‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 535 sur 993 · V'oy. plus loin le · texte numérisé non relu

V'oy. plus loin le

cumul des objets, socialement ils étaient peu favorables à l'union des personnes *.

Ainsi, d'une part, les chefs de la communauté devaient tenir compte du milieu social ambiant, mais de l'autre, ils voulaient surtout le façonner ; Tétat réel était une résultante directe de la situation économique, Tétat personnel, une conséquence relative de la situation politique. Bref, du moment que l'artisan demeurait isolé et travaillait réglementairement, du moment que ses relations d'affaires restaient légales, mais ne le faisaient agir que comme individu, la ville avait un ensemble de raisons pour ne légiférer que dans des limites très restreintes sur Torganisation du travail.

2'* L'état social réel.

Les patrons indépendants formaient donc une population de travailleurs auxquels, à l'inverse de ce que nous constaterons dans la grande industrie, les lois économiques paraissaient, a priori, être plutôt favorables. Il reste à voir s'il en fut de même dans la réalité. Leur situation sociale normale est malheureu,sement fort mal connue. Sans doute ils peuvent avoir été les raisons personnelles d'actes de droit privé relatifs à des mutations de biens divers, pièces de terre, maisons, rentes, sommes d'argent, mais tirer de ces petits faits i.solés quelque conclusion précise serait très exagéré. En effet, il est non seulement naturel, mais presque obligatoire que tout membre de la communauté, comme tel, c'est-à-dire comme propriétaire, passe des actes de ce genre, dont il est difficile sinon impossible de déterminer la signification à l'égard de la situation pécuniaire véritable des intére.s.sés, et d'autant mieux qu'on pos.xède des renseignements exactement analogues pour les « maîtres » divers de la draperie, dont les conditions économiques de principe sont néanmoins

I. Cf. pour Tournai le mrnio HonlimcMit ndminislralif rt la mAme aituation sociale au xiV h. i^galoiiivnt. tliiiis Vcrric"»!, /-<■* luIUs tocialr» à T., 18-26.

toutes différentes i. Cependant, on supposerait volontiers que les premiers artisans se trouvaient dans un état social intermédiaire entre les fabricants marchands de drap et leurs employés et l'on serait probablement ainsi assez près de la vérité ; mais cette vague moyenne ne peut être exprimée que comme une pure hypothèse, à l'exclusion de tout argument précis.

Peut-être d'ailleurs l'absence de différence documentaire correspond-elle jusqu'à un certain point au manque de distinction réelle, au moins suffisamment tranchée. C'est ce que semble montrer l'exécution testamentaire de Boine Broke qui, si elle est le seul document à consulter à ce sujet, fournit des indications dont la valeur absolue et relative n'en est que plus précieuse. On y constate en effet les agissements du patricien vis-à-vis de ceux qu'on pourrait appeler ses fournisseurs, ses débiteurs, ou simplement ses voisins de jiropriété : tous, malgré la différence de leurs occupations économiques, peuvent être considérés comme appartenant à un même élément social de la population, distinct des petits patrons de la grande industrie drapière. On doit donc les examiner dès maintenant '.

Parmi les fournisseurs, on voit d'abord un foumier ', dont le propre père de Boine Broke était le débiteur pour 65 s. de « quisage de pain » : en paiement, le fils lui passa ''10 rasières « d'esteule », de la paille, littéralement, pour une somme de 30 s. et le petit commerçant ne put la revendre que 10 d. la rasière, sans doute parce qu'elle était de mauvaise qualité. Ain.si, non seulement le patricien lui resta redevable de 35 s., de plus de la moitié de la dette en droit, mais, en fait, cette marciiandise ne valait exactement que 8 s., si bien que le malheureux boulanger perdit sur le rembour-

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