DEUXIÈME PARTIE. HISTOIRE JURIDIQUE
bunal de résidence. Enfin, ils obtenaient le droit d'élever des brasseries, des moulins à chevaux et des boulangeries.
L'ignorance absolue où l'on est pour ce moment de l'histoire d'Orchies ne permet de voir ni de supposer à aucun degré l'état de la ville lors de la concession, ni par conséquent le motif de cette dernière. Comme aucun pouvoir existant n'est indiqué et que, du côté personnel, la charte est donnée à des « hommes », on peut admettre que le fait juridique de son octroi fut, comme à Douai même, le résultat du développement naturel, c'est-à-dire social, de l'agglomération. Du point de vue réel, la concession, par suite de la généralité des termes a libertas et lex », d'ailleurs sans doute pléonastiques, comprit sans doute l'ensemble de l'organisation douaisienne. Mais on crut nécessaire de mentionner séparément certains principes spéciaux importants, non peut-être parce qu'ils étaient inconnus à Douai, mais parce que la métropole n'ayant pas de loi écrite, on tenait, pour la filiale, à fixer aussi nettement que possible la concession. Tout d'abord, afin de peupler la localité, un séjour d'une durée déterminée y rendait libre si aucune autorité n'élevait de réclamation : on avait là une application d'mie règle fréquente ^. Ensuite, l'appartenance exclusive à la juridiction locale était également bien connue. Les prérogatives intéressant le droit se complétaient par quelques concessions proprement économiques, qui concernaient non moins naturellement des industries alimentaires. Dans l'ensemble, ces trois points étaient assurément de premier ordre, et en accordant à Orchies la faculté d'augmenter sa population, la propriété d'une juridiction indépendante et les moyens de subvenir matériellement à ses besoins, on lui donnait les facilités essentielles, sinon pour naître, du moins pour vivre et prospérer. Ces quelques indications, malgré leur brièveté, paraissent donc être assez précieuses.
1. Knieke, Die Einwanderung in den westfàlischen Stàdten, 63, 114.
980 LA \t:e urbaine de douai
Elles le sont encore relativement en ce qu'elles permettent de compléter des comparaisons qui méritent d'être faites, on le sait, avec les autres localités, sous les deux points de vue connexes du motif et des résultats des relations de chaque série de filiales avec Douai : de part et d'autre, en effet, origine et aboutissement ne sont pas sans présenter une certaine ressemblance. Si d'abord Cantin, Dechy et Férin ont reçu la loi douaisienne, c'est évidemment d'une façon précise en raison des liens juridiques directs des seigneurs de Douai avec ces villages ; à l'égard d'Orchies, au contraire, il s'agit d'un rapport général et plus lâche, de l'influence sociale probable de la ville la plus importante d'une région sur une agglomération moindre de son territoire. Par analogie, nous ne disons pas par déduction, si l'on passe aux résultats, dans les trois villages, c'est une organisation de paix judiciaire qui avant tout est créée et est à ce titre d'ailleurs doublement intéressante. Absolument, l'établissement d'un tel système montre bien qu'au début de la vie d'une agglomération, il forme une de ses caractéristiques fondamentales, un de ses buts essentiels. Relativement, il n'est pas moins remarquable que ce soit toujours la seule question en cause, la seule fin visible et atteinte : le moj'Cn une fois trouvé et établi de contenir et de réprimer les instincts blâmables des habitants, on ne se préoccupe plus aucunement d'assurer leur existence pratique. Mais, à Orchies, par similitude avec l'action générale subie, à l'organisation juridique s'ajoute l'économique. C'est qu'au fond les milieux ne sauraient être comparables. Le premier est purement rural et en tout cas très neuf ; le second est tout au moins mixte et de toutes façons plus perfectionné déjà. D'un côté, rien d'industriel et de commerçant, en d'autres termes, aucun élément urbain ne peut s'y former ; de l'autre, on voit clairement que la situation est différente. Ainsi, à l'organisation judiciaire pure d'une simple agglomération du plat paj's s'oppose peut-être le début plus complexe d'une sorte de ville.
Ces remarques peuvent intéresser les filiales, même de