‹ La vie urbaine de Douai au moyen age (volume 2)Chapitre 635 sur 997 · DEUXIÈME PARTIE. HISTOIRE JURIDIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. HISTOIRE JURIDIQUE

l'égard du damoiseau comme du chevalier, la ville pouvait être considérée comme se trouvant en état de légitime défense ou, au moins, comme ayant agi par erreur. Il est si vrai, que le pouvoir public le reconnaît parfaitement, peut-être parce qu'il ne considère ces faits que sous le rapport individuel. Au contraire, pour les parents, les mêmes délits ne peuvent guère être examinés qu'indépendamment des raisons de leur exécution, ou, à la rigueur, les circonstances ambiantes ne gardent qu'une valeur très secondaire. Les résultats sont toujours semblables et la fin ne varie pas : un parent est mort dans certaines conditions et la solidarité familiale entre forcément en jeu.

Or, du côté personnel d'abord, les sentiments que pouvaient ressentir les intéressés semblaient bien prendre une extension très considérable : ne voit-on pas les (( parents et amis » de J. Verdeboud, à eux seuls, vouloir « guarrir » une ville de l'importance de Douai ? Comme des débats de ce genre avaient des causes uniquement privées, il paraissait donc, en principe, aussi souhaitable que possible de les terminer à Famiable, en raison de leurs conséquences éventuelles.

Justement, sous le rapport réel, les deux affaires successives présentent chacune un mode trengagement arbitral d'apparences différentes, quoiqu'au fond de natures comparables. Pour Gautier de Wargnies, c'est toujours la partie agressive, ville ou particuliers, qui spontanément propose à la partie lésée, un accord qu'elle accepte d'ailleurs sans difficulté : ainsi, suivant un principe déjà établi, les droits des deux adversaires à ce moment, sont bien égaux en vue de l'accord final qui seul importe. Mais le pouvoir public, en cette affaire, n'a pas à intervenir. Au contraire, au sujet de J. Verdeboud, l'entremise de l'autorité centrale, et en somme contre la victime, paraît être nécessaire et se produit même à une intention spéciale. Tout d'abord, c'est elle qui se saisit proprement du différend jusqu'à son achèvement, obligeant la famille du mort à se prêter à un accord et imposant les trêves, sous peine de répressions très graves. Plus particulièrement, le comte agit

dans un but économique non douteux : seigneur très pratique, il énonce à plusieurs reprises ses idées à cet égard et il faut y voir la raison prédominante de son entremise comme de sa conduite en général. Cette affaire montre donc avec toute la netteté désirable l'incompatibilité entre l'ancien système juridique et le nouvel état social, si bien que l'autorité ne laisse relativement subsister le premier qu"à la condition formelle qu'il se soumette au second. Ainsi, assimilation de la partie agressive à la partie lésée, obéissance de cette dernière à la 'justice publique, tout, au besoin par des voies différentes, part semblablement du même principe et tend au même but.

D"un point de vue plus général encore, qu'il s'agisse par conséquent de la façon de considérer l'affaire ou de la terminer, l'opposition à ce double sujet, entre les idées des éléments publics et particuliers, est absolument nette et confirme bien les conclusions que fournissent les guerres familiales proprement urbaines : la famille juge le fait collectivement, mais n'examine son expiation que du côté privé ; l'autorité le considère individuellement, mais voit à sa répression des motifs généraux. C'est ainsi que dans le cas de Gautier de Wargnies, si le fait paraît toujours aux parents nécessiter une réparation, il est au contraire pardonné par l'autorité.

Les modes d'arrangements employés sont uniquement les trêves et les paix. Plus spécialement dans l'affaire Verdeboud, comme les premières précèdent les secondes et y aboutissent d'une façon à la fois naturelle et légale, presque nécessaire même, le rôle respectif de chacunes d'elles ressort très nettement. Les trêves constituent ainsi, non seulement une mesure destinée directement, dans des conditions présentes, temporaires et matérielles, à empêcher toute guerre, mais aussi indirectement, dans une intention future, définitive et morale, elles sont un moyen établi en vue de donner aux passions encore mal éteintes, le moyen de se calmer : leur répétition même est à cet égard un avantage, puisqu'elle permet au temps de faire son œuvre en acheminant doucement les esprits vers l'idée d'une pacification complète. Seulement, tandis qu'on

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