C'est évidemment ce que l'on doit supposer
3. O. R. F., XI, 317 ; Giiy,Z)oc«//(c7i/s, n<> 21 ; cf. Petit-Dutaillis, Louis VIII, 222-223.
PREjVnÈRÊ PARTIE. HISTOIRE EXTERNE 65
avait aucun motif de changement, le provisoire commençait à être assez durable et le conditionnel semblait bien devenir absolu.
Une occasion ^ de prolonger l'un et de fortifier l'autre en faveur du roi s'offrit sans tarder. Au moment de la révolte du faux Baudouin, qui devint si rapidement un soulèvement formidable. Jeanne de Flandre dut s'adresser pour le repousser à Louis VIII. son protecteur, non seulement naturel, mais le seul possible. Le roi consentit à la secourir, sauf à être remboursé de ses frais : mais, en attendant ce moment, il « tiendrait » Douai et la forteresse voisine de Lécluse ; le paiement effectué, il reviendrait vis-à-vis de ces deux villes dans la situation présente, il n'aurait donc plus Douai à titre de gage, mais plutôt de conquête -. Peut-être la comtesse s'acquitta-t-elle rapidement et les choses retournèrent en l'état antérieur. Seulement, en 1226. lorsque le roi dut partir pour la croisade des Albigeois, il songea à remettre Ferrand en liberté et dans les négociations qui s'engagèrent alors, l'importance de Douai de nouveau se manifesta. On sait que ces pourparlers aboutirent au mois d'avril au traité de Melun, dans lequel la situation de la ville qui nous occupe est en effet spécialement mise en lumière et déterminée ^. Tout d'abord, la rançon de Ferrantl est établie à 50.000 Ib. : la moitié en sera versée à sa mise en liberté fixée à la Noël, mais, en même temps, la comtesse remettra au roi Douai avec Lille et Lécluse ainsi que leurs revenus ; ensuite, au paiement de l'autre moitié, la restitution des villes seia faite à la Flandre ; cependant enfin, pendant dix ans encore, le roi maintiendra dans la forteresse la garnison qu'il y a actuellement et cela aux frais du vassal ; le tout sans oublier un
1. Siu' les événements qui vont suiva-e jusqu'au règne de saint Louis inclus, voy. un article très précis de Brassart, Actes et traités passés entre la couronne et la Flandre... de 1225 à 1242.
2. Gesta Ludovici VIII, H. F., XVII, 308 ; cf. Wautcrs. Table, III, 637 ; joindre Brassart, art. cité, 113, et Petit-Dutaillis, 397 et n. ."5.
3. Pour le texte du traité, Wauters, Table, IV, 7 ; cf. Brassart, 114, Petit-Dutaillis, 400-401, et Pabst, 182.
LA VIE Ultlî.ilKE UJi DOUAI. I ^1
serment d'asseurement et de fidélité en cas de révolte possible du comte, que la ville devait prêter au roi au début et renouveler à lexpiration de cette période décennale. Par ces stipulations, qui, non seulement concernent le présent, mais intéressent l'avenir, car le traité de Melun restera en cause sous Philippe le Hardi et même pendant les négociations de la fin du règne de Philippe le Bel i, on peut affirmer que, si dans cet accord, Douai ne tient pas la première place, il joue au moins un rôle absolument essentiel : en fait, les circonstances aidant, mais aussi grâce à son habileté, le roi de France avait fini, quoique d'une façon encore plus ou moins conditionnelle, par se substituer complètement au possesseur direct de la ville.
Mais ces projets de conquête définitive furent d'abord arrêtés par la mort prématurée de Louis VIII en décembre 1226. Blanche de Castille, sans doute pour éviter toute difficulté pendant la minorité de son fils, tint à terminer le plus rapidement possible l'accord précédent. En principe, elle alla jusqu'à rendre Douai au comte, bien qu'elle ne fut pas sans prendre certaines précautions politiques : elle fit subsister dans toute sa rigueur l'article du traité concernant le mamtien déceimal de la garnison ainsi que le double serment à prêter par la commune ^. iVlors, Ferrand remis en hberté, réconcilié avec Douai et redevenu son seigneur ^, le 5 janvier 1227, la ville ratifia l'accord conclu entre lui et la régente*. Les réserves que cette dernière avait spécifiées ne devaient pas justement perdre toute efficacité. En effet, une huitaine d'années après encore, en 1235, quand saint Louis s'occupa de projets de mariage entre son frère Robert, pour lequel il voulait reconstituer l'ancien comté de Flandre, et la fille de
1. Voy. ci-après 68 ; cf. Warnkœnig-Gheldolï, II, 232 ; Funck-Brentano, Philippe le Bel en Flandre, 7-9 ; Pii-enne, Histoire, I, 231.
2. Teulet, Layettes, II, n" 1895 ; cf. Ph. Mouskes, S. S., XXVI, 794. V. 27773 ss. ; Brassart, 117, et joindre Berger, Hist. de Blanche de Castille, 68-69.