‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 559 sur 993 · Ifrimil. n · texte numérisé non relu

Ifrimil. n

4. Financrji, V.J. 71 ; (liirinnenl <rBi1K'Ui!i H'inl<^rrl Hiirtmit in<lirpct.

6. Hrciiril, ii" 328 : joindre pour Utiinehrolie. l'.J. 8rt0. el Jrlian Hninrbroke, P.J. I ; au 8ujet <lu iXTsonnntJi" en pém-ml, voy. eet nrtirle mir J. Hoinrbmkr et, en partieulier pour la vali-ur du document, p. 40-41 ; iri même, nouH l'avoiiM dd'jù ('tudii'' dan» «en rapjmrt» avec le« |X)titR patrtin» non drapier* : voy. pliiH haut rt2H-<t32 ; pour les relatioMH (iroprement sociales do l'entrepreneur dnipier et de «es eniployi-s, jiiinilre pluM loin § 43, 2"".

li. Voj-. ù ce Dujet, J. Uoinebrokr, r..J. 1.

TKOISIEME PAHTTE. HISTOIRE ÉCONOJnQIJE 655

échevin. L'exécution se passe naturellement devant le Magistrat et les divers hommes ou femmes qui, à divers titres, ont travaillé dans l'exploitation de Boinebroke, viennent se plaindre en justice du tort que, d'après eux, le mort leur a causé : ils réclament donc « au testament » les sommes dont ils prétendent avoir été frustrés. Ils n'apportent que leur témoignage personnel ou bien ils se « voukent », en appellent, à plusieurs témoins, qui viennent ou ne viennent pas déposer. Le Magistrat taxe à tant ou à « nient » ces réclamations.

Ce document mérite tout spécialement d'être étudié à plus d'un titre. Tout d'abord, il nous permet de voir, relativement du moins, l'organisation et le fonctionnement d'une grande exploitation, au sujet de sa direction administrative, élément que nous ne connaissons pas par ailleurs. Nous saisissons aussi sur le vif la marche proprement économique de l'entreprise dans les rapports de l'employeur et de l'employé : à cet égard, l'exécution ne nous apporte pas de renseignements spéciaux très abondants à côté de ceux que nous fournissent déjà les bans, mais elle présente l'avantage d'illustrer dans la réalité les indications théoriques, et les données particulières qu'elle contient ne sont pas sans valeur. Surtout pour la division du travail, elle renferme un certain nombre d'indications précieuses concernant le fontionnement des entreprises des petits patrons. Mais son intérêt est encore plus grand du point de vue social, non pas seulement par les détails nombreux de nature juridique qu'elle donne sur les conditions du travail et qui. à l'exemple des renseignements précédents, éclairent ou complètent les documenta d'ordre théorique, mais parce que surtout elle nous renseigne sur les rapports véritables d'un entrepreneur drapier île cette époque avec ses employés. Les dépositions des réclamants et des témoins permettent d'arriver à reconstituer fidèlement le caractère et la conduite du patricien. comme la situation réelle et l'état moral des petites gens qui gravitent vers lui : elles nous aident à .suivn.' l'opposition fonda-

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mentale qui existe entre les deux clasises auxquelles appartiennent le premier et les seconds ; elles expliquent enfin les luttes qui en sont la conséquence et qui. on ne saurait l'oublier, constituent le fond de l'histoire urbaine de cette période. Car ces plaintes sont évidemment véridiques. Que chacune d'elles présente quelque exagération, la chose est possible et presque inévitable, mais leur ensemble ne doit et ne peut cependant pas être suspecté. Elles ne montrent pas seulement, toutes, une naïveté et une vivacité de forme extraordinaires, qui disposent singulièrement en leur faveur ; elles n'offrent pas qu'une identité de fond qui les fait voir concourant exactement au même but. mais, en général, elles sont de leur temps, elles émanent naturellement de leur milieu ; elles en sont l'image directe et la représentation sensible. Bref, étant donnés les événements contemporains, on croirait presque qu'elles ne pouvaient pas ne pas exister. Ainsi, une telle pièce offre les qualités, sans les défauts, des documents officiels et des textes narratifs. Suite et conséquence directes des règlements patriciens, tout à la fois, elle leur est intimement liée et a sur eux l'avantage d'être un acte pratique : d'autre part, pièce vécue, ce n'est pas non plus un récit d'origine unique et par cela même un peu suspect, et la pluralité de ses origines évite ce que l'unité aurait put entraîner de défectueux. Finalement, malgré le nombre et la valeur vraiment remarquables de tous les documents drapiers de la Flandre et de l'Artois au xiii*' et au xiv*' siècles, l'exécution testamentaire de " sire Jehan Boinebroke », sorte de miroir de la vie drapière et par suite urbaine de cette époque, forme un doiiiiiuiit vraiment unique et possède muvaleur inappréciable.

Les textes intéressant les matières textiles ne manquent donc pa-s. dans leur ensemble, d'abondance ni de valeur. Il importe cependant de préciser les services que leur étude peut rendre, en particulier selon les époques. Au xni*^ siècle, dans la période de l'apogée, les pièces sont a-ssez nombreu,se8

et intéressantes pour nous offrir de l'économie drapière un tableau suffisamment ample et même précis, du moins par certains côtés. En effet, elles nous renseignent surtout, natureUeraent. sur l'état du travail dans la ville. Aux travailleurs urbains s'applique plutôt la codification : c'est pour eux, ou si Ion préfère, contre eux. qu'elle se trouve édictée par les entrepreneurs échevins qui les emploient. De plus, les mêmes individus sont généralement mis en cause dans les actes privés, d'intérêt avant tout local, passés devant le Magistrat. Cependant, déjà en raison de la précision relative de ces pièces particulières, nous ne parvenons pas à pénétrer assez intimement dans la vie des représentants des divers métiers, à saisir les différences que devaient offrir les professions : tout nous apparaît souvent sur le même plan. En outre, la restriction de tous ces actes à une certaine catégorie de travailleurs laisse en dehors les employeurs, c'est-àdire le commerce, dont ces derniers s'occupaient spécialement, qu'il s'agisse de la gérance administrative de leurs grandes entreprises ou du trafic international, parce que ces questions échappent à toute codification ou se traitent en dehors de la ville ; les quelques pièces théoriques ou pratiques qui y sont relatives demeurent insuffisantes. En d'autres termes, nous ne sommes pas assez au courant de ce qu'on pourrait appeler les « affaires » : nous connaissons le milieu, mais nous ignorons le commencement et l'aboutissant, l'origine et la fin de l'économie. On donnerait volontiers nombre de ces textes privés, qui se répètent à satiété, pour une seconde pièce du genre de l'exécution testamentaire, d'intérêt surtout administratif et social, ou pour un Hvre de compte la complétant à l'égard du négoce : on pourrait ainsi préciser et développer les aperçus que le premier document nous ouvre sur bien des points d'une façon trop discrète encore.

Mais enfin ne faut-il rien exagérer, ni oublier l'ancienneté relative de l'époque dans la matière en cause : encore une fois, le résultat général obtenu est d'une valeur appréciable. En effet, au xiv<' siècle, par la diminution de quantité et de

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qualité des textes, en dehors des quelques règlements qui, surtout à la fin de cette période, offrent un réel intérêt technique, pour la draperie comme pour Tcnsemble de la ville, nous entrons dans une véritable, pénombre qu'il ne semble pas possible de dissiper.

2° Lldstoire.

L'ignorance plus ou moins grande où nous sommes sur certains côtés de l'industrie textile se constate tout d'abonl au sujet de son histoire générale proprement dite. Elle rest«. en effet, très ob.scure et on doit se borner pour la décrire à rassembler quelques indications, sans caractère spécial et déjà mentionnées ou qui seront de nouveau utilisées par ailleurs ^.

Tout d'abord, l'origitu- <lc la draperie demeure absolument inconnue et ne saurait être déterminée d'une façon tant soit peu précise. On peut seulement admettre que la situation de la ville sur les bords d'une rivière se subdivisant dans l'Intérieur en nombreuses dérivations, put, non pas amener, mais faciliter l'établissement d'une industrie, où l'eau était indispensable pour certaines opérations techniqius. Si la forme de l'apparition de l'économie nous échapiie en fait complètement ". il ne semble pas en être ab.solument de même de sa date. Elle est sans doute assez ancienne. On sait, en effet, que le prévôt percevait une redevanei- annuelle sur chaque " tronc de foulon " ». Or, cette taxe, couinu' les autres droits de provenance publique, ne pouvait avoir été établie par le pouvoir central nu par son agi-nt sur les membres de l'association i\\\'h une épocpie où ceux-ci. tout en ayant déji\ un certain développcuiiiit industriel, n'étaient j)as encore as.se/, forts polit icjuenu'nt po\ir s'opposer à sa création, c'est -à-ilire.

1, tif, pliiH Imnt i-t jiiiiiiln* plim loin pour li< coininKrrc, f 30", itiirluut < bic •.

2. Voy. un csini ilf n'cunHtituliini tliL^i>ri<iui' plus loin $ 43, I"". •A. l'.J. 047, 1*. ut al. plun lutut 78.

croirait-on. clans le cours du xi<= «iècle ou au plus tard le début du xii^. A cette époque, par conséquent, la draperie devait déjà fonctionner.

D'ailleurs, la première mention directe que l'on ait de l'existence de lindustrie textile douaisienne est de 1198, année où nous est indiqué le « vicus fullonum ^ ». Puis, l'ancienneté pour la région des pièces locales, soit politiques, de 1220, concernant les démêlés connus de la collégiale Saint- Amé avec les teinturiers, soit réglementaires, de 1229, comportant un ban sur les tondeurs ^, montre combien le développement de la draperie ne put qu'être rapide. Dès ce moment aussi, par une conséquence naturelle, cette branche industrielle a déjà un caractère à part qui lui fait dépasser l'économie urbaine : de 1206 à 1216, les octrois de commerce en Angleterre, accordés par le pouvoir royal à des Douaisiens, le sont probablement, en partie au moins, à des marchands drapiers *. Avec le début du xiii^ siècle, par conséquent, lindustrie textile est évidemment en pleine marche.

A l'exemple de la ville elle-même, son développement ne fait eiisuite que croître, pour atteindre son apogée, nous l'avons déjà observé *, vers le milieu de cette période séculaire. A l'intérieur, la réglementation de la draperie est au premier rang des jjréoccupations des éohevins ■•, démontrant ainsi l'importance extrême de l'objet traité et, en fait, aucune catégorie de travailleurs ne comprend certainement un aussi grand nombre do membres que celle des maîtres des divers métiers de l'économie en cause. Pour l'extérieur, nous voyons aussi .se faire l'importation des matières l)rutes et l'exportation des produits ouvrés, par des marchands qui. personnellement, se rendent en Angleterre en vue d'\- acheter des laines

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