DEUXIÈME PARTIE. — HISTOIRE JURIDIQUE
avec ses essais de combinaisons, ses tentatives d'oscillations entre les deux partis, entrecoupés de confiscations du pouvoir public, elle n'est évidemment qu\me série trop complète de preuves de l'impuissance politique de Tune et l'autre classes : qu'elles manquent d'hommes ou de vues ou des deux choses, qu'elles ne sachent ou qu'elles ne puissent pas s'élever audessus de leur égoïsme personnel, qu'elles ne veuillent réellement pas réorganiser la ville en raison du profit particulier qu'elles y trouvent, ou qu'elles soient incapables de le faire par suite de leur médiocrité, qu'elles soient un élément déjà usé ou encore trop jeune, elles ne peuvent plus, comme autrefois, crééer et fonder, elles n'arrivent à rien, ne réalisent rien, si bien que l'association dans son ensemble se traîne lamentablement entre elles, en même temps que le déficit public augmente et que les ruines privées s'accumulent. La communauté laissée à elle-même, incapable et inapte à une direction indépendante, ainsi que nous lavons présumé, semble devoir tomber en dissolution. Il ne reste donc de temps à autre, quand les choses vont trop mal sans doute, qu'à la supprimer ; mais ce coup de force ne peut être accompli que par le seul pouvoir qui, dans ces circonstances, ait montré une suite, une persévérance, une unité et une largeur de vues, un sentiment de l'autorité et un souci des intérêts généraux indéniables : c'est la puissance non urbaine elle-même. Evidemment, elle seule sut profiter de l'état urbain, mais il était impossible qu'il en fut autrement, puisque cette situation était telle que, dans l'intérêt même de la communauté, elle rendait indispensable une intervention du dehors ^.
B) Période puhlico- urbaine (1312-1400) ^.
Toute la période qui suit la constitution de 1311, le xiv^ siècle presque entier, malgré sa longue durée et son caractère
1. Sur rintrusion publique dans les villes à la suite des troubles fiscaux cf. Finances, 63, n. 1, et joindre Boiu-gin, Soissons, 169-173.
2. Compléter les remarques suivantes par les observations qui terminent le § 3, 1".
très paisible, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur, nous est au fond assez mal connue. Autant, avant 1296, arrive-t-on à se figurer avec aisance et clarté létat de la ville, autant paraît-il présenter, pour ainsi dire, un caractère « classique », autant même l'époque révolutionnaire encore se montre-t-elle dans des conditions suffisamment nettes, ne fut-ce que dans ses très grandes lignes, autant ensuite a-t-on peine à essayer d'obtenir un résultat comparable. Peut-être en général est-ce la conséquence du début de la décadence du Moyen-Age. Ainsi que dans les époques de transition, chaque élément se complique et l'ensemble se brouille : de ce dernier point de vue, selon un exemple déjà connu, au lieu d'im seul représentant du pouvoir public, s'en montrent deux ou trois ^. En outre, on le sait également, les documents théoriques, les règlements, font trop souvent défaut, remplacés par des actes d'application qui. quelle que soit leur utiUté, ne présentent qu'une valeur de détail et n'en permettent que moins aisément darriver à des conclusions générales. De toutes façons, il n'est plus possible de se figurer qu'im peu vaguement et obscurément, comme dans la pénombre, les conditions réelles de la vie urbaine.
Matériellement d'abord, la cité a cessé de grandir ^ : sur ce premier point, il est vrai, aucmi doute ne peut s'élever. Tout au plus, la ville acliève-t-elle sa formation sur la rive gauche par un achat de terrains à un seigneur féodal ', en enveloppant son acquisition, ainsi que le reste de l'agglomération de ce côté, par la fin de sa seconde enceinte *. Mais on n'ignore pas que cette partie du centre urbain fut de beaucoup la moins importante, et qu'elle ne resta jamais, en effet, que très relativement peuplée. De plus, l'achèvement des murs dans cette direction s'accompht expressément sous la pression
1. Le bailli local, le bailli d'Amiens, le souverain bailli de Lille. Voy. plus haut, § 3, 2°.