‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 768 sur 993 · r..J. 639; Patent Rolls, t. VI · texte numérisé non relu

r..J. 639; Patent Rolls, t. VI

4. Il s'agit sans doute du personnage qui vécut do 1243 à 1295 et fut comte a partir du 12 juillet 1262 (voy. Archer, (lilberl de Clarr). Est-ce de la mémo affaire qu'il est question le 7 mai 1276 entre le dit comte et l'vm des marchands. Xicholas C'antin, auquel le premier était redevable do .57 Ib. T (Ctosr Rolls. Edouard l", t. I, 338).

LA VIK VKUAINK DE DOUAI, II âS

bablement une de celles que mentionne le règlement précité de 1253 comme étant un lieu de vente pour les Douaisiens. A Londres, le comte paraît avoir fait une opération personnelleavec 14des marchands, auxquels il achète des étoffes j^our la somme très élevée de l'.>-2 Ib. Au contraire, à Staniford. les acquisitions sont exécutées par l'office d'un individu (pii est toujours le même et <(u'on jieut regarder non i)as comme un simple intermédiaire, mais, puisque les lettres d'obligation sont ])assées en son nom et quïl remplace ainsi juridiquement le comte, comme une sort« de pleige. Il fait donc pour l'intéressé direct une série de quatre achats, respectivement de 4, 5, 11 et 12 Ib. et qui, dans deux circonstances, com))rennent 3 hrunettes et 4 vers. A titre juridi(|ue, ces échanges donnèrent lieu, on l'indique aussi clairement que possible, à des « lettres de obligation « passées au nom de G. de Clare ou. nous l'avons dit, de son représentant. Elles j)araissent d'ailleurs être perdues et ce que nous possédons est sim])lement « inie lettre overte et scellée « du débiteur, par la(|uelle il s'engage à rembourser sa dette, suivant la formule c-onnue, à ses créanciers ou à « leur certeyn aturne ki cest escrit portera », en trois paiements égaux, à la îSaint- Michcl des années .successives 12"fi. 1277 et 127S. C!ett<^ lettre fut d'ailleurs passée en Angleterre, mais d'elle-même encore, nous ne possédons que la copie, « li originaus » ayant été remis par les échevins à deux des marchands qui devaient s'occuper du recouvrement de leui"s dettes. Peut-être jjourrait-on en conclure que les lettres d'obligations elles-même avaient été passées devant le Magistrat urbain.

On constate avec- intérêt que ces marchands api)artiennent bien au jïatriciat. Le nombre de ces négociants exécutant dans une circonstance isolée une affaire av«H' un unicpio individu, montre que le ihiffre moyen des trali(iuants était jirobablement &saez considéralxle et il confirme de« reniar(|ue8 déjà émises dans des cas de même nature. Ces 1!» marchands ne formaient sans doute jias une " conipaiiinif ■ juridique, car leur nomlire eut été bien supérieur au chiffre habitud.

Mais les deux membres, qui vendirent séparément les quatre « vers I), constituaient -ils une association ? U est difficile de le préciser. Enfin, très certainement, tous ces négociants agissant à titre indi\'iduel, n'écoulèrent à leur acheteur que des nombres très restreints d'étoffes : rien n'est moins douteux pour Stamford et il ne semble pas en avoir été autrement à Londres pour les 14 Douaisiens. qui se trouvèrent en rapports directs avec G. de Clare. Aussi s'explique-t-on très bien que ce dernier ait déclaré avoir « pris ses dras par parteles », par petites quantités.

Enfin, Douai fut-il en relations avec la Hanse teutonique et son exportation de draps se dirigea-t-elle vers l'Europe septentrionale et orientale '. On le croirait volontiers, car, encore, à la fin du xiV siècle, un marchand de Hambourg se rendit certainement acquéreur de tissus douaisiens ^.

Si rares que soient les renseignements précédents, ils permettent de croire qu'au moment de son apogée, l'industrie drapière douaisienne exportait ses produits dans la plus grande partie du monde civilisé, surtout par l'intermédiaire des foires de Champagne. Le-s tissus de Douai avaient évidemment, au XIII'' siècle, la même réputation iiniverselle que les étoffes de toute la région dans laquelle il^ étaient fabriqués. Des causes intérieures ou des raisons extérieures plus directes, telles que la décadence des foires chainjM^noise.-s. le développement de la draperie à Florence qui, tle plus, exporta beaucoup en Orient, la naissance ot l'accroissement de l'industrie anglaise, purent nuire ensuite à l'exportation, et on s'explique qu'au xiv^ siècle, toute mention à son .^ujet fa.sse pres(|ue complètement défaut, en dehors justement de quelques intUcation.s relatives à la région parisienne, la plus proche du Heu de production. Mais il est bien difficile d'émettre sur cette question autre chose que des h\pothèses très vagues et très ré<luites.

I. Kn IS7S; Xirrnheini, Dax H amllunr/Kbuch V. tmn Ocldersen, § 387, p. i>7 ; cf. Balir, Harulel... der... A/an«e, 147.

d) Conclusion.

t:'ous le rapport géographique, deux systèmes de vente aussi nettement séparés que possible existaient donc. En résultait-il deux modes d'échanges également différents, l'un correspondant au trafic local, l'autre au négoce extérieur ? Et d'autre part, pui.-^que. nous l'avons dit. il y avait certainement deux genres de marchands, les drapiers et les tondeurs, les uns et les autres opéraient-ils aux mêmes endroits et dans les mêmes conditions ou se manifestait-il également entre eux à ce double titre une séparation plus ou moins nette l En d'autres termes et pour préci.scr. existait-il. suivant la division connue, une vente en gros et une vente au détail, distinctes, encore une fois, d'après leurs conditions « subjectives » et locales ' '.

Les documents, il faut l'avouer, ne permettent nullement de répondre à ces questions. Les textes officiels en parlent à peine et sont insuffisamment précis ; les pièces privées sont beaucoup trop clairsemées. Mais, par cela même, un premier point est certain : c'est l'absence complète de règlements relatifs à une séparation plus ou moins obligatoire entre les deux systèmes de vente. On en est donc réduit de nouveau à des conjectures et à des rai.sonnementa a priori.

On peut supposer aisément que la vente au dehors ne répondait pas aux mêmes besoins que les échanges locaux,

1. Voy. l'ironiii-, Hifloin , II. Us. n. 1. ot joindre bien entendu les deux artioleH de \i>n Helo» , (Ironsliàtutlrr u. KIrinhàndIrr. et do Keutjfoii, Der llro»»- Itandrl im M. A. Mais, de ces deii.x dereiiéres t'tudes, lu première ont Hurtout critique et la seconde, au fonfl, e.st a\'ant tout négati\'e. Ht ni nous le faisons roiTiar<|uer, c'est parce c|ue, on s'en rendra compte aisément, les quelques pages <|ui vont suivre sont plutôt de simples observations qu'elle» n'ont la prétention <l'aboutir A des r>'-sultat« positifs, <|ue le manque de (Uieumenls ne permet pas d'obtenir absolument. C'e|>cndant. nous nous rallions volontiers aux conclusions de M. l'irenne /loc. cit. ), qui est partisan de l'exislcnco d'une cla.'isi' de grands marcluinds clrapiers en KInndre au M. A., en s'appuyaiit en particulier préci.<iéntenl sur les ehidres des achats de Uoinebrokc dcpnn.% dans lu I'..J. 8tU'.

sans cependant établir une distinction trop tranchée, car le trafic urbain, nous l'avons dit, ne tendait pas d'une façon absolue à une fin unique et ne s'efi'ectuait pas toujours dans de .semblables conditions. En théorie, les règlements relatifs au négoce à Douai ne parlent que de la vente au détail : il est en effet assez compréhensible qu'en raison de la permanence du marché, qui se tenait dans les maisons ou aux halles et qui mettait en rapports directs le producteur et le consommateur, on y vendit, du moins en général, par petites quantités. Et ce principe urbain se trouve confirmé indirectement par l'existence même, en dehors de la ville, de la halle des « détailleurs » d'Arras, autre entrepôt permanent.

Cependant, ces diverses dispositions ne spécifient pas le principe de l'existence réelle exclusive d'un échange au détail et elles ne l'attribuent pas à une clas.se personnelle déterminée. Nous avons déjà signalé la mention théorique de la vente « en gros » aux halles i. mais fournie par un document d'ordre pratique. En fait, un forain, achetant en gros 13 tiretaines de flocon à Douai, ne ressemble pas à l'individu, évidemment un habitant, qui vient à la halle pour se rendre acquéreur de douze aunes de drap -, Peut-être aussi les marchands qui ont fait les deux ventes ne sont-ils pas de même nature. Mais, d'un autre côté, un même négociant ne trafique pas toujours, semble-t-il, selon des principes identiques. Les Boinebroke font aux comtes d'Artois des ventes qui paraissent être considérables, mais ils leur livrent également une étoffe ou même une partie de drap. Tous les marchands douaisiens n'agissent pas autrement à l'égard de G. de Clare et de même les '• detaillcurs » d'Arras. Cependant, les uns et les autres sont évidemment des exportateurs en grand au même titre que le négociant douaisien, qui fait une vente en gros à un acheteur de Paris. Bref, on voit combien il est difficile d'aboutir à des distinctions claires et à des résultats simples.

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