Luchaire, Les Communes
mesure où toute société peut ressembler à une autre contemporaine : autrement, il n'aurait eu encore aucune raison d'être. Au fur et à mesure de son développement en une luiion personnelle de membres, liés à tous égards les uns aux autres, si bien qu'ils pouvaient vivre et agir dans un but généralement unique, un « corps » parfaitement homogène se créa, pourvu d'organes indépendants fonctionnant dans son intérêt et qui, finalement, apparut tel qu'une « commune ». Lorsque ses caractères intérieurs furent tout à fait achevés et que se combina avec eux une expansion extérieure de la ville, alors les expressions désignant les traits essentiels de sa vie particulière prirent leur valeur la plus grande et elle-même arriva à la séparation la plus complète de tout ce qui l'entourait : ce fut naturellement l'apogée de son autonomie, c'est-à-dire la sienne propre. Mais ensuite, la cohésion et l'union de l'association n'ayant plus qu'une portée apparente, ne vivant que dans les termes qui les désignaient toujours, tout en ne correspondant plus à rien d'effectif, dès ce moment, l'expression « d'échevins et de communauté >^ ne voulut que trop signifier que la ville se composait de deux parties, dont lune ne représentait qu'elle et dont l'autre ne représentait plus rien. Elle tendit de nouveau, en contraste avec son état précédent, à se perdre dans ce qui l'environnait. Seulement, le milieu dominant n'était plus la féodalité, mais la puissance dont le démembrement même avait donné naissance à cette dernière et qui. reconstituée selon d'autres conditions, commençait à dominer et à absorber tout à la fois les deux pouvoirs urbains et féodaux. La disparition du premier ne fut cependant pas complète : il gagna même momentanément à cette tutelle, et les vieux termes concrets ou abstraits indiquant la cohésion de la ville, comme sa primitive unité, semblèrent réapparaître ou se reformer : mais, alors qu'ils jouissaient autrefois d'une réaUté et d'une valeur absolues, ils n'en possédèrent plus que de relatives, parce qu'ils ne revivaient que grâce à une puissance extérieure qui leur avait comme insufflé une sorte de force purement superficielle.