‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 458 sur 993 · I. V1.1II.M. />roil priW · texte numérisé non relu

I. V1.1II.M. />roil priW

COXCLUSIOX

La technique semble bien, par conséquent, expliquer toute l'organisation du moulin dans ses traits généraux. Elle n'est as.surément pas tout, mais elle est le centre de tout, et, s'il ne faut pas exagérer sa portée de détail, on ne saurait amoindrir sa valeur générale. Dans la « vie » des moulins, tout, et toujours, se ramène plus ou moins à ce caractère absolument fondamental que la force motrice indispensable pour faire marcher l'usine est de nature juridique publique : aussi, la propriété éminente et, en raison des liens techniques qui existent entre les diverses parties de Tentreprise. la propriété utile et l'exploitation, ne peuvent-elles être que de même nature. Ce principe n"a pas seulement une importance originelle au moment du développement complet et unique de la puissance souveraine, mais il ne cesse postérieurement de garder toute sa force. Quand, par suite des transformations générales qui s'accomplissent dans Tagglomération et parallèlement à elles, les moulins en subissent d'analogues dans leurs divers éléments, ce.s changements ont bien plutôt une simple valeur de forme et ne modifient pas la nature réelle du bien. En conséquence, jamais justice, seigneurie ni meunerie ne ressortissent au droit seigneurial. tout en aj-ant subi successivement des influences publiques, féodales et urbaines. Et même justement, l'espèce de lien familial, qui unit ces diverses organisations, fait que leurs influences particulières, au lieu de s'effacer et de disparaître, se superposent et s'accumulent, si bien que lorsqu'on considère le moulin à l'époque urbaine, les formes différentes, qui y ont apparu depuis le x" siècle, persistent et se manifestent encore simultanément au xiv^ ; en particulier, en est-il ainsi pour les empreintes du régime féodal. Aussi, dans la dernière période de cette économie, tout est-il «assez complexe, tout y a-t-il (nie forme mixte, parce (juc tout y est à la fois

522 LA \1E, tnRBArNE DE DOUAI

un résumé et un mélange d'influences originelles et récentes, procédant les unes des autres et se recouvrant les unes les autres. Par cela même, létat linal ne peut sexpliquer qu'en remontant au point de départ, à cette primitive idée déterminante que, pour une raison technique, le moulin constitue un bien public.

C'est pour un motif de même ordre qu'originairenuMit l'usine fut un organisme très unitaire. La propriété éminente et la propriété utile se trouvaient réunies dans la même main et dominaient l'exploitation : sous le rapport personnel, mi seigneur seul existait avec un meunier. Mais chacun des trois éléments, justice, seigneurie et meunerie, ne tarda pas à subir une division. La première espèce de propriété dépendit successivement de chacun des pouvoirs qui domina l'agglomération et dont finalement l'ensemble, selon le principe déjà énoncé, coexista en elle. Pour laseconde forme de propriété, le changement fut encore plus accentué, car, non seulement la participation de représentants de sociétés diverses se constate dans la totalité de ces entreprises, mais, dans la ])lupart d'entre elles, la propriété se divisa également et comme elle pouvait se séj)aror d'une façon illimitée, rien n'empêchait à l'intérieur de chaque exploitation, l'existence d'un nombre infini de seigneurs de mouUns. En outre, sur ces biens ou sur leurs jiarts. se créèrent des rentes, qui n'en étaient elles-mêmes que îles éléments, et qui pouvaient également se multiplier sans restriction. Si, pour la meunerie, il semble qu'il ne devait exister en principe qu'un exploitant, à la fois unique et eiïeetif. dans la réalité, non seulenu-nt pouvait se trouver un meunier on titre, qui n'était pius l'industriel véritable, et si hii-même prenait l'exploitation juridique et financière, il la louait techniquement à un autre, cetMion qui entraînait déjà une première division, mai», d'une part, la meunerie apparente i)Ouvait encore se diviser et. de l'autre, l'exploitation lechiiiqu»' était exécutable par une pluralité de véritables meuniera : il en allait particulièrement ainsi dans le premier élément of aux part* de propriété

pouvaient s'ajouter et se comparer celles de meunerie. Enfin, même si Ton descendait encore d"un échelon, la « mesnie » n'était pas sans comporter une certaine division et quelque hiérarchie. Ainsi, tous les éléments du moulm se divisaient et se subdivisaient poiu- ainsi dire à l'infini. Cette disparition croissante de l'unité primitive supérieure et cette participation grandissante d'éléments multiples ordinaires ne sont, dans l'ensemble, qu'un des résultats, une des formes, un des reflets, pourrait-on dire, des changements politiques et économiques, qui se succèdent durant tout le cours du Moj^en- Age et font apparaître peu à peu une individualité, une oligarchie, une communauté, une souveraineté, une féodalité, une bourgeoisie, régimes numériquement de plus en plus riches, socialement de moins en moins élevés.

Comme les deux premiers ne disparaissent pas absolument et que tous coexistent presque à l'époque communale dernière, on voit alors se rattacher à ces entreprises, sans compter juridiquement les divers pouvoirs éminents ou leurs représentants, à titre économique, une quantité en principe illimitée d'intéressés divers : sires, parchonnicrs. rentiers, meuniers, financiers ou techniciens, et travailleurs. Dans une même entreprise, nombre de personnes de situations administratives variées, de conditions juridiques dissemblables, d'états sociaux différents, s'occupent de cette usine, vivent sur elle, s'enricliissent par elle et cela sous des modes de durée distincts, temporaires, viagers, héréditaires. En effet, du côté personnel, les associations de parchonniers. les collectivités de meuniers apparents ou effectifs, peuvent se modifier, se dissoudre et se reconstituer, comme parallèlement, du point de vue réel, toutes ces propriétés, ces rentes, ces exploitations, élémentaires ou dérivées, entières ou partielles, en principe familiales et immuables, en fait cessibles et divisibles, changeant sans cesse de propriétaires ou d'usufruitiers et transformant perpétuellement leur valeur, ne cessent de circuler dans des conditions diverses. Le moulin devient ainsi une source vivante continue de fortune pour des milieux variés,

grâce à tous ces éléments de biens qui, le cas échéant, reçoivent socialement une attribution laïque ou religieuse, égoïste ou altruiste, mais toujours amènent et assurent la richesse partout où ils se répandent. Aussi, ces établi.ssements. à l'origine d'utilité en somme extérieure à l'agglomération puis, rattachés directement à elle, mais d'abord figés plus ou moins dans le droit féodal héréditaire, sont ensuite imprégnés de la nouvelle vie urbaine qui. en brisant leurs vieux cadres, en créant comme en faisant circuler leurs parts, les revivifie pour ainsi dire : leur intérêt, autrefois étranger, se localise, mais, de nature seulement oligarchique au début, il reçoit finak'ment lui caractère général. Bref, aurait-on le droit de conclure, cliaciue moulin fut un centre non seulement juridique, mais économique et plus particulièrement financier.

H fut aussi un élément social. Ses exploitants, semble-t-il, d'abord otticiers dun domaine souverain, puis, administratf urs d'un bien féodal, ou gérants dune propriété urbaine, dès l'origine paraissent constituer un corps profes.sionnel de nature judiciaire. Formé successivement par des fonctionnaires, des vassaux ou des bourgeois, étant selon les époques une sorte de juridiction ])ul)lique, de tribunal des pairs ou de justice corporative, cet organe, à l'exemple des autres parties des moulins, non moins ancien qu'elles, a reçu également des empreintes des organisations sociales qui se sont succédé dans la cité et qui. une fois de plus, se sont inain- •^enues et superposées en lui. Suite, variété et dissemblances assez caractéristiques même pour que. dans rhi«toire de la meunerie et mieux est. dans rensembic du droit collectif, il n'y a peut-être rien d'aussi particulier.

Enfin, à un titre également relatif, remarquons les consé- (Hnnces générales de la t(chni(iue. Non seulement dans léconomie, la foret- nu)trice «si utilisable jiour des applications directes très <liverses. industrielles eomnu' alimentaires, celles-ci de toute première im|)ortance, nuiis, indirectement, elle sert à des fins encore essentielles t<'lles (jue la pêche. Et. si l'on veut, est il besoin tie rap|>eler le rôle fondHnuuital

de cette ean, dont dépend la marche des entreprises, dans le reste de l'histoire de la cité, fut-ce simplement militaire ^. Une exploitation de meunerie est une chose essentiellement compréhensive.

On voit en effet à combien de questions de tout genre et de toutes époques se rattache l'étude des moulins et quelle est à la fois la variété et l'ampleur de leur histoire. De telles usines constituaient la machine la plus compliquée de la ville, la seule digne de ce nom '^, la seule aussi, en tout cas, utilisant une force naturelle ; les transformations de leur propriété éminente et les changements de leur propriété utile, comme les modifications de leur exploitation et l'évolution de leurs exploitants, par le double caractère de leur ancienneté et de leur continuité, offrent une sorte de raccourci des institutions de la communauté : aucune branche économique, même la draperie, ne leur est comparable à cet égard. Aussi sont -elles tout à la fois des organismes du passé et de l'avenir. Bien quelles repré.3entent un type industriel relativement perfectionné, le genre général de la propriété et de l'exploitation rappelle surtout un état juridique en voie de di.sparition, alors que les modes de division du bien et certaines formes de l'organisation des exploitants annoncent une économie pécuniaire et sociale déjà assez avancée. Grâce en partie à la technique, les moulins ont subi des influences variées et contradictoires : finalement, dirait-on presque, ils forment comme une « usine d'un fief urbain », si bien que, par ces caractères opposés, ils présentent dans l'organisation municipale une phj^sionomie réellement particulière ^ et que, par ces traits variés, ils font graviter vers eux une partie certainement importante de la vie communale.

1. Cf. Inama-Slernegg, U. II'. (!.. 11, 2H2 ; Scliiller. Goslar. (14: ù la rigueur, Sombart, Dir Trchnilc. 73!>.740.

2. Cf. oxactcrnont Kn-hnc, 3. joindre au besoin Sombart, 738-739.

3. Cf. Hur Tintérêt de l'histoire dos moulins pour le plat pays, Lamprc'cht, O. W. L., jz, 1001.

b) La boulangerie '.

La meunerie était naturellement suivie de la boulangerie. Celle-ci comprenait deux éléments alimentaires, le « pain », qui seul paraissait avoir une réelle importance, et les « wastiaux ». qui n'étaient mentionnés que tout à fait par hasard.

Si on examine d'abord la provenance du pain, on voit que ce dernier pouvait être .< fait » ou « apporté en ceste ville * » : il avait donc une origine locale ou étrangère. Dans le premier cas, c'était exclusivement en leur « maison » ou « hostel ' » que les industriels cuisaient toujours et fabriquaient au besoin le produit *. Cet endroit renfermait « la cambre, le solier, le celier. l'ouvroir ». diverses pièces pouvant servir respectivement à l'habitation, à la cave, à l'économie, mais sans qu'il soit po.ssible de préciser exactement, et qui à leur tour contenaient la « huge ». sorte de meuble *, un « four » ou un « mestier », petit four, pour » mettre ne enfourner pain ». existaient forcément '. La cuisson s'accomplissait avec du « raime » ou de la « laigne », que les intéressés « admainnaient » par " navée », ce qui pourrait les faire considérer comme des acheteurs .><ur place, ou qu'ils se procuraient simplement chez des marchands locaux douaisiens ; peut-être aussi utilisaient-ils le charbon de terre '.

Mais l'origine du pain urbain même p<iuvait être encore double. D'une part, on défendait aux « fourniers d'enfourner » le produit, « .sans eellui qui ce sera, sans leur maisnie et leur message * ». Comme ce produit était en quelque sorte possédé

1. Uibliuijraphit . NDy. le» rochorclica i'iti''«) ilr Hnuior, Hi'itiiiigi'r, Hertog et Maycr, $ du Kàrkrrgrtrrrbr .

Page 1