‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 723 sur 993 · Recueil, n · texte numérisé non relu

Recueil, n

û. § 2'', 22, 30 (ménages), 34 (mère et fille), 20 (frères) ; cf. Jehan Boinebmke, 64-66.

mier avait un nom générique concernant la totalité de l'indiistiie, les autres ])ortaient des ajipellations différentes et l)récises se rai)portant chacune à une o])ération déterminée d'un même ensemble : on disait les « batteurs de laines » et les « tisserans de dras langes ». En effet, leurs métiers, les uns vis-à-vis des autres, étaient autonomes, en grande ])artie du moins ; ils constituaient, comme on l'a remarqué, des sortes d'économies distinctes, dont chacune possédait une nature spéciale et non seulement inanciuait de relations directes avec les professions voisines, mais n'entretenait pas non ))lus les mêmes rapjiorts avec l'enij^loyeur. (Viiendant, si chaque maître se trouvait, en fait, séjjaré du reste des fabricants, il n'en demeurait pas isolé d'une façon complète, mais tous se passaient la besogne par l'intervention d'im seul intermédiaire, avec le(|uel ils étaient en relations et sous les ordres de (jui ils concordaient à une œuvre commune. Tous ne faisaient qu'exécuter une i)artie différente d'un même objet servant aux fins du drapier unique. Ce système représentait donc bien, par une exception presque absolue à l'organisation de l'industrie à cette époque, non seulement à Douai, mais partout ailleurs, non ])as une « spéciali.sation » ou ime division " du UH'ticr ". ni même la « décomposition du travail moderne, mais exactement, afin de faire mieux rcs.sortir iautonomic ])ointant relative de chaque maître, un c< sectionnement de la production ' ". De ce coté, seule l'économie du cuir paraissait être comparable à celle du drap *.

Mais, nous le voyons aussi, si ce sectionnement avait jiu, à l'origine, être un système s])ontané et économicpie. il était

1. Prndukiiotuitrilung plut/il (Hic< ArhritKrrlrgung. V'oy. liii-ii ciiti-mlu Wichcr. Dir KnlHlrUuni) <lir Vitlknu., 127. i"! trml.. 2.'i.T ; jiiimln- l)(ir<'ii. 213, iiiniH cnii. on ne H'i-X|ilif|iii' |>iiH |>i>iiri|Uiii. r(itt«rlio au rnntruin- Ih ilrii|M>rii< Il Ih ihVonipoHilion et imii hii wrlioiiiifiiiciit. On oljwrvn <^({"l''"""n' M'"' d*™" In tcinliiri'. m! In tu'-pariition i-iitrr icintiirirrti du giiiVlo ot HVcorpo ^Init nVllc, «>llp roiTMipondait i\ une Iroinirnii- Morte ilf ilivixicm du travail, In • «[MVialwation • uu In ■ Hubdiviflion dm profeoiiiuiui > (Uudier, ibid.),

i. Voy. phu haut 608.

devenu un mode obligatoire et juridique. Il ne s'était pas seulement imposé à la production, mais le maître du travail avait légalisé ce régime, l'imposant à son tour aux producteurs et aux fabricants proprement dits. Il les avait forcés à rester à peu près autonomes les uns à l'égard des autres et leur avait interdit vis-à-vis de lui-même toute assimilation à son état personnel. Il avait voulu que tous, autant que possible, eussent entre eux et avec lui le même genre de rapports, identité qui ne se serait pas réalisée en cas d'autorisation de cumul, dont le dévelojjpement n'aurait pas été sans amener des différences. C'est cette tendance à l'uniformité qui, en effet, domine imrtout. Nous l'avons constatée dans la technique ; de là, elle était passée dans l'organisation économique. Chiffres des appareils, des travailleurs, des matières à manipuler, des heures de travail, tout était relativement égaUsé entre les différentes sections d'industrie en général et surtout entre les membres de chaque section en particuher. Bien entendu, tout ne pouvait présenter une uniformité absolue, non seulement entre les différents métiers, mais même dans les diverses professions considérées séparément. Les professions successives, a priori, se distinguaient les unes des autres, et pour chacune, les ateUers ne pouvaient toujours avoir une semblable importance effective. Mais partout, en somme, à l'égard du nohibre des travailleurs et des heures de travail, fonctionnaient des règles communes, et selon les différentes professions, existaient des principes qu'il fallait suivre et des maxima qu'on ne pouvait dépasser. Ainsi, chaque fabricant, (jui exécutait le même travail qu'autrui, devait, non seulement l'accomplir d'une façon identique, mais dans les mêmes conditions, et la (jucstion de forme n'était pas moins importante que celle de fond : une identité se constatait dans l'organisation économique ainsi que dans la fabrication industrielle. Ce principe avait pour résultat de ne jias laisser s'exécuter des quantités d'ouvrage différentes. Tous ceux des ateliers qui avaient des chiffres déterminés d'instruments et de travailleurs, avaient forcément des productions

fixes. Dans ces divers cas, la technique et le nombre des heures de travail étaient rigoureusement équivalente pour tous, individus ou organismes, et les uns et les autres n'avaient pas davantage rautorisation de travailler plus que moins. Bref, la ville tendait à ])résenter l'aspect d'une usine, dont chaque élément d'une même série de machines ne devait offrir i)ar rapport aux autres aucune différence de rendement.

Mais la nature très stricte de cette réglementation nous ramène à ce que nous avons déjà dit du système de l'organisation de l'industrie. Elle montre bien que « la spécialisation du travail » n'existait pas au fond dans la draj)erie. Elle aurait produit des métiers indéi)endants, non seulement tout à fait isolés entre eux, mais sans aucun rapport avec un unicpie employeur, par conséquent sans obligation d'obéir à des règlements généraux et au contraire ayant toute liberté d'agir h leur fantaisie. 11 ne jiouvait en être ainsi, puisque tous les maîti-es ne formaient en réalité ipie les parties d'un tout, recevaient une seule impulsion et concouraient k un but unique. Il semblait tout naturel que, dans une même exploitation, chaque métier n'em]uétiit |)as 8\ir les autivs et (pie, dans un même métier, tous les inté«\s8é« eussent à travailler dans des conditions identitpies. Forcément aussi, ce système s'étendit successivement A toutes les i-ntreprises, ptiiscpie toutes avaient une natiu-e similaire. C'hacime constituait une sorte d'orchestre dont les divers exécutants, sous la direction d'un chef inu(Hie et dans lui accord complet, avaient h exécuter la seule partie (|ue ce chef leur donnait. I) nii mot. tout maître lu* devait travailler ni |)oiir lui ni pour une peisoiuu' quelcoïKjue. mais ])oin' un (lra|)ier.

3° Le commerce.

A) Les marques de commerce ^.

La confection de TétofiFe d'après les règlements urbains constituait bien un élément nécessaire et suffisant pour assurer sa valeur réelle, mais non pour la démontrer d'une façon visible. L'intervention des esgardeurs dans les conditions que nous avons observées, ne dépassait pas la durée de la fabrication : elle était une question purement industrielle, qui ne se manifestait plus en dehors de l'atelier du maître. Il fallait cependant que les inspecteurs pussent donner une marque durable du « bon » travail ou, en d'autres termes, de leur approbation comme du contraire, si bien qu'ensuite l'acheteur puisse se rendre sans crainte acquéreur des étoffes ou les acheter à bon escient. Puisque la ville se portait garante de la qualité, il était indispensable que la surveillance, ainsi que la bonté des tissus, fussent officiellement et publiquement consacrées. Dans ce but, on leur appliquait des marques extérieures et persistantes de divers genres (pii. en ([uehiue sorte, les « validaient » et pour toujours.

On peut d'abord rappeler certains princijjcs techniques qui, en somme, dérivaient tous de l'ourdissage, c'est-à-dire de la composition originelle des draps, et avaient, nous l'avons déjà indiqué ^, une fin commerciale évidente. Ils concernaient successivement les li.stiels et les orieres, les dimensions et le poids des étoffes. La première .série de ces mar(iues au fond existait toujours, bien que parfois d'une façon négative, en ce .sens (pie leur défaut aussi bien que leur présence entraî-

1. BibUotfrapItic. Voy. dan» Eberstadt, i>a« franzôa. (Icwerbererht, un cliap. int/Tes-sant, « die InHtitiitionen des ZeiclionrechU », 186-222 ; joindre pour Bruxcllt:» en particulier. Des Marez, 281-295.

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