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trielle que commerciale : du moment que la ville concédait aux forains ce qu'elle leur avait sans doute refusé jusque-là, le droit davoir dans ses murs un marché des draps qu'ils avaient fait confectionner sur place, ce lieu d'échange ne comprendra que certaines étoffes et de petites dimensions, par suite de qualité inférieure peut-être. Mais, pour quel motif la ville accordait-elle aux étrangers ce privilège, ou leur imposait-elle cette obligation d'écouler ces tissus chez elle, avec défense de ne les exporter qu'après le tondage ? Car, en admettant qu'un tel système de parachèvement et . de vente sur place favorisât relativement l'économie et la police locales, cette raison demeure assez spécieuse ; dans les murs, les Douaisiens auraient été aussi bien vendeurs que les forains et, au dehors, ces tissus échappaient entièrement à la suixeillance urbaine. Finalement, on se demande si ce règlement ne répondait pas à un but très déterminé, que nous ignorons absolument et ne pouvons conjecturer, à l'exemple de trop de faits et de questions de cette époque très obscure.
c) La vente extérieure.
La vente accomplie au dehors par des marchands douaisiens a donné lieu à quelques règlements qui, et cela se comprend à certains égards, n'ont pas une valeur géographique générale, mais un intérêt local, qu'il s'agisse de villes, de provinces ou de pays. Divers centres d'écoulement existaient en effet : au xiii^ siècle, on mentionne Arras. la Champagne et l'Angleterre ; au xxve, ils disparaissent uniquement, croirait-on, en faveur de Paris. C'est donc encore d'après les» places de vente » qu'il faut examiner cette partie du commerce. Cependant, ces règlements locaux présentent quelques points communs qu'il est intéressant d'étudier tout d'abord.
En Champagne et en Angleterre tout au moins, nous le verrons, les marchands douaisiens devaient se rendre en corps. Pendant ces expéditions économiques, ils pouvaient agir
isolément, mais assez régulièrement aussi, ils formaient des " compaignies ». Au-delà du détroit, en général, le nombre des membres de ees dernières paraissait descendre souvent jusqu'au minimum pos.?ible. par conséquent jusqu'à deux : on croirait volontiers que le chiflFre de trois était déjà une exception '. En Champagne, il n'en allait sans doute pas autrement ^. Pendant le voyage, chaque membre avait le droit de « mener » les étoffes des autres compagnons, de les emporter avec leur consentement et bien probablement sous sa responsabilité ^. Dans les foires mêmes, tous jouissaient également de la faculté de se remplacer dans la vente des tissus, mais il leur était interdit de « s'achater li uns à l'autre » les marchandises ^. Ils pouvaient donc exécuter des affaires les uns pour les autres, mais non les uns avec les autres. Ainsi, en Champagne, pendant que l'un des membres se trouvait en pourparlers avec un acheteur, les compagnons n'avaient pas le droit d'aller à sa « keste » ou à son coffre aux draps ^. De même, la plcgerie mutuelle paraissait être interdite *.
On doit d'abord se demander si ces petites compagnies n'étaient pas. en quelque sorte, que la transposition pure et simple des associations uniquement industrielles, qui sans doute existaient et fonctionnaient à Douai même. Cependant, comme il n'est jamai.^ question de ces dernières, cette absence de mention prouverait, par opposition à ce que nous constatons pour le commerce, un défaut d'existence réelle et fournirait ainsi une première preuve décisive de l'indépendance des compagnies qui agissaient positivement dans le négoce. A priori, rien n'est plus naturel que cette séparation, car il serait inutile, sinon nuisible, pour une association industrielle que tous ses membres se rendissent en corps à l'étranger,