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2 Vov. t. I, 840.
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veau régime est indéniable et on ne sera pas sans remarquer que, comme toujours, elle s'exerce sous une forme plutôt « éminente « que directe : en un mot, et sans qu'il soit besoin d'insister sur ce fait souvent observé déjà, le Magistrat prend pour lui le pouvoir supérieur, mais il laisse ou doit laisser les anciens droits utiles à leurs détenants primitifs : s'il en perçoit, lui aussi, c'est qu'il a agi par création. L'empreinte urbaine n'en est pas moins si visible quà première vue elle semble même être unique.
Tout d'abord, l'obligation pour chaque industrie! ou commerçant d'être étalier et par cela même de faire partie de la collectivité, as.surait à celle-ci un caractère coercitif non douteux ; ensuite, la bienvenue à l'entrée, les cotisations annuelles à payer par les membres et, d'un point de vue un peu différent, les .soupers offerts aux échevins à la fête des cordonniers, qui se célébrait sans doute aussi sous d'autres formes, attestaient une vie propre, financière, religieu.-^e, somptuaire, plus ou moins accusée ; en outre, la conclusion d'actes intéressant le développement économique de l'union et dans lesquels certains participants pouvaient agir « ou nom et pour tous » les autres, faisait aussi de l'ensemble en question une véritable personne morale ; enfin, l'existence d'un Conseil, de compétence et de composition essentiellement professionnelles, à la fois administratif et surtout juridique, formant en particulier une cour de justice, était un peu la conséquence de tous les éléments précédents et l'attestation de l'existence d'un véritable corps autonome : ces divers caractères peuvent contribuer évidemment à faire jircndre « la justice des faneurs et cordonniers » pour une véritable institution corporative, un réel métier, c'e.stà-dire un organe .socialement urbain et chronologiquement nouveau. Mais ce ne peut être là qu'une pure apparence et il n'en demeure pas moins que le régime municipal a. non pa.s créé, mais seulement recueilli co < tief », que par suite, il en a iiniqucment modifié, ou même perfectionné la forme, mais rien de plus : il s'est superposé, en somme, aux régimes
préurbains, mais sans les remplacer. En un mot. on ne saurait en principe, que rapprocher le cas actuel de lexemple des moulins : des deux côtés, l'origine et révolution, dans lensemble, semblent être comparables ; des deux côtés, en dépit des modifications extérieures, on paraît avoir affaire, non pas à une modification du présent, mais à un reste du passé.
Mais si, par analogie avec la meunerie, le caractère juridique d'une telle institution se manifeste clairement, la cause économique de son existence reste, par contre, très obscure. Pour quel motif exact les tanneurs et les cordonniers obtinrent-ils du régime public, c'est-à-dire très primitivement, une organisation en somme tout à fait exceptioimelle ? c'est ce qu'on ne saurait préciser que difficilement. A l'inverse du sj'stème de.s moulins, la technique ne doit avoir joué aucun rôle dans le cas que nous étudions, à moins que la question de l'eau ne soit encore intervenue au sujet des usmes à tan et n'ait influé sur le reste de lorganisme. mais ce serait sans doute exagérer hors de propos la valeur d'un élément bien secondaire en l'espèce. On est obligé de supposer que, dès les débuts de Tagglomération, Téconomie du cuir prit une importance telle que le pouvoir souverain crut utile d'établir, sinon de ratifier, pour les participants, une réglementation particulière d'ordre réel et. du côté personnel, de les soumettre à quelques redevances moyennant la concession de certains privilèges : ils constituèrent, en principe, une sorte d'office de formation publique. Les transformations postérieures suivirent naturellement. Une simple hA-jiothèse. bien entendu, est seule possible à ce sujet et elle ne peut être forcément que très générale. Deux points paraissent cependant n'être guère douteux : l'état social ne doit être que la résultante d'ime situation économique, et son point de départ juridique n'a absolument rien de communal.
En outre, bien que ces deux principes de la tannerie ne soient, on s'en rend compte facilement de nouveau, que l'analogue de ceux qu'on constate pour la meunerie, il s'en faut que leur application ait pris la même importance de part
et d"autrc. La première branche économique arriva en effet à un développement d'ordre personnel bien plus accentué et de nature beaucoup plus corporative que la seconde. Les meuniers, sans doute, n'étaient pas dépourvus de droits, mais ceux-ci n'avaient qu'une t'oi'mc ])rcsc|uc iiniciunncnt jutliciaire et à peu près sans côté social : l'existence <le privilèges présentant ce double caractère était au contraire certaine chez les tanneurs et les cordonniers. C'est que l'état teclmique taisait écononiiquiincnt . des uns de ])urs concessionnaires, (le simples exploitants d'un propriétaire avec lequel ils se tiouvaient d'abord en relations, et des autres des industriels-commerçants, propriétaires eux-mêmes, en rapports exclusifs avec le public : aussi, ces deux séries d'artisans n'appartenaient pas, on l'a constaté, au même mode d'exploitation, ceux-là travailleurs relativement déj)endants. ceux-ci complètement libres. Aus.si, du côté social, les premiers et les seconds n'avaient-ils pa.s dû se trouver dans une situatii)ii idcnticiiic \un\v se solidariser, s'émanciper, obtenir des droits divers et finalement acquérir un état privilégié, l'ar conséquent, leur différence de ctmdition personnelle mérite d'être cherchée, semble-t-il. dans la distinction de leur position réelle : leur état économi(|Uc a. tout à la fois, engendré et différencié leur état social.
Ainsi, antérieurement au xiV siècle, la ville ne semble comprendre tout au plus que trois organismes plus ou moins iinu indJN iduaiistes. l'un intéressant la charité, les autres l'économie. Le premier est certainenu-nt récent ; quant aux deux derniers, si. à l'époque comnumale. ils se montrent avec un caractère imioniste ordinaire et peuvent être considérés comme foini.inl de véritables sociétés d'ap])arence urbaine, ils n'en ont pas moins une origine et utu" fornuition ci-rtaineinent préurbaincs. Dans les autres éléments de la vie nHuiicipale. en particulier de la vie écont)niique. on n'observe aucune trace d'association et il est plus que probable que cette absence n'c.tt pas un simple résultat documentaire. Ensuit^*,
vers le déclin du xiV siècle, il est incontestable qu"on peut commencer à constater un mouvement corporatif, et puisque les textes ne sauraient être que postérieurs aux faits mêmes, on admettrait volontiers que le début d'ensemble de ces transformations ait suivi d'assez près les guerres de Flandre. Mais si. en droit, ce changement est d'application générale, s'il est relatif à la vie administrative comme économique delà cité, en réalité, il semble être assez timide et restreint du côté personnel comme réel. Non seulement, il ne se manifeste que dans certains cas. mais, même dans ceux-là, il atteste un développement inégal de fait, comme toujours une compréhension relative de principe. Ainsi, les vieswariers et les merciers paraissent montrer un simple début de vie confraternelle ; les navieurs et les travailleurs semblent former un ensemble plus avancé déjà, les archers et les arbalétriers sont tout à fait constitués, les bouchers représentent une union même particulièrement fermée. Peut-être aussi quelques restrictions de qualité ou de quantité sont-elles dues, en partie du moins, à une raison de textes : les rudiments d'organisation constatés chez les premiers des artisans précédents peuvent être chez eux plus développés qu'ils ne le paraissent documentairement ou ils peuvent exister aussi chez d'autres travailleurs. Mais, en général, il ne paraît pas être douteux que la nature de toutes ces imions soit restée très déterminée c'est-à-dire a^sez restreinte : elle semble purement privée, à l'exclusion de tout rôle plus ou moins officiel, concernant la vie constitutionnelle, législative et policière-économique de la cité. Néanmoins, si. de toutes façons, l'extension et l'ampleur font défaut dans cette transformation, le nouvel état de choses qui en résulte demeure des plus intéressant à observer. C'est, qu'a priori, il forme un contraste absolu avec l'individualisme à peu près exclusif jusque-là : antérieurement, n'existaient en général que le pouvoir urbain et, en face de lui, le membre isolé de la coinmunauté ; ce dernier peut maintenant être le compagnon d'un certain nombre d'autres : antérieurement
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en particulier, le monde du travail était réglementé, mais non corporatif, il va présenter maintenant les deux caractères. N'est-ce pas là le signe dune réelle révolution d'ensemble ?
On voudrait chercher à réunir les éléments communs aux corps organisés de cette époque, de façon à donner une idée complète du principe d'association, des règles de la vie unioniste à ce moment : mais que ce soit le résultat d'un manque de renseignements, d'une inégalité de développement, sinon d'une différence d'application, les caractères généraux sont assez restreints. Aussi, paraît-il être préférablede juxtaposer les traits divers de ces institutions, que chacun se manifeste ou non dans toutes. Quand l'association arrive à être plus ou moins constituée, elle prend, suivant sa fin. le nom de « serment, carité ou mestier ». Du point de vue personnel, d'abord social, elle semble se recruter en principe parmi le commun, et dans l'économie, elle se compose en fait expressément de petits patrons ; à titre juridique, en dehors sans doute des charités, elle doit comprendre tous les participants possibles à l'œuvre en cause et il semble qu'ils ne puissent pas n'en pas faire partie : son caractère obligatoire est, croirait-on. très admissible ; même, dans un cas. sa composition prend une forme très exclusive. Les conditions d'entrée légalement techniques, en quelque sorte, ne semblent pas exister : le simple principe mentionné pour les arbalétriers, que chaque intéressé « sache » son métier *. est sans doute vahvlile pour tous les organismes et on ne paraît pas faire menticm d'un apprentissage préalable : les n maîtres » deviennent librement tels. .\u contraire, du côté matériel et financier, si l'union en général peut posséder en toute propriété des l)iens variés, à l'égard des membres, une taxe de « bienvenue " peut d'abord être exigible ; puis, une cotisation annuelle est encore payable ; enfin, une partie des amendes infligées aux participants peut revenir à l'ensemble : tout cet argent, d«- pro-