‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 19 sur 993 · Voy. t. I · texte numérisé non relu

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lité. Dans ces conditions, la ville paraissait être comparable à une sort* d'usine, dont commerçants et industriels n'étaient que des ouvriers '.

Ces principes semblaient être valables pour tous, bien que ne se réalisant pas toujours sous les mêmes formes. Ce n'était pas. en effet, que Douai présentât une organisation économique unique. A l'exemple des autres grandes cités de Flandre, la ville comprenait deux modes d'exploitation industrielle bien distincts et. par suite, deux espèces sociales d'individus relativement différentes. D'un côté, se rangeait la majeure partie des métiers ; de l'autre, se trouvaient avant tout l'économie de la draperie, surtout au xiii^ siècle, probablement aussi celle du blé, mais plutôt à l'époque suivante, peut-être enfin celle du vin. D'une part, .se rencontraient des exploitations pour lesquelles l'agglomération et ses environs imméflials constituaient un centre de ]>roduction et au besoin de fabrication, et la ville même un lieu de consommation ; mais alors l'importation faisait défaut ainsi que l'exportation. Inversement, fonctionnaient des entreprises d'importation et d'exportation, qui faisaient venir de contrées plus ou moins éloignées la matière ouvrable et envoyaient également à des flistances plus ou moins considérables la matière ouvrée ou non : dans ces cas. Douai ne servait que de lieu de transit, qu'on y manipulât ou non la matière, mais elle ne la fournissait pas et ne la consommait guère davantage. De cette différence priniordiaie en résultaient d'autres non moins importantes. Pour le« catégories de commerce et d'industrie qui s'exécutaient dans les murs ou peu s'en fallait, l'aciiat et le débit pouvaient et devaient se faire au détail, suivant les besoins successifs et limités d'une clientèle exclusivement locale. Au contraire, l'éloignement du lieu d'origine et d'expédition de la matière entraînait des transports par grandes quantités : c'était une conséquence naturelle de la distance à parcourir. (|u'explique l'intention d»- faciliter les envois des

1. VI. rin'iine, Ltji démocTolit», 110-11.'): SchOiiborg. Zutiflu-mm, ino.

denrées en quelque sens que ce fût. D'une part, c'était en somme un simple acheteur que. jouniellemeut. il fallait fournir de la quantité d'objets dont il avait besoin ; de l'autre, c'était toute une région qu'il fallait approvisionner. Les premières exploitations devaient donc être infiniment moms considérables que les secondes. Naturellement aussi, celles-là n'exigeaient pas les capitaux que celles-ci pouvaient nécessiter.

Ces oppositions économiques en entraînaient forcément de sociales. Dans les entreprises au détail, les propriétaires, n'ayant que de petites quantités de matières à échanger ou à manipuler, pouvaient personnellement se les procurer, les transformer et les écouler, sans avoir à faire appel à des exécuteurs pratiques de leurs ordres. Par contre, ce système était impraticable pour le directeur d'une exploitation en gros qui, ayant à faire manipuler sa matière, ne pouvait guère, bien entendu, accomphr lui-même sa besogne ; il devait se confiner surtout dans un rôle administratif de direction de l'organisme et dans un rôle commercial de réception et d'expédition de la marchandise, et confier l'élément purement industriel de son affaire à des sortes de petits fabricants. La hiérarchie, qui manquait dans le premier mode d'exploitation, existait donc dans l'autre. Par suite, non seulement les travailleurs proprement dits des grandes entreprises différaient essentiellement des chefs de ce§ dernières, mais ils n'étaient pas davantage identiques aux commerçants et aux industriels des entreprises au détail, malgré la même apparence extérieure et une semblable conchtion juridique. En effet, petits négociants et fabricants, ne dépendant en principe économiquement de personne, pouvaient jouir dune certaine liberté relative, mais de simples exécuteurs d'ordres se trouvaient placés dans une dépendance complète vis-à-vis de leurs donneurs de travail, puisque, sans eux, il leur était impossible de trou\er aucune besogne. Les premiers avaient conservé leurs relations avec une clientèle, les seconds avaient perdu tout rapport de ce genre. Les uns se mêlaient encore

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dirocti'inent à la villi'. les autres ne sortaient pas de leur exploitation '.

Par conséquent, l'opposition entre les deux systèmes d'entreprises était des plus nette, mais réserve faite, bien entendu, des ressemblances générales déjà mentionnées et qu'on ne peut oublier. En ce qui concerne les travailleurs, les uns et les autres étaient non seulement .soumis à une réfrienientation, mais à un même genre ili' législation. i|iioiqu"i-l!c tût peutêtre plus tranchée et plus développée, plus dure et plus compressive dans les grandes ex])loitations que tlans les petites, et appliquée, d'une part, directement par les chefs d'entreprise, qui n'étaient le plus souvent d'ailleurs que les dirigeants urbains, de l'autre, par l'admini-stration comnmnale en général. Les travailleurs de la grande industrie ne différaient de ceux de la petite que parce que leurs conilitions de vie étaient plus accusées et plus caractéri.sées, si bien que la distinction cpn les séparait parais.saitêtrc plus économique que sociale, avait peut-être une valeur de forme plutôt que de fond. S'il s'agissait également des chefs d'exploitation, l'habitude, la nécessité île la législation étaient tellement implantée.s, ancrées dans les esprits et dans les mœurs, qu'euxmêmes n'y échappèrent pas et qu'ils durent légiférer à leur propre sujet. Sans doute du point de vue intérieur, et à cet égard c'était le coté social qui prédominait, connue ils étaient les nuiîtres, ils avaient confectionné cette réglementation à leur avantage ou. si l'on préfère, ils avaient tiré parti des circonstances qui leur étaient favorables l't ne les avaient pas corrigées et anu''liorées au profit de leurs employés : une législation n'en fonctionnait pas nu)ins et ils avaient à l'appliquer. Mais, au dehors, les chefs d'industrie douaisiens n'étaient pa-s seuls. I/existcnce d'autres centres commerçant,s, exécutant, à l'exemple de Douai, le négoce international, se réunissant avec cette ville sur les mêmes marchés, leur avait fait rencontrer ilans ces derniers des cités possé'dant une orga-

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