciale douaisiennes, mais comprenant sans doute que le système le plus assuré de redonner à la cité son ancienne force était de rétablir avant tout la paix communale et par conséquent le respect des lois, elle imposa ce sentiment à toiis, quels qu'ils fussent, par sa propre conduite. Deux faits distincts, arrivés l'un et l'autre en avril 1302, le montrent nettement. Tout d'abord, pour une question presque minime en soi, le renvoi de deux sergents ^, mais qui divisa les partis urbains et nécessita ime enquête du roi, celui-ci. semble s'être conduit avec une parfaite indépendance

et il donna tort à l'échevinage leliaert. Dans l'autre circonstance, beaucoup plus importante ^, le Magistrat sortant, sous des prétextes quelconques, ne voulait pas nommer son successeur, et s'appuyant sur une fausse interprétation de la loi constitutionnelle relative à la durée de sa charge, il demanda qu'on le laissât en fonctions un certain temps encore. « La communauté » prétendait les raisons données peu sérieuses et accusait les échevins de négligence dans cette affaire, comme au reste, de mauvaise gestion pour l'ensemble de ses fonctions. Finalement, elle se plaignit au pouvoir royal. Celui-ci fit encore une enquête, et non seulement il enleva à l'échevinage patricien tout droit à la nomination de ses successeurs, déclarant qu'il l'avait « perdu » par son laisser-aller, mais il se réserva proprement la prérogative « d'j' pourvoir en vue du repos et de l'utilité de la ville •>. On ne saurait mieux dire," et malheureusement, car cette simple phrase est à elle seule un résumé de toute l'histoire de ces temps, de l'évanouissement de l'action locale et de son remplacement forcé par l'autorité extérieure.

En effet, l'échevinage est confisqué une troisième fois ^. Mais, sur ces entrefaites, la question extérieure vient de nouveau rejaillir sur l'état intérieur et le compliquer. Le l4 juillet, a lieu le désastre de Courtrai et bien que dès le 5 août le roi, peut-être mis au courant de l'état urbain, déclare très prudemment que par son intervention précédente du mois d'avril, il n'entend nullement porter atteinte aux privilèges communaux ^, le 1 1 , son gouverneur est forcé de quitter Douai, et le 12, Jean de Namur y entre à sa place ^. Il semble que son premier soin fut de permettre le retour du gouvernement régulier et, bien entendu, composé de membres du parti

2. Acte du 20 juillet 1302 (Recueil, n" 322), postérieur par conséquent de quelques jours à Courtrai; voy. peut-être aussi P.J. 873. Cependant, le 10 juin le roi avait écrit de l'abbaye de Royaumont aux « eschevins, conseil et communité de nostre ville » (Publ. Funck-Brentano, 407, n. 2). N'estce pas une formule toute faite qu'explique l'éloignement de Philippe ?

•4. P.J. 871 et voy. plus haut 74 ; Funck-Brcutano, 414.

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