I. Cf. l'in-ntir. Lt* dimocralim, chap. IV
nisation économique identique à celle qui était en vigueur dan-j leurs murs. De ce côté, la législation avait été obligée de tenir compte de l'état extérieur, si bien qu'elle visait, en somme uniquement, à assurer la situation commerciale douaisiemie de par le monde. Les marchandises urbaines qui s'exportaient représentaient économiquement Douai au dehors ; elles étaient confectionnées suivant certaines règles et elles étaient la conséquence de stipulations déterminées : elles devaient donc s'en aller et être offertes telles que leur nature avait été légalement fixée. Or. cette situation, ces rapports mie fois établis, il n'appartenait pas aux législateurs, fussent-ils patriciens tout-puissants dans leurs murs, de les supprimer ou de les modifier à leur fantaisie pour l'extérieur, car ils eussent été les premières victimes de ces changements personnels et locaux : leur viUe, avec ses fabricants, aurait été considérée comme une de ces places économiques sans réglementation, sans marché. La même règle apparaissait donc partout malgré une différence d'exécution.
En effet, toute la vie économique était absolument dominée et menée par la réglementation : celle-ci était le principe dirigeant, la hgne de conduite pour tous ; en toutes choses, chacun, quel qu'il fiit, devait également et toujours se soumettre à elle. Sans doute, il existait des législateurs et des légifères, employeurs et employés, exploitants et exécutants, ceux-là même dominateurs, ceux-ci dominés, les uns plus favorisés, les autres plus dépréciés par la loi en vigueur, mais on j)eut dire qu'au-dessus d'eux ne cessait de se dresser et de s'imposer un ensemble de règles. Faite par les uns, subie par les autres dans des conditions diverses, de tous, en principe, cette loi était la maîtresse. C'est qu'au fond, son existence ne tenait pas à des particularités locales, mais elle résultait du milieu ambiant général. Dans .sa forme, elle était singulièrement stricte et étroite. Elle avait pour cau,><e et pour but raccomplis«ement du bien général de la ville et comme moyen, une organisation aussi honnête que possible de ce qu'on peut appeler les affaires. L'idéal éminent de justice
chrétienne et sans doute l'idée pratique de l'utilité urbaine dans son ensemble paraissent bien avoir dominé en pareille matière. En etïet. des rapports bons et loyaux entre les intéressés ne pouvaient finalement manquer de profiter à l'utilité commune ; des relations contraires devaient amener une certaine partie de la communauté à vivre au détriment du reste. C'était là un sentiment général d'union entre membres d'une association, qui, dans la vie économique et sociale, ne semblait être qu'une simple application de ce principe juridique « qu'un bourgeois aide l'autre * ». Si cette idée était particulièrement visible dans les règlements intéressant les petites entreprises et le commerce local, en principe, elle n'existait pas moins parmi les ordonnances relatives aux grandes exploitations qui travaillaient pour l'exportation. En fait, aux époques normales, elle y fut également mise en pratique. Ce ne fut que lorsque les grands marchands finirent par avoir une conduite purement égoïste que l'organisation qu'ils dirigeaient, devenue socialement antiurbaine, croula aussitôt. Néanmoins, ce n'est pas l'usage, mais l'abus tlu système, qui a été funeste.
A ce premier caractère fondamental, qui est l'existence d'une réglementation, s'ajoute ou. si l'on préfère, s'oppose un i)riiuipe aussi es.^cntiei : l'absence d'une vie corporative. Un pourrait pre.sque dire qu'on légiférait .sur l'état économique, mais non sur l'état social, sur le travail et non sur les travailleurs * : on considérait ceux-ci isolément, mais non collectivement. En d'autres termes, il n'existait pas de privilèges juridiques, pas d'avantages artificiels faits à tels fabricants ou commervants centre tels autres ; on ne constate que des prérogatives naturelles ou, encore une fois, de caractère économique. C'« sont elles et non pas une législation quelconque qui établissent des divisions dans le monde des travailleurs, l'eut-ëtre faut-il y voir encore um- conséquence <lu principe de ne réaliser que le bien général urbain.