PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE EXTERNE
temps et elle possédait à tous égards une situation économique remarquable : de nouveau, son but avait cessé d'être exclusivement administratif ; au sujet de l'utilité personnelle, son caractère également ne différait pas de celui des moulins et brasseries eux-mêmes, car il paraissait être bien plutôt privé. 8on existence n'était en effet que toute naturelle. puisqu"en dehors d'elle et des quelques exceptions précédentes, tout le reste de l'îlot, la presque totalité par conséquent, demeurait libre et pouvait donc être affecté à des propriétés particulières pour les habitants desquelles un marché était nécessaire. De plus, ces biens étaient à eux seuls une preuve de l'individualisme dominant dans cet élément topographique : il n'était plus indispensable qu'il reçut son impulsion du dehors, mais il pouvait vivre d'une façon autonome.
Ainsi, des traits à la fois nouveaux et similaires semblent bien distinguer ce second côté de l'agglomération par rapport au castrum. Pour son origine, ce ne sont plus certainement des causes de défense militaire, mais très probablement des raisons de travail qui, dans quelques conditions que ce soit, ont dû intervenir et jouer un rôle es.sentiel. Pour sa composition, le pouvoir central matériellement n'y tient plus que peu de place et s'il peut continuer à se manifester, c'est sous des apparences en somme bien différentes de celles déjà constatées : l'élément particulier s'y montre donc presque exclusivement et parfois aussi selon des formes analogues à celles de l'autorité souveraine. Bref, Douayeul ne constitue plus évidemment une réunion de fonctionnaires publics, une dépendance absolue d'un centre extérieur : au contraire, il a une existence toute locale, et de plus, cette dernière apparaît à bien des égards comme de résultante et de nature économiques : grâce à ces transformations, l'ensemble est presque entièrement original.
Cependant, il faut se garder de rien exagérer, si mainte-
périté, qui dut peu après clisparaître au profit des marchés et du port de la ville véritable, siu- lesquels on légiféra au contraù-e pendant la période proprement urbaine.
liant, au lieu de se borner au passé, on examine l'avenir. En effet, d'une façon générale, Douayeul resta toujours, même à Fépoque historique, assez distinct de Douai : c'est que, comme on le remarque très justement en 1104 >, l'eau les « divisait » : « Douai delà » s'opposait à « Douai deçà ^ ». Il n'était pas assez que, topographiquement, le premier fut situé sur la rive gauche de la Scarpe. mais, politiquement, il passait pour dépendre de l'Artois, alors que la rive droite se rattachait à la Flandre et même au Hainaut : côtés français et germanique s'opposaient l'mi à l'autre ^ ; de même, du point de vue rehgieux, le petit Douai avait sa paroisse spéciale qui n'était même pas Saint-Amé, mais Saint-Albin, située d'ailleurs à une certaine distance en dehors de l'îlot *, alors que l'égUse de la rive droite était, nous le verrons, Samt-Pierre ^ ; surtout administrativement, avant comme pendant la commune, il ne cessa d'avoir une place séparée. A titre féodal tout d'abord, il dépendit du seigneur de Saint- Albin encore, ancien officier du châtelain, émancipé, ayant acquis la petite seigneurie locale de ce nom et jouissant, à gauche de la Scarpe, à lui seul, des mêmes droits qu'mi ou, le cas échéant, deux autres officiers d'origine et de situation semblables, le prévôt et le gavenier, sur la rive droite * ; ■fet la distinction était telle que. non seulement certaines taxes ayant évidemment un point de départ unique s'étaient pourtant divisées, en fait, comme propriété, mais que d'mie
1. « Totam terram a ponte S. Aniati (Le pont des Dominicains) usque ad aquam que dividit Duacum et Duiellum » (Bulle de Paschal II, de 1104, citée ci-dessus 24, n. 2).
2. P.J. 31, 461, 8614.15, 18, 1243, 4^9, 547^ 1\Q56, 689 1, 1274 début, 1540l ; joindi-e Recueil, n" 222^ et 0. E. F., V, 131, § 4-5. Dans le compte du domaine de 1187, non moins que dans les diplômes de 1076-1081, Duacum et Duaculum sont bien réellement distincts (Brassart, Preuves, n" 41). Cf. Brassart, Château, I, 288, et II, 484-485, 657-660 et 686,