Cf. plus liHUt IU
même l'état intérieur de l'institution n'est décrit nulle part, s'il ne nous est connu que par des prescriptions simplement relatives au rôle des intermédiaires, dintérêt souvent plus essentiel pour ces agents en général que pour l'organisme lui-même en particulier, on voit cependant des voitures 3' amener des tonneaux de vin qui payaient un droit dentrée et peut-être d'autres taxes, des déchargeurs mettre évidemment ces marchandises en place, et ce ne pouvait être que dans des caves, et enfin, les marchands locaux douaisiens y effectuer des opérations commerciales avec l'aide de courtiers ; peut-être la partie du tarif officiel du déchargement des vins concernant leur manipulation pour des ceUiers qui appartenaient « as estranges homes » était-elle relative à des caves que les marchands forains avaient dans l'étape ^. H n'y a ainsi guère de doute que cette dernière ait constitué économiquement un entrepôt et un marché.
Mais il convient d'essayer de préciser sa nature juridique. En principe, cet organisme devait, à certains égards du moins, être d'un emploi obhgatoire, sinon il n'aurait pas eu de rai.son d'être et demeurerait inexplicable. Mais il ne pouvait offrir ce caractère pour le marchaml local : on ne comprendrait guère que ce dernier fut forcé d'y effectuer des opérations ; en fait, d'ailleurs, c'est avec une clarté absolue qu'on énuiuère les deux cas possibles de l'achat par le vinier en dehors aussi bien que dans l'étape -. Le careton .seul était donc sans doute en cause. Or, si on ne lui prescrivait pas d'utiliser l'entrepôt, c'était peut-être la conséquence d'un défaut de documents, le résultat d'mie évidence telle que son indication ne parais-sait pas nécessaire et, de toutes façons, le contraire n'était pa-s stipulé davantage. Le cas de l'importateur, à l'inverse de celui du vinier, serait donc douteux, mais comme il faut, encore une fois, tenir compte du principe obligatoire de l'étape, on ne peut trancher cette indécision que dans un sens et on doit admettre que tout voiturier
2. P.J. 86^ (« acater dehors le vile »)*, {" acater en l'estaple »).
LA VIE lUBAIXE UE UOUAl
faisant passer ses marchandises par Douai était tenu de déposer ses tonneaux dans lentrepot et d"y acquitter certains droits. En particulier, il était tout naturel que ce fut à lui à payer les taxes d'entrée, et non à l'acquéreur, puisqu'il était étranger. Seulement avait-il en outre l'obligation de mettre ses denrées en vente dans l'étape '. Malgré l'importance encore considérable de cette question, comme rien absolument ne permet de la résoudre, mieux \ aut demeurer à son sujet dans l'indécision. Dans ces conditions, on pourrait peutêtre conclure que ce genre d'étape réalisait la forme la plus simple de cet organisme, celle qui n'avait qu'un intérêt fiscal 1. En effet, les opérations qui y étaient accomplies profitaient toujours financièrement aux pouvoirs locaux, alors que. si lés éciianges n'étaient pas obligatoires, l'étape ne présentait pas forcément un intérêt économique pour la population.
Telles sont à peu près les conjectures possibles au sujet du fonctionnement et de la nature de l'étape du vin. Il reste à rechercher !<on origine juridique et finalement la raison d'être de son existence, en d'autres termes, sa cause économique. Si nous ne savons rien de .sa création administrative, un principe, au moins, parait être discutable. Comme ce sont les autorités féodales locales qui perçoivent les droits d'entrée sur la marchandise et que ces pouvoirs ne constituent que des repré.sentant s de la |)résence souveraine, que, d'autre part, il serait assez singulier que ras,sociation urbaine ait autorisé les petits pouvoirs en (|uesti()n à lever des taxes à leur profit dans un organisme qu'elle-même aurait établi, on peut conjecturer que l'autorité centrale était la créatrice de l'institution à laquelle les droits .se rattachent : l'étape aurait ainsi une origine publique. Que l'administration ur-
I. /,( iim ijrritnii (Hiivolin, Droit dm .\farihi's. 2UK.2O0 ; Stitviii. .s'/n/Wrrrhl, H\'2}; iimi» rf. Hafi-iniiiiii, <|iii pr<^l<Tiil <|iii' ni c^ ilrnit ni !■■» Ihmw n'nppnrtii'nncnt nii |>riiiri|M- cir IVi«|m- (Sltiprhrrht. 77, R.1) ; les ri'iiwiKiipnxMitn dont iioiiH (li8)Hwunii sont tr»|> r<tilr«.'iiit« pour iiouii |K'rincttn' tir pr<>ndn> parti.
baine, objectera-t-on. intervienne cependant pour la réglementer, ce n'est là qu'un empiétement ou une surveillance comme on les constate dans nombre d'autres cas du même genre intéressant les rapports du pouvoir féodal et urbain. n importe peu qu'à l'époque documentaire l'étape soit devenue plus ou moins complètement une institution communale, l'origine seule est en cause. Si l'on admet celle que nous supposons, il faut conclure en même temps à un point de départ excessivement ancien, antérieur, sinon à l'établissement, au moins à un développement un peu considérable de l'association. Dans le cas contraire, la perception de droits au profit d'im pouvoir anti-urbain ne se comprendrait pas davantage. L'h}-pothèse précédente, en tout cas, paraît être possible.
Sur l'origine économique de l'étape, toute indication manque également. Cependant, il semble assez plausible de rattacher la fondation et la croissance de cet organisme au commerce considérable de vins qui se faisait au Moyen- Age entre la France en général et la Flandre ^. D'une façon plus précise, il y aurait même peut-être quelque relation entre l'étape de Douai et le célèbre péage de Bapaume, par lequel les vins passaient en quantité telle, semble-t-il, qu'ils constituaient la première marchandise nommée dans son tarif *. De là, ils devaient continuer sur Arras, d'où ils arrivaient à Douai, d'autant mieux que ce dernier point leur offrait les origines d'une voie navigable les conduisant au cœur de la Flandre, et que par elle-même la ville était assez riche, toute question de situation laissée de côté, pour que les marchands importateurs aient accepté sans difficulté l'obligation d'y décharger leurs marchandises et d'\' payer certains droits : ils en retiraient sans doute des avantages compensateurs. Sous les ducs de Bourgogne au moins, on sait que le vin constituait l'élément de l'assise de beaucoup le plus productif, et non .seulement pour la partie mise en vente,