P.J. fiOl et 887 ; cf. plu.s haut
On doit l'ester dans les hypothèses même très générales.
Quoi ((u'il en soit, on sait pertini-mincnt ((iie les niarehands drapiers tels que Boinebroke, achetaient la matière première en gros ; et puisqu'ils la répart issaient entre un certain nombre de maisons auxquelles ils la reprenaient, ils étaient également fabricants et par suite forcément vendeurs en grand. Ce caractère devait être chez eux d'autant plus tranché qu'ils travaillaient, au moins en général, pour l'exportation : on no s'imagine pas des industriels vendant au dehor.'; directement au détail et le» cargaisons de marchandises qu'ils apportaient en Ciiainpai;iie et en France, sans aucun doute comprenaient un nombre élevé de ti.ssus. 11 ne peut guère être douteux non plus que si dos forains venaient acheter des étoffes dans la ville, c'était aux entrepreneurs précédents qu'ils s'adressaient avant tout, et que dans ce cas encore, pour des rai.son.i qui ne différaient pas de celles que nous venons île signaler, ils em})()rtaient des marchandises en quantités plus ou moins considérables, mais toujours élevées : on ne s'expliquerait pas davantage dans ces circonstances des achats au détail. Bref, ce mode de vente en gros, direct ou indirect, exécuté par les marciianils drapiers, était la conséquence nécessaire de leur système de fabrication, ou bien plutôt, ce dernier se trouvait subordonné à leur système de trafic : celui-ci étant l'exportation, donnait naturellement lieu à des échanges en gros.
Faut -il en conclure que les drapiers ne pouvaient jias vendre et ne vendaient jamais au détail >. Encore une fois, juridiquement nu même économiquement, rien ne les empêchait de le faire. On peut seulement remarquer que les cfinditinns (le leur industrie ne ])araisKaient j)aH être de nature à les pousser à un commerce de ce genre, qui ne pouvait être que local et qui, |>ar suite, ne devait leur procurer que des bénéficcB infiniment moindres f|Ue ceux de l'exportation ou mieux d'une vente par grandes quantités : cette forme de trafic, si elle exi.stait. ne tenait donc, croirait-on, qu'une place minime dans leurs échanges. A titro personnel, il est aussi infiniment
probable que les marchands drapiers douaisiens constituaient à peu près une classe de purs commerçants en gros.
On objectera, et non pas cette fois par de simples hj-pothèses, mais par des faits précis, la vente au détail faite d'une façon générale à Arras et occasionnellement à un seigneur en Angleterre, ainsi que le mélange des deux sj'stèmes de trafic pour les comtes d'Artois. On peut se rendre compte, semble-t-il, que dans les deux premiers cas, il ne s'agit plus d'exportation proprement dite, mais de vente sur place, et que les deux méthodes ne se contredisent nullement ; quant aux derniers seigneurs mentionnés, ce sont des clients un peu spéciaux, en faveur desquels on pouvait user de procédés particuliers. D'ailleurs, encore une fois, il est impossible de vouloir trop préciser.
Mais si l'on peut aboutir de ce côté, croirait-on, à une conclusion quelque peu nette, il est beaucoup plus difficile d'y arriver au sujet des autres marchands, des tondeurs. Il serait sans doute loisible de raisonner par élimination, en quelque sorte, et de croire que la vente en gros étant au fond exclusivement réservée aux drapiers, l'autre sj stème ne pouvait guère être exécuté que par ces petits commerçants industriels. En principe, aucune raison n'existe contre cette lu'pothèse et. en sa faveur, on peut même remarquer que les maîtres dépendaient plus ou moins des grands marchands drapiers et qu'en particulier pour la matière première, les uns n'avaient, à l'inverse des autres, aucune liberté de développer n leur gré leurs opérations. Puisqu'elles devaient avoir infiniment moins d'importance pour les [jremiers, coux-ci ne pouvaient montrer que des ambitions limitées, et alors que les drapiers négligeaient sans doute volontairement la vente locale, les tondeurs ne possédaient aucmie possibilité de travailler en vue de l'exportation. La conchiite des grands marchands était surtout une question de principe ; la manière d'agir des seconds un .système de fait. D'ailleurs, l'importance des tondeurs dans la halle, l'absence de noms appartenant au patriciat parmi les listes de vendeurs de cet
entrepôt urbain ou dans les actes de vente au détail, sont des preuves de plus de notre affirmation, alors qu'inversement, les actes relatifs à la vente au dehors, si rares soient-ils. mentionnent toujours des noms de l'aristocratie bourgeoise. Il n"v a donc guère d'inconvénient à supposer que les tondeurs devaient s'occuper exclusivement, ou peu s'en fallait, des besoins d'une clientèle locale ou, en d'autres ternies, puisqu'on n'imaginerait pas une vente en gros aux particuliers do la ville, on peut considérer ces arti.sans comme des détaillants.
On remarquera que la différence qui existait entre les drapiers et les tondeurs ne portait pas sur la qualité dos produits, mais sur leur quantité : les uns et les autres étaient égalemont industriels et négociants: au contraire, de purs commerçants on gros, comparables en leur genre aux « Gcwandschncider» allemands, ne semblaient pas se rencontrer. Les tailleurs de draps, très rarement mentionnés *, ne parai.'^sent pas avoir été des commerçants considérables, mais do simples industriels sans grande importance.
Aussi, comme nous l'avons déjà signalé, qu'on étudie le commerce par lieux de vente, par natures de vendeurs, ou par formes d'échanges, on aboutit aux mêmes conclusions conjecturales. La séparation géographique constatée correspond à la distinction personnelle et morcantile. Do même que la vente sur place, qui est en grande partie un trafic pour la localité, n'est sans doute accomplie surtout que par des tondeurs et qui vendent au détail, ainsi, la vente pour l'oxtérieur. qui .><emble être avant tout un négoce réalisé en dehors de la ville, est exécutée, du moins en général, par les marchands drapiers et qui vendent en gros. Si la distinction ■géographique ne peut pas être complète, il faut l'attribuer aux achats locaux des forains pour l'exportation, acquisitions qui constituent une sorte de trait d'union entre deux systèmes opposés, et par lequel les doux trafics .se rapjjro-