RecueU, n
absolument. Relativement en effet, ce n'était pas que cette fixation engageât à jamais l'avenir et que des circonstances spéciales et suitout temporaires ne ])ussent ainsi y amener aucune modification peut-être momentanée. Certaines dispositions relatives aux tondeurs nous le montrent clairement. 8i d'abord le travail se multipliait et si ces maîtres « vœlent leur louier amender ». une plainte de leur part était susceptible de provoquer une intervention des esgardeurs et de deux fabricants même, choisis par ces derniers, auprès des échevins qui décidaient souvei-ainement '. Mais on interdisait d'une façon exprcs.se aux maîtres de " laiscr à tondre por le fonderie monter - », de l'abandonner pour exiger une hausse des salaires. Si inversement « le fonderie amenuisast ne le monnoie enforçast ' >>, si le travail diminuait ou si les espèces monétaires devenant moins abondantes, le prix des métaux précieux montait, les marchands, de leur côté, pouvaient avoir le désir « d'amenuisier » le .salaire des fabricants. Dans le cas d'un refus de changement i)ar ces derniers, les drapiers s'adressaient également aux échevins. qui « amenuisaient à lor volenté et selonc... raisons ".
Une sorte " d'échelle mobile des prix » paraissait donc exister d'après les circonstances économiques, se traduisant en somme par des variations dans la loi de l'offre et de la demande ou d'après les conditions monétaires. Ce système, déjà assez curieux de ce point de vue réel, offre un côté social non moins intéressant, en ce sens que les tondeurs pouvaient arriver à faire hausser leurs salaires, quoi (|uil leur falhit au besoin s'adresser aux échevins, et que l'intervention de ces derniers était encore néces.saire ]i(nir faire baisser les prix si les fabricants s'y o])i)osaient : a priori, ceux-ci avaient une certaine autorité, bien (|u'on prît (juclques précautions à leur égard. On ne saurait spécifier si les autres métiers jouissant également d'un système de salaires fixes possédaient les mêmes
avantages, car les tondeurs, nous l'avons dit, étaient évidemment les maîtres ayant la situation sociale la plus favorable. En tout cas, il est permis de conclure c[ue les salaires une fois établis ne pouvaient pas être modifiés par les particuliers, mais par la seule autorité urbaine, lorsque les circonstances le nécessitaient.
On ne jjossède certainement pas sur cette question de la rémunération fixe du travail tous les renseignements désirables pour l'élucider d'une façon complète, mais le point évident et aussi tout à fait essentiel, est Texistence de cette fixité dans les trois métiers de l'apprêt. Pour les manipulations antérieures à l'apprêt, au sujet desquelles, nous l'avons dit, les documents ne paraissent faire aucune mention d'un système de cette nature, on peut bien entendu en attribuer la cause à une absence de textes ou croire que ce défaut correspond à la réalité. En principe, il semble que sur une question aussi fondamentale, les règlements nous renseigneraient sans aucun doute, si brièvement que ce fût, s'ils avaient à le faire. Il n'en reste pas moins nécessaire de rechercher les raisons de ce silence ou, si l'on préfère, les causes des mentions précédentes.
Tout d'abord, cette régularisation des j^rix fut-elle réellement avantageu.se aux patrons intéressés ? On peut objecter qu'une fixation des salaires devait, sauf des exceptions extraordinaires connues, les empêcher de recevoir une rémunération supérieure, et était donc jjour eux d'une utilité fort contestable. En effet, quand les travailleurs, soit dit en passant, se trouvent ])ar essence placés dans une im])uissancc plus ou moins complète vis-à-vis de l'individu qui leur fournit leur ouvrage et leur règle leur paiement, il n'y a guère de doute que ces prix déterminés, aux yeux de l'employeur, ne constituent des maximums. Mais, pour les employés, ime pareille stipulation pécuniaire peut avant tout avoir eu pour but, et il faut l'espérer aussi, pour résultat, d'empêcher les salaires de descendre le moins possible au-desspus des chiffres donnés : ceux-ci sont évidemment aussi des minima.
954 LA ^^E urbaine de douai
Dans ces conditions, comme nous l'avons supposé, les prix avaient probablement une tendance à rester invariables : cette fixité était ainsi de beaucoup la question fondamentale. Par consécpient. tandis que sous le rapport pécuniaire, les fabricants de l'apprêt, dans leurs relations avec le drapier, pouvaient s'appujer sur des règles précises, les autres maîtres restaient réduits à l'indéterminé et au circonstanciel ; les ])remiers travaillaient d'après des princijies prévus, les autres vivaient dans un état continu d'incertitude. Bref, ces prix réguliers pouvaient ne pas être très avantageux l)our les maîtres, mais il leur aurait été encore beaucoup ]ilus défavorable de n'en pas avoir. Aussi, peut-on supposer (ju'ils ont été bien i)lus obtenus par les fabricants qu'ils ne leur ont été imposés par les drapiers, dont les intérêts étaient presque opposés à ceux de leurs maîtres.
En effet, historiquement, si mal informés que nous soyons des circonstances dans lesquelles cette fixation s'exécuta, du moins les trois réunions déjà mentionnées des ])areurs et des tondeure *, causes probables de cette régularisation, ne sont pas seulement par elles-mêmes des événements fort importants, mais surtout, en leur genre, elles constituent des faits exce]>tionncls ; elles sont pour tout le .Xlii'' siècle, presque - les uiii(|U('s manifestations de vie collective des travailleurs de la draperie et. sur cela on ne saurait troj) insister, en dépit des règlements absolument contraires des échcvins drapiers, leurs fourni-sseurs de travail et leurs chefs administratifs tout à la fois '. On ne peut donc douter, selon notre conjecture, que ce soit malgré elle que l'autorité communale ait confirmé aux apprêteurs le changement du système de ])aicment et ait inséré la fixité dans ses règlements : c'était bien (ju'clle ne pouvait être que favorable aux maîtres et que jilutôt désavantageuse aux drapiers. La théorie et la réalité conduisent ainsi k la même appréciation sur la nature
1. Rmieil, n" 217', 210*, 230» ; joindre plu» loin i 2» • et f 41I>«'.