‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 238 sur 993 · Id., 574, n · texte numérisé non relu

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ne paraissaient pas être mentionnés dans les pièces théoriques, leur existence se constatait surabondamment. Ils s'exécutaient dans des conditions qui. en général, semblaient être analogues aux règles observées pour le remboursement des prêts purs et simples. Lâchât entraînait au profit du vendem- une lettre d'obligation plus ou moins compliquée, mais dont le principe ne variait pas, bien entendu. Sous le rap])ort économique, suivant deux principes assez connexes, la plupart du temps léchéance avait lieu dans Tannée et était unique. A cet égard, le côté le plus intéressant serait de savoir si telles situations identiques amenaient toujours l'emploi des mêmes moyens pour être résolues, bref, quelle était la relation exacte entre des dettes équivalentes et leurs formes de paiements. En principe, il paraît évident que, malgré l'absence documentaire presque absolue d"act«s de règlements au comptant, le système qu'ils représentaient, le plus simple et le plus naturel, était de beaucoup le plus fréquent ; la pénurie d'exemples s'explique, au moins en partie, par l'inutilité de passer un act« écrit au sujet de petites sommes. En fait, puisque nombre de pièces relatives aux règlements à terme concernaient le commerce extérieur, que les deux parties étaient ainsi séparées habituellement, l'éloigucment île l'échéance se justifie assez aisément ; cependant, si d'autres actes sont relatifs à des échanges purement locaux, ces derniers ne se règlent pas davantage au comptant. Inversement, le trafic d'exportation et d'importation ne donnait pas lieu qu'à des paiements à terme, on l'a constaté pour le blé et le poisson de mer et l'extinction immédiate de la dette paraissait offrir des avantages indéniables. On ne saurait donc reconnaître des principes généraux dans cette question des paiements et dos circonstances spéciales, d'ordre per-^onnel et réel, dont la nature et l'influence nous échappent, pouvaient au contraire intervenir. On est finalement obhgé de laisser ces divers points sans réponse et de se borner à constater et à étudier en soi ce qui existe, la pénurie de règlements développés et l'absence d'actes explicites ne permettant même

pas d'émettre en pareille matière ne fût-ce que des hypothèses un peu précises.

J) L'ensemble du coniincrce.

Un tableau d'ensemble du commerce douaisien, en raison du manque de renseignements suffisants à tous égards, ne peut être qu'assez incomplet. Les échanges exclusivement urbains de production et de consommation locales nous sont presque inconnus. Le commerce extérieur est relativement moins obscur. Cependant, si un certain nombre de marchandises paraissent bien être introduites à Douai, donner lieu à une importation par con.séquent, on ne spécifie pas régulièrement leur origine géographique, qui n'est même jamais indiquée pour certaines d'entre elles : il reste donc difficile de préciser, par exemple, si elles viennent des alentours immédiats de la ville ou d'endroits réellement éloignés ; dans le même ordre d'idées, on ne sait pas toujours quelle valeur attribuer au terme de « forains » appliqué aux individus qui pouvaient ou qui devaient amener ces marchandises. Si cependant nous finissons par avoir une certaine idée générale de l'importation, l'exportation, pour quelque cause que ce soit, ne nous apparaît que d'une façon réellement vague. Bref, il faut .se borner à une énumération d'objets ou de provenances, certainement très sèche et sans doute très incomplète.

La ville par elle-même ne devait avoir qu'une capacité de production limitée et il ne pouvait guère en être autrement. C'était le cas, sans doute, pour les denrées d'alimentation, en raison de la propriété bâtie. Cependant les habitants semblaient s'adonner assez volontiers à deux économies bien distinctes, à la culture de la vigne et à l'élevage des porcs ; il est question dans cette dernière branche commerciale dv « carde bacon nostrée i>. On peut sans doute y joindre, en dehors des épices et dans des proportions modérées, l'ensemble de la production des légumes et des « menues denrées ». Les ma-

LA MK CHIIAINE VE DUL'AI, II IH

tières nécessaires à rindustrie. irunc façon très cDiiipréliensible, faisaient encore plus défaut que les objets précédents, et à la fois comme quantités et comme genres : le cuir et une marchandise assez caractéristique, la garance, ne venaient certainement pas des établcs et des « gardins » de la %nlle en masses suffisantes pour les fabrications correspondantes. En effet, il existait au contraire, et assez naturellement, une industrie dont lactivité diminuait forcément le nombre des produits fabriqués à introduire : c'était la fabrication des boissons fermentées et la meunerie, puis tout le travail de la matière solide pour la construction et pour l'ameublement et enfin, toutes les manipulations de la matière végétale et animale servant à l'habillement, en particulier dans les économies du cuir et du tissage, dans ce dernier cas surtout avec la laine. D'autre part, la banlieue devait se trouver dans une situation plutôt inférieure à l'agglomération proprement dite. Les propriétés des habitants de Douai servaient sans doute, par la culture et par l'élevage, à la production d'ime certaine quantité de denrées alimentaires, mais nous manquons tout à fait de renseignements à ce sujet. La rivière et les waresquais pouvaient être utiUsés pour la pêche comme pour la chasse. Bien que la seule matière presque nécessaire à l'industrie jiroduite par la ville, la garance, vint aussi de l'échevinage, cet élément rural ilu domaine urbain, à la différence de la partie fortifiée, n'avait sans doute qu'une valeur purement agricole; elle ne devait jouer aucun rôle industriel, en dehors, peut-être, de quelques endroits de manipulations de matières gras.ses exclus de la cité pour motifs de sûreté. .Vu reste, il faut se contenter de ces généralités.

Les indications précédentes montrent cependant cjue la ville était, dans une eertaiiie mesure, capable de subvenir à ses propres besoins et que. ])ar suite, un commerce exclusivement local v était possible. Mais si après avoir démontré la réalité de ce trafic, on voulait déterminer exactement son importance, on tenterait un e.ssai à peu près inutile. En effet, constater l'existence de commerçants locaux est chose aisée,

mais préciseï- les lieux de provenance et d'écoulement de leurs produits est une recherche tout à fait impossible, non seulement à exécuter, mais à conjecturer en quelque façon que ce soit. De plus, dans quelle mesure ce trafic purement urbain et ait -il à son tour limité par une économie domestique, dont l'existence au moins ne paraît guère douteuse, puisque souvent il n'en était que le résultat : c'est ce qu'on ne saurait dire davantage à aucun degré. Il est donc admissible seulement qu'en général les Douaisiens avaient la facihté à l'intérieur de leurs murs, de s'approvisionner relativement de denrées ahmentaires et d'objets fabriqués provenant de leur agglomération ; au contraire, ils devaient toujours, en somme, importer les matières premières nécessaires à l'industrie. D'un mot, le fait important est l'existence non douteuse d'une certaine vie commerciale en quelque sorte d'origine spontanée.

Mais il reste bien évident que cette production agricole et industrielle locale n'était pas suffisante pour la consommation urbaine : dans ces conditions, un commerce d'importation de tous genres devenait indispensable.

L'entrée des produits agricoles semblait être assez importante. Le vin, importé en quantités probablement considérables, avait une origine assez bien connue, lointaine et double en quelque sorte : il venait soit surtout de la France et alors d'un peu partout, du nord de l'Ile-de-France, de la Bourgogne, et, au sud-ouest, de la Charente et du Bordelais, soit aussi des bords du Rhin. Le foin, au contraire, avait une provenance indéterminée, mais qui n'était pas sans doute bien lointaine. A l'égard des « menues denrées n, on ne sait également rien do précis : on spécifiait simplement qu'elles étaient amenées par les « marchands forains » ; mais, tout d'abord, elles ne venaient probablement pas de contrées très éloignées, mais bien plutôt du voisinage plus ou moins immédiat de Douai ; en outre, rexi.ïtence d'un marché spécial réservé à ces produits fourni.ssait une preuve de la valeur de leur commerce. Ils comprenaient en particulier les épices ;

de celles-ci on sait seulement que le sel, si ce n'était pas du sel gris de provenance incoiuiue. avait la Frise comme lieu de production. Le blé arrivait à Douai en quantités considérables, soit du territoire environnant, soit vers le midi, de toute la région intermédiaire située entre la Flandre wallonne et rile-de-France. A légard des denrées animales, le poisson «reau douce paraissait être aussi un objet d'importation, sans qu'on en sache davantage. Mais le commerce du poisson de mer semblait être beaucoup plus essentiel : ce comestible venait assez naturellement des côtes de la mer du Nord, les l)lus rapprochées, mais comme origine plus précise, on ne mentionne que celle du poisson de Hollande. Enfin, pour la viande, les « vives bestes », d'une façon commune et habituelle, arrivaient de la Flandre et du Tournaisis. mais on ne peut indiquer de quels genres d'animaux en particulier il s'agissait. Plus spécialement alors, venaient de « deçà Eu en Xormendie " des brebis normandes « ne moutons normans » et aussi d'autres bêtes non spécifiées. On importait encore de la ciiair d(> > bacon » évidemment salée : la plus renommée paraissait être celle de Bruges.

Des matières premières maintenant, certains nuitériaux de construction comme le ros, devaient venir de la vallée de la Scarpe. Tout ce côté également, sans oublier l'Ostrevant et la j)laine entre Douai et Lille, envoyait le bois qu'on paraissait importer en assez grandes quantités. Le charbon de terre enfin, d'entrée au contraire fort hmitéc. arrivait probableiniiit (hi Hainaut. l'nui les produits nécessaires à l'iiabillement. le cuir, imjjorté au moins en partie, avait une origine incoimue. La laine inversement, on le sait, était la marchandise qui arrivait du ilehors. et tout entière, dans les proportions les plus considérables, selon des conditions géographiques assez préci.ses : elle venait soit en très petites quantités, des environs de Douai ou de régions déjà plus éloignées comme le Bouloimais et la ('hamj)agne, soit presque exclusivement d'un pays tout différent, l'.Angleterre. Il faut y joindre les matières tinctoriales, d<jnt l'origine n'est d'ailleurs indiquée

que pour ralun. produit par la Castille ou par FAlgérie.

Pour les objets fabriqués, si, tout d'abord, on introduit de petits objets en terre, osier ou bois, comme des pots et de la vannerie, et aussi des matériaux de construction, tuiles ou lattes, de ce côté on doit se borner à une simple énumération. A l'égard de l'habillement, par une bizarrerie curieuse, nous ne comiaissons exactement que le lieu de provenance des « chances » : il en arrivait de toute la région du Xord. Artois, Flandre et Hainaut. Les « forains » apportaient également des feutres, des souliers et des draps, mais dont les origines exactes ne sont jamais spécifiées.

L'exportation, nous l'avons dit, est beaucoup plus mal connue que l'importation, peut-être en raison de son manque de variété réelle. Comme sorties de matières alimentaires, on doit citer seulement celles du vin et du blé qui. l'un et l'autre, s'en allaient par la Scarpe vers la Flandre, mais qui n'étaient au fond, on le sait, que des objets réexportés. Aucune matière première n'étant produite à Douai, du moins en quantités suffisantes, le trafic, de ce côté, n'existait naturellement pas ; cependant, une partie du bois se trouvait peut-être réexpédiée au sud de la ville. La sortie des objets fabriqués paraissait se rattacher entièrement à l'habillement. Les feutres s'écoulaient à Arras. Si on parle de cuirs vendus au dehors, tout renseignement précis à ce sujet fait défaut. Mais les draps, surtout au xiii^ siècle, partaient certainement un peu dans toutes les parties du monde civilisé.

Les détails de ce commerce maintenant exposés, on peut en envisager l'ensemble de divers points de vue, et tout d'abord au sujet de la répartition géographique des produits. Pour l'importation, la zone immédiatement attenante à la banlieue devait fournir au moins une partie des objets d'alimentation dits « menues denrées » avec les légumes. Un district plus étendu, corrspondani à celui qui avait été légalement délimité pour l'organisation fie l'étape des grains, borné par les villes importantes comme Lille. Tournai. Valenciennes, Arras. Béthune, produisait sans doute, au nord surtout le

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bois, et au sud une partie du blé. A une zone encore moins rapprochée, sortant vraiment de la région proprement douaisienne, appartenaient au nord, les bêtes, les viandes salées et les chausses, qui arrivaient de la Flandre et du Hainaut. et les poissons de la mer du Nord, à Toue.'st. les laines du Boulonnais et les bêtes encore de Normandie, au sud. les blés (lu ^'(■I■mandois et de la Picardie. Ce groupe territorial poussait au nord trois pointes : à l'ouest, vers r.Vnglcterrc. qui envoyait ses laines, au nord proprement dit. vers la Hollande, qui expédiait ses saumons, à l'est, vers le Rliin. d'où venaient des vins ; au sud. on pouvait considérer qu'il se prolongeait par le Laonnais et le Soissonnais, qui i)roduisaient des vins encore : entre cette région et la précédente, les distinctions étaient plus apparentes que réelles. Un sixième centre de production, pour une seule denrée, était la France qui, d'une partie intermédiaire entre le nord et le midi, expédiait toujours des vins. Enfin, de pays plus méridionaux encore, tout à fait différents, car ils appartenaient à un autre continent ou pouvaient être considérés comme en constituant une sorte de prolongement, de l'Algérie et de la Castille arrivait un ingrédient tinctorial, l'alun. II existait, en somme, .-•ix à si-])t zones d'importation. Quant à l'e.vportiition, en raison du petit nombre des objets réellement exportés, ou connus comme tels, on ne peut établir les mêmes divisions : la Flandre recevait certainement du blé, la France du nord peut-être du bois ; un pou partout enfin s'en allait le drap. On ne saurait préciser davantage.

Si on néglige les détails pour s'en tenir aux généralités et qu'on essaye de ramener les faits à des principes, il semble qu'on jiourrait répartir le commerce en trois grandes zones. La première était absolument régionale ou même locale : c'était une simple extension de la banlieue ; d'elle ne provenaient «juc les objets de l'alimentation journalière de nature « périssable ». une partie du blé et aussi le bois. Le second district pouvait être aj)|)elé plus ou moins national : il correspondait à toute la région comprise entre la Seine et le Rhin.

par conséquent aux bassins de l'Escaut et de la Meuse et aussi de la Somme et de l'Oise, sans oublier l'Angleterre. Dans cet ensemble, les différences secondaires étaient plutôt politiques que juridiques et économiques : là se trouvaient les villes qui, du côté constitutionnel, se rapprochaient le plus du type de Douai, de même que, sous le rapport industriel et commercial, les affinités, ainsi que les relations, étaient nombreuses et incessantes : rapports de tous genres s'entremêlaient et influaient les mis sur les autres. C'était, sans aucim doute, la zone la plus variée et la plus importante, sauf à l'égard de la valeur du commerce de la draperie. Mais un district réellement international existait aussi, pour le vin en somme, pour le blé, s'il quittait Bruges en vue d'être expédié sur l'Allemagne, et évidemment au sujet des draps. De toutes façons, les trois parties précédentes complétant celle qui, délimitée par les murs des fortifications, représentait l'activité purement urbaine, montrent assez clairement la division comme l'extension de l'économie douaisienne.

A vrai dire, bien qu'on parle simplement d'importation et d'exportation, en réalité les choses n'étaient pas aussi simples et il existait plusieurs variétés de trafic. Il y avait de purs commerces d'importation, comme ceux de la majeure partie des denrées alimentaires, de certaines matières premières telles que les matériaux de construction et les ingrédients tinctoriaux, ou comme le trafic des objets fabriqués : mais on rencontrait également des importations en vue de la réexportation. Le passage s'accomplissait sous deux formes essentielles, selon que l'influence de Douai sur ce transit était plus ou moins considérable. D'une part, après que les marchandi.ses avaient subvenu d'une façon générale aux besoins urbains, le reste repartait de la ville en quelque quantité et sous quelque forme que ce fût. En effet, ce commerce présentait deux variétés secondaires, suivant qu'il s'agissait de produits agricoles ou de matières nécessaires à l'industrie. Ceux-là. tout en n'ayant sans doute qu'un rôle de transit passif, alimentaient cependant Douai au passage : c'était

évidemment le cas du vin et peut-être, à la rigueur, celui dune matière première, le bois. D'autre part, la matière brute, après s'être transformée tout entière en objets fabriqués, ressortait également de la ville en cet état nouveau : on ne peut citer, semble-t-il. dans cet ordre d'idées qu'im produit unique, mais il avait une importance fondamentale, c'était la laine. En second lieu, pouvait fonctionner un commerce de simple transit, où la marchandise ne faisait absolument que passer : c'était le cas pour une denrée également agricole et aussi essentielle, le blé. Il n'existait pas, en somme, de pures exportations.

Si de la circulation nous passons à la quantité, nous constatons que tous les commerces étaient loin d'avoir une égale valeur. On en comptait sans doute quatre principaux et précisément les précédents : ceux du vin. d\i blé. du bois et du drap. On sait que ce dernier domina surtout au xiii^ siècle, le second dans la période suivante ; les deux autres ne varièrent probablement pas beaucoup d'importance. Quant au reste des échanges, il avait certainenu'nt une enverguri' bien inférieure.

En somme, il existait deux genres de commerce comme deux genres d'industrie ou plus généralement deux vies économiques. L'une était le résultat de l'existence de la ville en tant que simple agglomération d'habitants : de toutes façons elle aurait toujours fonctionné. C'étaient, d'une part, les échanges exclusivement urbains, de l'autre, d'une façon générale, le trafic de pure importation, qu'il s'agis.se d'objets alimentaires, de matières premières industrielles non réexportables ou de quelques objets fabriqués. Les habitants, (|Uelles que fussent leurs eonditifjns de vie. avaient toujours besoin de certaines marchandises indispensables à l'existence. Mais il se faisait aussi un réel trafic, provenant de la situation spéciale de la ville, cette dernière exi.stant et fonctionnant sous des formes particulières, (""était tout le commerce de réexportation ou de transit plus ou moins pur. tout le commerce touchant à la drajierie. par exemple, et la majorité

des échanges du blé. du vin et du bois : en grande partie, tout au moins, il n'était nullement indispensable à la communauté. Celle-ci ne se livrait au premier genre de négoce que parce que sa propre production ne lui permettait pas de suffire entièrement aux besoins de sa vie journalière ; si elle s'occupait du second, c'était, au contraire, parce qu'elle savait tirer parti des avantages naturels mis à sa disposition. Le premier commerce lui était imposé, elle s'imposait plutôt le second. D'un côté, c'était « la » ville qui agissait, de l'autre, c'était o une » ville. Aussi, toute l'association, comme malgré elle, s'intéressait à la première économie, une certaine partie seulement s'occupait volontairement de la seconde : l'un de ces négoces avait un caractère social général, l'autre une nature mercantile restreinte. En somme, il n'y aurait aucun inconvénient à appeler le premier système d'échanges un commerce de « fournitures de besoins », le second, un u commerce de gain ». Celui-ci n'avait au reste ce caractère qu'à un degré relatif, en ce sens qu'il n'existait à Douai ni une production de matières premières pouvant alimenter une industrie locale suivie d'exportation, ni une simple exportation.

Du côté réel, le premier négoce avait infiniment moins d'amjileur que l'autre. Non seulement, pour le transport, il ne mettait Douai en relations avec le dehors tout au plus qu'une seule fois, mais, à l'égard de la vente, si l'éloignement possible du lieu de provenance avait pu faire importer certaines denrées en quantités relativement considérables, l'écoulement sur place ne se faisait certainement pas dans le.s mêmes conditions. Comme les marchandises ne dépassaient plus alors les murs de la ville, qu'elles servaient sans doute aux besoins d'individus isolés et à leurs achats journaliers, elles alimentaient vraiment ce qu'oie pourrait appeler un commerce de clientèle et |)ai- suite elles devaient être vendues au détail. Des denrées telles que les produits de ki basse-cour, le poisson, la viande, ne s'écoulaient certainement que par petites quantités : il n'en était pas autrenu>nt, en partie du moins, du vin qui passait « à broke » aux consommateurs.

282 LA ^^E urbaine de nouAi

On ne saurait sans doute oublier la concentration des menues denrées au moyen des revendeurs, mais la fin de ce trafic était forcément encore un négoce au détail. Le commerce de réexportation ou de transit ne pouvait présenter les mêmes caractères. En raison de son point de départ et de son lieu d'expédition, comme il n'intéressait pas la vente locale, comme il ne concernait certainement pas la clientèle urbaine, il donnait sans doute lieu à un échange par grandes quantités. Malgré l'absence de preuves absolument certaines, ce n'en est pas moins l'hypothèse la plus simple et la plus conforme aux nécessités du transport, du « milieu ». Au moins en dehors de Douai, les marcliandises les plus importantes du trafic urbain devaient être l'objet de ce qu'on pourrait appeler le commerce en gros et d'une façon presque exclusive. En tout cas, cette forme de négoce avait un rôle certain dans la vie économique douaisienne.

Les cau.ses de cette participation de la ville au grand commerce paraissent être au nombre de deux, connexes entre elles. C'était tout d'abord sa situation dans la grande plaine flamande, qui lui faisait forcément prendre part au mouvement général des échanges dans les fonctions d'intermédiaire économique que remplissait cette région. Sans aucun doute était-ce pour ce motif que la draperie présentait à Douai une forme .spéciale qui n'avait rien de particiilier dans la Flandre, mais qui cependant différait de l'organisation drapière en général. Plus exactement, par sa position à l'origine de cette plaine, encore un peu sur le dos d'âne qui sépare les versants de la mer du Xord et de la Manche, elle jouissait d'une situati(m mixte d'où elle pouvait .'»ervir d'intermédiaire entre la France et la Flandre, d'autant mieux que .sa position au début de la navigabilité d'une rivière qui favorisait les échanges des pays précédents lui permettait d'être une ville d'étape. De là son rt^le important dans le commerce franco-flamand du vin. du blé et peut-être du bois. Si donc, par son trafic surtout industriel, elle était semblable aux autres cités flamandes, par son transit d'une nature agricole, elle se rap-

prochait davantage des régions méridionales, sans leur appartenir cependant, car on ne peut oublier que c'étaient avant tout les besoins de la Flandre qui déterminaient et assuraient son rôle. Elle participait ainsi de deux grands courants commerciaux qui se coupaient à peu près à angle droit : le premier allant du sud au nord, pour le vin et le blé, le second se dirigeant de l'ouest à l'est, })our la draperie : l'un et l'autre, et encore plus celui-ci, avaient une valeur internationale. En un mot. par les côtés les plus essentiels de son trafic, elle représentait bien nettement les caractères de la région à laquelle elle appartenait : à ce titre, son rôle et son influence venaient en effet de sa situation de « ville flamande d'étape» .

2° Les divers commerces.

A) Les objets d'alimentation.

a) Le vin.

a; Le vin local.

La culture de la vigne a sans doute toujours existé à Douai, puisque, dès la fin du xi^ siècle, un endroit de la ville, d'ailleurs inconnu, se nommait la « vinea )> ^. Pendant la période documentaire, cette économie paraît avoir été assez important«, à en juger par les mentions relativement nombreuses qui s'en rencontrent et par l'existence déjà signalée de dispositions de l'assise frappant la production ou le commerce

1, Voy. le« deux diplômes du 23 mai 1081, de Gi'rard II, évoque de Cambrai, en faveur de Saint -Arné, ratiliant dos dons faits à la collégiale : « Ii\ Duaco. in loco qui dicitur Vinea, septem hoHpitea liberoa » (Lo Glay, Revue, 123; Bra.ssart, Château. Preuves, n" 17*, p. 25; Duvivior, Arles... anciens, 198, d'après Hra-ssart). Cette mention de la vinea est unique, quant à sa gitualicin, • non» iiensons. dit Brassart, aux environs de l'église Saint -Pierre, <iii If ti'rrain est élevé (Châlrau, I, Tfi).

de cette nature ^. Les « vingnes - » se plantaient régulièrement clans les « jardins ^ ». Juridiquement parlant, ceux-ci constituaient soit des « héritages » et plus spécialement des « arrentements ». soit des « louages * « : ce devait être lorsque le bien se trouvait « tenu à rente » qu'on appelait les vingnes « fournienterehes ^ ". plus simplement qu'elles étaient arrentées. Les II jardins » renfermaient des « wisines » avec « estaque, verguez et perches pour vingnez mettre jus « ; en somme, c'était une sorte d'exploitation .avec tout le matériel nécessaire *. Plus précisément, cette mention de « poteaux, de bâtons et de perches n n'indiquerait-elle pas que la culture ne se faisait pas en espalier ni par des treilles basses, mais, suivant la méthode italienne, par des espèces d'échafaudages en berceaux, « sur » lesquels on n mettait » en effet des » roisins pendans ' », mieux exposés ainsi aux rayons d'un soleil sans doute trop souvent assez pâle. A l'égard de la qualité des plants, on mentionne le raisin ordinaire, non c|ualiKé, et le II goret ». sans que cette différence s'explique *. Les détails de la culture nous sont inconnus en somme : on parle seulement de la " taille des vignes"». Puis. ]Kiussaient des « roi-

1. Fituincm, I'.,J. S!t^*; joindre une autre onnoe.s.sioii iIucbIp (l'a-ssiw^ du 20 .sept. 1304 (Arcli. roinin., CC (i95 ; reproduite en partie dans Finances, 243, n. 5. fin). Voy. plus Imut S7-88.

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