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entreprises ont une nature unitaire. Il en est bien entendu ainsi, s"il n'j' a qu'un seul mode d'exploitation par forme d'industrie ou de commerce, et il nen est même pas autrement, au fond, s'il en existe plusieiu's. Dans le premier cas, les opérations à exécuter sont particulièrement simples et ont pu être « fusionnées » sous le rapport personnel en quelque soi'te ; dans le second, le travail est en totalité plus compliqué ou plus varié et, pour ce motif, il s'est justement divisé ; mais si jjar une différence apparente avec l'organisation précédente, chaque entreprise est réduite à un élément du négoce ou de la fabrication, par une analogie de nature, la même simplicité persiste et se retrouve : la composition intérieure ne subit pas de changement de principe. Tel est le cas dans l'économie du cuir. Une conséquence directe d'un pareil système est la petitesse des exploitations, puisque, si elles ont une tendance à devenir trop « compréhensives >, elles se séparent en entreprises affectées chacune à un élément distinct. Par contre, quel que puisse être le chiffre d'affaires de certaines, leur complexité ne s'en trouve nullement augmentée : elles n'accomplissent pas davantage plusieurs sortes dopérations, mais elles font simplement une quantité plus considérable d'une .seule. Et ce ne doit même être que tout à fait par exception qu'elles présentent une importance quantitative. En tout cas. la différence entre les entreprises concerne uniquement le nombre et non le genre des affaires, et, en fait, elle est peu fréquente. Chaque exploitation, bien que n'embrassant qu'une partie du métier, peut donc être regardée comme formant un tout.
Dans ces conditions, cette sorte d'indépendance technique a.'^sure à chaque chef d'entreprise sa liberté économique. Elle lui donne, avant tout, la possibilité de se passer d'intermédiaires et d'entrer en rapports directs avec l'acheteur. Ce n'est pas que celui-ci paraisse se présenter toujours dans des conditions exactement semblables dordre personne! ou réel. L'acquéreur est tantôt un marchand proprement dit, tantôt un consommateur véritable, et il se peut aussi que le second,
achetant exclusivement au détail, se présente plus fréquemment que le premier, mais ce nest qu'une distinction de quantité et dapplication et non de qualité et de fond. De même, très rarement, l'acheteur adresse des « commandes », ainsi qu'on le constate pour la charcuterie et pour la pourpointerie '. mais, le plus souvent, il vient dans un lieu de vente et se procure la marchandise dont il a aussitôt besoin : néanmo'n-;. c'est encore là une pure différence de détail et la nature es.sentielle des relations n'en est pas changée. Le même principe subsiste donc toujours : tous ces rapports s'exercent sans aucune intervention extérieure. D'un point de vue numérique, il va sans dire que, dans ces différentes circonstances, il n'existe aucune limite au nombre des individus auxquels l'intéressé peut avoir affaire. De toutes façons, il a donc ce qu'il est permis d'appeler une " clientèle )'.
L'état juridique concorde naturellement avec cette organisation. Tout daliord. il n'y a aucun doute que l'individu en cause ne soit propriétaire de toute la partie matérielle de l'entreprise. Il ne l'est pas moins du produit lui-même. Quelle que soient les détails de ses rapports avec ses prédécesseurs ou ses successeurs dans l'ordre économique, ce .sont des relations qui ne sont que " réellement » et non pas « per.><onnellement » obligatoires : il y a là une nécessité purement économique et imn juridique. En rapports avec une .série d'individus, il a le droit d'effectuer ses échanges dans des conditions de complète indépendance : pouvant le faire avec qui il le veut, il le fait, par cela menu-, comme il le veut ; à tous égards, il se procure la marchandise en absolue liberté et l'écouli- de son plein gré. L'affaire une fois conclue, toute relation ccs.hc entre les |»artit's : «l'une façon générale, il n'est lié à jH-rsonne. Mais puiscju'après avoir acquis la matière, et en vue de l'écouler, il en dispo,se à sa volonté, c'est donc que, sans aucun doute possible, elle contitue sa propriété pleine et entière, Kn dernier lieu, s'il en est ainsi, s'il a tout à
I. Voy. plim haut 372 l't 7 ; cf. pour In cordonnerie. 66.1, n. I (l'.J. 282**),
TROISIÈME P.iBTIE. — HISTOIRE ÉCONOinQUE 573
la fois routillage et le produit et qu'il ne passe par aucun intermédiaire, il peut recevoir personnellement tout le paiement de remploi de sa main-d'œuvre et de la vente de sa marchandise : comme il est payé pour ces deux éléments, il retire de ses opérations tout le bénéfice possible. Il a donc le capital d'exploitation, le capital de production et le capital de revenu : par conséquent, rien ne lui échappe.
Si on essaye de résumer ces divers traits, il semble, qu'en général, le maître dans son entreprise soit complètement isolé ; aussi, d'une part, il accomplit tout ce qu'il peut et doit exécuter et n'accomplit que cela, que ce soit la totalité ou une partie de l'œuvre ; ensuite, il a une exploitation toujours simple, sinon elle se divise, et presque toujours petite ; enfin, il peut être mis en rapports directs avec les fournisseurs ou les acheteurs de ses produits, dont le chiffre n'est pas limité ; d'autre part, disposant de la totalité de son entrepri.se, il lui est possible de jouir de l'intégralité de son travail. Chez les travailleurs de ce genre apparaît donc un caractère commun fondamental qui est, pourrait-on dire, leur nature « absolue » : dans l'ensemble, ils vivent le plus possible en eux-mêmes et par eux-mêmes exclusivement. En d'autres termes, ils peuvent être regardés comme des « producteurs propriétaires travaillant pour une clientèle ». On piraît reconnaître ainsi les éléments essentiels du mode d'exploitation appelé le « métier ^ ».
Des deux formes économiques précédentes, la première, on le constate aisément, était, sans comparaison possible, la moins répandue, d'autant mieux qu'en particulier le meunier, s'il appartenait techniquement au travail loué, u"eu faisait peut-être pas partie juridiquement, car il n'était qu'un simple locataire ^. C'est que ce sy.stème représentait sans doute un héritage du passé : il correspondait à une époque de transition entre les économies urbaine et domestique, période avec laquelle concordait exactement, au con-
I. Hiicher. 103-104. ot tra<l., 13fil38. ■2. VV.y. plus haut •}82-483.
traire, le tj'pe du métier ; il est à peine besoin de dire que, dans la boulangerie, la fabrication du pain par le boulanger même constituait une forme de travail moins archaïque et plus achevée que sa simple cuisson par le fournier : elle mettait davantage en œuvre lintervention <le l'intéressé. Puisque le mode économique nouveau donnait au chef d'exploitation des droits plus développés que rancieii, l'un peut être considéré comme une sorte de pei-fectionneiiu'iit et d'émancipation de l'autre.
Mais, dans ces conditions, il s'agit encore plutôt d'une difTérencc de quantité que de qualité. A priori, aucun de ces systèmes ne semble être défavorable aux intéressés. C'est que travailleurs en chambre ou artisans de métier, étant en rapports avec un certain nombre d'individus, ont ainsi, les uns et le.s autres, la faculté de ne pas subir les exigences de chacun de ces derniers. Ce principe vaut même pour le travailleur loué qui. n'étant que le récepteur de la matière ouvrable, se trouve naturellement dans une certaine dépendance visà-vis du fournisseur : il reste néanmoms assez favorablement placé pour ne pas acce])t('r forcément ses propositions, car non .seulement il peut en recevoir de nouvelles, mais toujours il possède le capital d'outillage. Bien entendu, ces facilités sont encore développées au profit du travailleur du métier, par suite de son accroissement de pouvoir et même de sa plénitude de droits : aussi, m jjiiit-il qu'être ab.solument « libre et indépendant ». La seule chose à craindre serait que ce numquedeii relativité », c<iiiimr nous l'avoué; dit, en d'autres termes cette absence de rapports, cet isolement soient trop accusés si, en raison d'un défaut jwtssiljle d'association, riiulividu ilemcure entièrcMu-nt abandonné à liii-iiièinc .Mors, en principe, ce maître, qui n'est en même temps i|n'wii petit bourgeois, .se trouvera laissé lotalemenl. dans sa vie. sinon économique dn moins politique, k la merci de plus pui.ssants, cjui sont les chefs dune communauté dont luimême n'est qu'un membre.