‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 542 sur 993 · Voy. t. I, 227, et joindre plus loin f · texte numérisé non relu

Voy. t. I, 227, et joindre plus loin f

intervenir : si tous les autres n'étaient pas des émeutiers de profession, en tout cas ils ne comptaient que sur un bon coup à faire.

Seulement, ils n"en eurent que respérance. De ce point de vue, le côté intéressant n'est pas l'événement lui-même, puisque rien ne se produisit, mais les « mauvaises lanwes et parlers » qui s'efforcèrent de l'amener. On voit comme chacun crie le plus haut possible devant le plus grand nombre de gens possible, suivant son tempérament personnel, qu'il faut tout piller ou tout massacrer ; tous s'excitent mutuellement, en arrivent à des violences de langage inouïes, mais un seul émeutier. tout au plus, en réunit quelques-uns et paraît s'organiser pour commencer : aussi, bien entendu, chacun reproche aux autres de ne rien faire, de ne pas aller de l'avant, leur imputant leur passivité à crime. Les femmes, naturellement plus impulsives, sont celles qui crient et accusent le plus fort. Comme toujours, des individus, sinon très recommandables en eux-mêmes, du moins isolément assez calmes, deviennent les pires fauteurs d'émeute, sans qu'ils sachent exactement pour quels motifs, mais en réahté seulement parce qu'ils sont réunis et qu'ils obéis.'ient aux plus violents presque malgré eux. On a là un exemple curieux d'excitation exercée sur des foules.

Cette révolte, au fond simple appel au piUage. à la différence de la grève révolutionnaire des tisserands de 1280 *, ne fut qu'un incident passager et ne nous permet pas d'entrevoir quoi que ce soit sur tout l'état social du xiv'' siècle. Celui-ci, ne nous étant pas connu davantage par ailleurs, nous reste donc absolument ignoré. On peut croire seulement qu'à la fin de cette période le mouvement corporatif commença à exercer quelque action : n'ayant pas encore en soi un caractère abusif, et présentant une nature religieuse développée, son apparition put avoir une influence généralement bonne, donner aux intéressés le sentiment de l'union

1. Recueil, n" 2Hfl ; pour la comparaison détaillée entre les deux événement», voy. plus loin, § 4.3, 2° ".

638 LA ^^E urbaine de douai

et leur permettre de se grouper en vue de leurs intérêts ; mais on en est réduit sur ce sujet à de pures conjectures de

nature << morale " qu'on nv saurait tant soit pvn préciser historiquement.

Les remarques précédentes sont trop éparses et trop restreintes pour donner lieu à des conclusions d'ensemble un peu nettes. Il est seulement probable qu'au moment de l'apogée urbaine, la condition économique des petits patrons indépendants leur assurait une situation sociale meilleure qu'aux maîtres dépendants de la draperie. Néanmoins, l'état financier et, par suite, l'organisation politique, devaient avoir établi une sorte d'assimilation entre les deux séries d'artisans vis-à-vis des échevins patriciens. Les chefs de la communauté n'avaient pas à l'égard de la partie de la petite bourgeoisie, dont ils n'étaient au fond que les clients, une façon d'agir différente de leur conduite vis-à-vis des petit > bourgeois, dont ils constituaient au contraire les patrons. Mais, pour tous ces inférieurs, possédant la force sans aucuii obstacle, ils en profitaient presque malgré eux : les liabitudes de Boinebroke étaient donc au moins naturelles. Dans la période qui suivit, les événements de la guerre de Flandre puiciit fournir aux intéressés l'occaition d'une revanche violente, puis, les changements politiques qui i-n résultèrent durent diminuer la toute-puissance des acheteurs et enfin, inversement, le mouvement corporatif naissant donna sans tloute aux vendeurs plus de force : toutes ces modifications sont probables, mais, encore une fois, elles ne semblent pas être démontrables.

Page 1