‹ La vie urbaine de Douai au moyen age (volume 2)Chapitre 44 sur 997 · I>REMIÈRE PARTIE. HISTOIRE EXTERNE · texte numérisé non relu

I>REMIÈRE PARTIE. HISTOIRE EXTERNE

sans interruption : en effet, cette défense naturelle ne comprenait guère qu'une sorte de vide, de trouée située exactement entre Douai et, à l'ouest. Hénin-Liétard, et encore les ruisseaux de TEurin et du Boulenrieu la fermaient-ils en partie. Aussi, ce défilé ne restait-il accessible que par quelques passages, dont la place forte la plus voisine avait la garde : c'était précisément Douai ^. Située dans ces conditions sur le chemin unique, presque forcé, de toute armée traversant ces contrées, on comprend quelle importance particulière avait sa possession pour un envahisseur, quelles que fussent sa provenance ou sa direction -.

La valeur de ce rôle géographique, toutes questions de frontières artificielles mises de côté, s'accrut encore et se compléta de celle de son rôle politique, qui y correspondait naturellement et en formait, en somme, la résultante directe. Ce n'était pas assez que Douai fut placé au centre stratégique de toute une contrée militaire, mais il se trouvait également .situé, nous l'avons noté ^. à l'un des points de rencontre de deux provinces frontières. l'Artois et la Flandre, et on doit même en ajouter une troisième, le Hainaut. regardé toujours comme terre d'empire ^. A cet égard, il était, sinon la capitale,

1. Delpecli, La tactique militaire au XllL^ s., I, 39-40 et n. I.

2. Delpech, 40. Ce rôle, pour une cause stratégique réelle ou pour une raison documentaire, apparaîtra surtout dans la période des guerres de Flandre, sous Philippe le Bel.

3. Voy. 30, et joindre Brassart. Château, II, 658. D'après une sorte d'enquête, citée par l'auteur et faite en 1200 env., sur l'étendue de la châtellenie de Lens, « in Duaco erat justicia et districtum de Lens usque ad pontem lignorum ( ' Le pont à le Laigne «, le pont du marché aux poissons ; Brassart, Preuves, 146, n. 2 ; joindre le texte cité au début de la n. suivante). De même, en plein xivp s., le marais de La Brayelle, à un kil. de la \ille et dont leau alimente les fossés urbains, est en Artois (P.J. 1 157).

4. En principe, nous donnons ci-après un extrait d'une sorte de mémoire du milieu du xivf s., sm- les frontières de la France et de l'Empire dans le Hainaut. n Ch'est li dessouires de l'empire et dou royaulme, ensi que maistres Jehans Boute villains l'a eut dunne abbeie ou royaulme de Franche, et maistres Jehans de Pottesl'atrouvet en III lieus avœckes les escrips d'Ostrevant en le tresorie. — Li desouires dou royaulme et de l'empire est tels... Contrement le rivière d'Escaut, si comme elle keurt parmy Tournay en Mortaingne ineismez, est de leixipiie. Et quant ce vient à Saint-Amant meismez, se vient une rivière parmy Saint -Amant que on appielle l'Escarpe

au moins la place occidentale extrême la plus importante de ce pays qu'on appelait l'Ostrevant. qui fut toujours si mal délimité et qui donna lieu à de fréquents débats entre les rois de France et les empereurs d'Allemagne, mais dont l'attribution, ce point est bien significatif, ne put jamais être tranché ^. Rien n'était donc plus vague et plus important tout à la fois, politiquement, que la position de cette ville qui, placée au sommet de trois triangles formés par trois territoires d'une telle valeur, pouvait, selon ses rives, passer

et si lait l'Escaut contrement à main seniestre et l'Escarpe contrement à main diestre. Et cliils Escarps fait à suiwir contrement jusques à une abbeie con apielle Hanon. Va en tout contrement le conteit de Haynnau jusqiies au pont à Raisse et dou pont à Raisse jusques à un pont con apielle le pont à le Laigne à Duay (voy. la n. précédente), si que Duay de leur grant partie de l'empii-e. Et de Duay en amont s'en va tout jusques à Lescluse et de Lescluse jusques à une autre ville con appielle à Sailli, et de Sailli jusques à Vy en Artois ù il a II rivières petittes, une decha le ville et une autre delà, et dit li anchiien que tovit est de l'empii'e et les rivières et li ville )■ (Valenciennes : Biblioth., ms. 784, pièce 232, fol. 253'). En fait, le village de Waziers, à moins de 3 kil. au N.-E. de la ville, sur les limites mêmes de l'échevinage, est « hors de notre royaume » reconnaissent sans aucune discussion les rois de France (P.J. 1080). Même la bande étroite de terrain située entre la ?oute de Lille et la Searpe. qui, a priori, semble bien être de l'échevinage — la limite de ce dernier suivait justement le chemin au dehors, laissant par conséquent tout ce qui était en deçà à l'intérieur du territoire communal — est continuellement discutée entre la ville et les seigneui'S de Waziers encore et la question ne paraît jamais avoir été tranchée, alors qu'il s'agit en somme d'endroits situés aux portes mêmes de la ville (Voy. pour le xiii'' s., Brassart, Preuves, t. II, n" 142, et poui- le xiv^, ici même, P.J. 1112 et 1446.) Même incertitude povu une partie des communia dépendant des marais de Sin en 1290 (Voy. Finances, P.J. 60, et même 322).

1. Voy. Le Glay, Doc. pour servir à Vhisloire du comté d'Ostrevant, 537 ; et joindre Vanderkindere, La formation territoriale, I, 133-138, et le chajj. 23, p. 238 ss. (« Douai sur la Scarpc et Mortagne sm- l'Escaut étaient, du côté du nord, les deux boulevards de l'Ostrevant », 57), avec quelques mots sur la Searpe servant de rivière frontière (cf. ci-dessus, n. 4) dans Kern, Die... Ausdehnunyspolitik, 113, 320. — A cette requête sur l'O.strevant, on peut rattacher un débat qui, de 1315 à 1331, s'éleva entre le c-liatclain et la ville, d'une part, le comte de Hainaut et son vassal, le comte de Lallaing, de l'autre, « super justicia rippai-ie de Scarp », un peu en aval de la ville par conséquent, Lallaing étant situé près de la rivière à 6 kil. N.-E. à vol d'oiseau do Douai. En i-éalité, ce débat porte encore sm- l'attribution des rives de la Searpe au dessous dv Douai, à la France ou à l'Allemagne. Le roi de France y intervint, mais cette question, comme celle de l'Ostrev-ant, resta sans doute toujours pendante (Voj'. Devillers, Mon. pour servir à rhistoire des prov. de Namur, III, nos 218, 254, 459 ; Brassart, Château, I, 156, d'après ces documents).

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