DEUXIÈME PARTIE. — HISTOIRE JURIDIQUE
cette nouvelle différence résultait-elle des précédentes et en particulier de la première d'ordre personnel : les débats, en effet, ne se produisaient plus par des raisons criminelles assez graves et ne mettaient plus en cause des séries d'individus engagés malgré eux dans le démêlé, si bien qu'il fallait songer à ne pas les rendre victimes involontaires des guerres, mais les différends étaient d'ordre purement civil entre deux seuls adversaires directs qui n'avaient qu'à s'entendre mutuellement. Enfin, organiquement, puisqu'en général les causes se montraient comme étant beaucoup plus complexes et importantes dans le premier cas cpie dans le second, il semble naturel qu'une justice soit devenue avant tout d'exécution officielle et que l'autre soit restée surtout d'accomplissement privé.
]Mais, ces réserves faites, les analogies ne manquaient j)as non plus. Elles apparaissaient jusque dans la phraséologie où Ton parlait de « discordes, de liaynes », cj^u'il fallait remplacer par « la paix ^ ». La procédure aussi par ses deux phases, le c compromis » et le « dis », rappelait la succession des trêves et des paix : le compromis n'était également qu'un simple arrêt du différend, une séparation purement extérieure des ennemis, alors que le « dis ». annulation du passé, se présentait bien comme une réelle réconciliation et selon même qu'on l'énonçait, comme une véritable paix. En conséquence, pour le tribunal, les prudhommes privés des justices collectives et individuelles étaient assez naturellement comparables, quoique l'aj^parition des premiers fut exceptionnelle et celle des seconds régulière, et même relativement, les paiseurs et les amiables apaiseurs, en dépit de leurs provenances différentes, se trouvaient, par leur genre de fonctions, très semblables. Si on objecte que les premiers n'établissaient pas de trêves, à la différence des simples arbitres qui faisaient des compromis, il est facile de voir que le rôle personnel de ces derniers intermédiaires était beaucoup moins actif clans la première phase que dans la seconde, d'autant mieux que. du côté réel, celle-là