PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE EXTERNE
en même temps pour française ou germanique ou flamande, qui appartenait ainsi simultanément à deux mondes profondément divers, sinon opposés, et à un troisième intermédiaire, bref, qui n'était presque d'aucun pays ^'K Rien encore ne devait être plus tentant que sa conquête, plus essentiel que sa garde pour des envahisseurs, qui n'avaient que des motifs de toutes sortes de venir presque fatalement se heurter à cet endroit, et dont les occasions de luttes étaient d'autant plus fréquentes que l'un d'entre eux était le suzerain de l'autre et se considérait toujours, avec quelque apparence de raison, comme juridiquement autorisé à intervenir dans ses affaires et à revendiquer ses territoires.
On peut donc admettre, sans rien exagérer, que cette ville forte, plus peut-être qu'aucune cité voisine, était vraiment à tous égards une des « clés )^ de cette région frontière par excellence. Ce principe fondamental permet d'expliquer son rôle dans les nombreuses guerres ou négociations qui se succédèrent du XI*-' au xye siècle et dont il suffira d'autant plus de donner un résumé rapide, en le rapportant à Douai, que tous ces événements sont dans leur généralité bien connus et que, lorsqu'ils ne le sont pas absolument, l'histoire unique de ce centre urbain ne peut sans doute suffire à elle seule à en éclaircir l'ensemble.
1*^ Période préurbaine.
Du X^ à la fin du XII^ siècle.
En effet, ces deux premiers siècles de l'histoire de Douai sont passablement obscurs et il est parfois difficile, pour cette période primitive, d'obtenir des solutions bien satisfaisantes. Tout d'abord, quoique le castrurti, nous l'avons dit, fut cer-
1. Siu- cette situation essentiellement frontière de Douai, voy. P.J. ISéô'', et aussi 1000 et 1004, qui montrent que les bannis abondaient de ce côté, justement parce qu'il constituait une région limite ou plutôt sans limites bien déterminées.
2. Siu- l'absence de frontières naturelles de ce côté, voj'. Blanchard, La Flandre, 10-11, et Demangeon, La Picardie, 8.
taineuieiit bâti par un comte de Flandre, Baudouin II, lorsqu'en 930 il est nommé pour la première fois ^, il n'appartient pas à son successeur, mais il est capétien. On s'explique déjà assez mal ce changement : peut-être cependant était-il dû au rôle de médiateur qu'aurait rempli fréquemment le prédécesseur du chef d'alors de la maison de France, Robert, entre Baudouin de Flandre et Eudes. Par son mariage avec la fille d'Héribert de Vermandois. Robert se trouvait comme naturalisé dans le nord de la France, et l'on peut supposer qu'en récompense de ses services, le premier des deux seigneurs précédents lui aurait cédé Douai ^. Quels que soient le motif et la forme de ce changement, il est intéressant à constater, puisqu'il montre la ville à peine fondée passant d'un seigneur flamand du nord à un seigneur français du midi, et dès ses origines, exécutant ce mouvement de « ballotement », qui est en somme le résumé de presque toute son histoire.
Ce n'est d'ailleurs là qu'une sorte d'essai, pour ainsi dire, et le rôle de la cité à cet égard ne se trouve pas encore définitivement établi. Pendant plusieurs années, sa situation va être un peu confuse et, si elle continue à subir des oscillations, elles ont un caractère exclusivement régional. En effet, le successeur de Robert, Hugues le Grand, ne garde pas la ville directement pour lui. mais l'octroye à un certain Arnold, qui n'est pas autrement connu, malgré un rôle d'apparence assez importante dans ces contrées : il est cependant sans doute un de ses vassaux ^. En 930. il est « le conte » de Douai et c'est à Kii que Douai est « liges ^ ». Mais il ne devait pas le
J. Flodoard, Ann., éd. Pertz, .S'. S., III, 379; éd. Lauer, 4fi.
2. Voy. Kalckstein, Geschichte des jranzôs. Kônifjthums, IIO.
3. Sur cet Arnold ou Ernaut, voy. la dissertation de Brassart, Mnn. sur les trois Arnoul, et en outre Vanderkindere, Histoire, I. 294 ; joindre la n. suivante.
4. \'oy. Le Roman de Raoul de Cambrai, \. 2454, 2573, 2783, 5028, 5387. — Pour certaines divergences auxquelles a donné lieu l'appréciation du rôle d'Ernaut dans le roman, voj\ Bédier, Les chansons de cjeste, II, 355, 371-372, 410, 430, n. 1, et, d'autre part, Longnon, Noiiv. recherches sur les jjersonn. de Raoul de Cambrai, 247.