‹ La vie urbaine de Douai au moyen age (volume 2)Chapitre 292 sur 997 · Voy. plus loin · texte numérisé non relu

Voy. plus loin

3. Cf. à Arras, en 1194, l'établissement d'un échevinage renouvelable tous les quatorze mois [Guesnon], Invent, chronoî. des chartes... d' Arras, no 4,

314 LA VIE URBAINE DE t)OUAI

Des formes extérieures de cette constitution passant à sa nature interne, on trouve un point unique concernant le pouvoir central, alors que tous les autres se rapportent exclusivement au Magistrat seul. D'une part, on remarquera l'exclusion presque complète de la puissance souveraine. L'éventualité de la prestation de serment du Magistrat à cette dernière, et cependant son absence de nécessité, donnent, en principe, au régime urbain une sorte d'allure mixte qui, en fait, pouvait bien lui manquer complètement, quoique cet acte, à la rigueur, servit à l'autorité centrale pour rappeler sa prééminence : c'était donc une question d'application qu'il est possible et utile d'apprécier de points de vue un peu divers, sans en exagérer quoi que ce soit dans aucun sens. Du côté urbain, tout d'abord se constate le manque absolu de droits de la communauté dans la nomination de ses chefs, entraînant sa mise à l'écart beaucoup plus intégralement encore que pour la puissance publique, et bien entendu présentant une importance fondamentale. Plus spécialement, l'emploi des électeurs tenait peut-être à l'esprit formaliste général du Moyen-Age et au désir du milieu communal, d'où émanait directement la constitution, de posséder un système électif au moins à deux degrés : à vrai dire, le rôle de ces intermédiaires était réduit au minimum, puisqu'ils ne choisissaient que quatre échevins. Mieux encore, l'emploi de ce double système « d'échelles » et de « tranches », et dans des conditions identiques pour la nommation de tous les membres proprement douaisiens de l'échevinage. ne paraissait que montrer davantage cette volonté de diviser les pouvoirs d'élections, pour n'en accorder à chacun qu'une quantité strictement égale. Là se manifestait une sorte de défiance mutuelle, peut-être due au milieu particuUer des éligibles. LTne autre preuve, quoique de forme contraire, de l'existence de cet état d'esprit, était la réunion de tous les membres nommés de la rive droite, en vue de choisir simultanément les échevins de Douayeul, comme pour les accabler, eux, non patriciens douaisiens, sous le poids de toute l'aristocratie

bourgeoise douaisienne. Enfin, en général, de cette influence éminemment sociale devaient provenir deux traits essentiels et connexes : tout d'abord, la petitesse numérique des membres de l'organe ; puis, dans un seul échevinage, l'exclusion des éléments d'une même famille, qui avait pour but bien clair de ne pas favoriser les parties collectives aux dépens des particuliers, surtout à cette époque où les « lignages» gardaient encore une si grande importance, mais de déterminer que chaque individualité pouvait réaliser ses désirs selon des conditions à peu près équivalentes : cette règle d'égalité semblait parfaitement compréhensible dans un cercle très restreint de personnes.

En somme, ces divers principes s'accordaient avant tout à établir que, des échevins sortants, dépendait, à peu près exclusivement, Félection des nouveaux, qui eux-mêmes étaient en nombre restreint et sans lien familial : c'était là extérieurement un système cooptatif presque pur, marque indéniable d'un régime aristocratique très développé et indépendant tout à la fois, dont le caractère était encore accru intérieurement par des tendances ohgarchiques très nettes.

Dans la réahté, au cours des hstes échevinales, les mêmes noms reviennent régulièrement une dizaine ou une douzaine de fois, aussi souvent que les éhgibles devaient pouvoir faire partie du Magistrat par conséquent. Si même les titulaires disparaissaient ou mouraient, les mêmes familles persistaient ou continuaient ^. Evidemment, l'échevinage se trouvait, dans des conditions plus ou moins simultanées, l'apanage d'un nombre limité d'individus, puis de « hgnages )>. Toutes ces remarques aboutissent encore à une semblable conclusion : la constitution de 1228 étabhssait ou mieux favorisait une ploutocratie absolument fermée.

Par suite, ce régime ne peut avoir une origine publique et ne saurait posséder qu'un point de départ urbain :

1. Brassart, Listes mss. de Véclievinaqe. Nous ne pouvons naturellement entrer dans ces détails de personnes.

dans des conditions plus précises, il faut l'ajouter aussitôt, il doit provenir de la classe sociale en faveur de laquelle il s'exerce directement. Si on objecte que le changement qu'elle réalise en 1228 est justement la substitution d'un échevinage non viager à un échevinage viager, modification qui semble indiquer une diminution de pouvoir du Magistrat, il est facile de remarquer qu'en principe elle s'explique très bien à Douai comme ailleurs ^, par le développement de la ville qui entraîna un accroissement des affaires urbaines tel, qu'il fut impossible à ceux qui étaient responsables de leur gestion de continuer à y suffire toute leur vie sans aucune interruption. Il leur était d'autant plus malaisé de laisser le système ancien persister qu'ils n'avaient été appelés à remplir leur charge qu'en vertu de leur situation privée et que cette dernière, bien entendu, les absorbait particulièrement : or, ils ne pouvaient la négliger et l'amener à péricliter pour se consacrer d'une façon exclusive à leurs fonctions publiques, sous peine de devenir impropres à celle-ci à leur tour. En fait, en laissant aux intéressés la possibilité de revenir au pouvoir une fois sur deux, on maintenait effectivement un échevinage viager avec ses avantages et sans ses inconvénients, donnant aux élus tout à la fois, la possibilité de jouir des prérogatives du pouvoir public et de ne pas en souffrir, d'autant mieux que, nous le verrons, par une condition essentielle, au cours de leurs treize mois de repos, les échevins sortis, faisant de droit partie du « Conseil - », continuaient à participer au gouvernement, au moins à titre consultatif, dans les circonstances importantes. La réforme, purement apparente, était, dans la réalité, entièrement profitable aux personnes. Aussi, n'en saurait-on bien attribuer la cause qu'au désir de ces dernières elles-mêmes, et elle ne peut avoir qu'une origine nettement patricienne.

1. Pirenne, Histoire, I, 284 ; Vanderkindere, La polit, commvn. de P. (V Alsace, 779-784.

2. Sans le constituer peut-être exactement : ce point demeure assez difficile à préci-ser (Voy. plus loin, 2°^),

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