Pt
3. A Ftorenrr, au sujet do rot l'nrhaineinent » de.s travailleurs à l'entrepreneur, voy. Doren, 220-233, 270-272.
4. - Arbeiter an gemcinsam betriebenen Anstallcn ■ (Djren, 318).
LA ' lE IBOALSE DE DOfAI, II «I
962 LA ^^E ttrbaine de douai
répondre à cette question, car les bans échevinaux ne semblent bien y faire aucune allusion. Mais ce qui importe avant tout, c'est de ne pas généraliser. A priori, comme nous Tavons déjà remarqué pour la question des salaires, puisque les divers fabricants ne se trouvaient pas dans une situation technique identique, on voit que les différences existant dans cet ordre de choses devaient à leur tour déterminer des variations dans le^ rapports sociaux de ces maitrcs avec leurs employeurs, si bien qu'à l'égard de ces derniers, les uns pouvaient être plus indépendants, les autres plus libres.
D'une façon générale, en effet, la technique déterminait directement l'état du maître au sujet de ses rapports avec l'employeur '. Plus la manipulation était simple ou compliquée, en d'autres termes, plus elle avait une apparence « domestique n ou " ouverte ». plus le capital pécuniaire ou intellectuel manquait ou exerçait d'influence, plus aussi les maîtres étaient dépourvus ou jouissaient de liberté, parce qu'en somme, parmi les fabricants, fatalement, plus un choix restait inutile ou plus une sélection devenait nécessaire et plus le métier était accessible à la foule ou réservé à une éhte, plus enfin, avec l'un ou l'autre de ces ensembles, le drapier se trouvait à son tour libre ou tenu, .\ussi. dans la .succession des opérations, à l'importance croissante de la fabrication comme au développeim-nt des difficultés ou des dépenses que son exécution entraînait, correspondait une indépendame jjcrsonnelle grandissante des travailleurs tt une situation de jjIus en plus libre de leurs entreprises. Les uns. avec les autres, devaient en somme se diviser en deux classes. D'abord, toute la masse des fabricants précédant la teinture ou l'apjirêt. les tisserands mêmes, en rai.^on de leur mode de travail toujours techniquement assez simple, pécuniairement, par Buit«, assez aisé à étabhr et à accomplir, qui pouvait ainsi
1. V(iy. |)iuir Ips ilétaiU <li> clia<juo im'-tii-r. pliiB loin § 41, «voc on particuliur la Cuacliuion.
affecter la forme d'une industrie domestique très accessible, mais très isolée, était socialement amenée et réduite à n'être en rapports, du point de vue personnel, qu'avec un .seul emplo\-eur. Au contraire, les teinturiers et .surtout les apprêteurs avaient des genres d'opérations assurément divers, mais présentant tous un caractère industriel complexe et par suite capitaliste, qui imposait donc à ces entreprises une nature financière assez choisie et assurait à leurs maîtres une indépendance suffisante pour qu'ils aient pu avoir des exploitations non fermées. Ainsi, les premiers travailleurs avaient et devaient avoir des relations permanentes avec leur unique employeur, les autres des rapports accidentels avec une pluralité de fournisseurs d'ouvrage. Bref, la facilité d'entrée originelle dans une branche de draperie était en proportion inverse de la facilité postérieure d'émancipation pour le maître ; des abords commodes emprisonnaient ensuite en quelque sorte le travailleur domestique ; un accès difficile «légagcait après le fabricant « public ». Préparation et exécution s'opposaient nettement.
Bien que ces conclusions présentent probablement quelque certitude générale, rien cependant ne prouve qu'elles correspondent toujours exactement à la réalité. C'est ce que confirmerait peut-être, au moins en partie, le seul exemple pratique d'exploitation drapière que nous ax-ons de nouveau, celui de l'entrepri.se de Boinebroke. Tout d'abord, les rapports du drapier et des maîtres ne donnent pas l'impression que les fabricants travaillaient dans des conditions différentes, certains pour le seul patricien, le reste pour plusieurs marchands en même temps : c'est donc que toutes ces relations tlevaient être itlentiques. l'his jirécisément, on voit que les petits patrons ne font aucune allusion à ini ou à plusieurs employeurs, à la conduite desquels ils auraient pu comparer celle de Boinebroke, mais ils semblent bien n'avoir de rapj)orts qu'avec ce seul drapier, par cf)nséquent ne travailler que pour lui. Cependant, on sait combien certains d'entre eux s'oecupèrciit longtemps au profit du patri-
cicu : leur silence n'en tlevicnt que plus significatif. 11 l'est même d'autant plu^ ijuOn rencontre une exception à ce fait, venant d'un fabricant, probablement d'une tondeu.se ' : elle déclare en effet avoir « vendu dra.-^ as estraingncs mareans » et aussi à Boinebroke, et coninie elle compare les prix que les ims et l'autre de ces acheteurs lui payèriiit. c'est qu'évidemment elle écoula en même temps des tissu.-; aux forains et au Douaisien. Mais justement cette indication, et cette indication unique, semble montrer que si des cas analogues s'étaient produits également, le document nous en aurait conservé la trace : puisque ce fait seul nous est signalé, c'est qu'il doit constituer une pure exception. Enfin, s'il s'agit bien d'une tondeuse, d'une travailleuse appartenant, on le sait, à un métier « ouvert » par excellence, son cas n'a qu'une importance négative, en quelque sorte, en faveur île la pluralité des employeurs. De toutes façons, il convient de le reconnaître, la situation que nous avons supposée au sujet des fabricants autres que les teinturiers et les appréteurs et, parmi ces derniers, à l'égard des tondeurs, paraît se retrouver réellement dans l'entreprise de Boinebroke.
Mais restent les autres métiers pour lesquels cette concordance ne semble pas .se nuinifester. Si en principe les teintureries, les 'anages. les tendages. devaient être des exploitations libres, on remarquera cependant (|uc Huinebroke po.ssédait pour lui seul, certainement un établis.sement de la première espèce, bien probablement trois de la .seconde et peut-être quelques droits spéciaux dans une entreprise tlu troisième genre *. A cet égard, les conclusions de fait à tirer fie ce document praticpic (|ui est justement la de.seription
1. N' 328^''. NtiUH 8ii|>|ioH4)iis ii\'iiir iittairi' n iim* toiMlouM^. pure** <|n<* |>rt>ci8(!>inont elle diVlaro • viMuln- • iIcm ilra|>H. ni |iiu-tiriili<'r h <I<w iiiiin-liiinclx du dehors, expression qui ne somble applicable ipi'n une fulirieante de ct-tte nature.
2. i'our la teinturerie, voy. plu8 liant. 72!t.730; pour le parafe, noii» fai- HciiiM alluxioii aux IroiH niaiHoii.s liiu<'-i-.s par li- patrieieii ii iIi-h fabrieantM (voy. plus haut, !)IM-n22) ; pour le t4MidaKe, il M'a^it d'un ('■tablixtu-iiient où, on sVn
. :iouvieMl, une tendeuDe « siervi signeiir Jehan en tendapw (X" .■J28*).
d'une entreprise de draperie, semblent exactement contraires aux résultats de principe que paraît fournir l'examen des documents théoriques ^. Mais on ne saurait s'étonner de l'état de choses que révèle l'étude de l'exécution testamentaire du patricien. Rien n'empêche en effet d'admettre, comme nous l'avons déjà fait entendre, que chaque employeur se constituait peu à peu autour de lui une collectivité de fabricants dont il devenait le centre unique et qui travaillaient exclusivement pour lui. S'il avait par exemple une teinturerie, pourquoi n'aurait-il pa.-; possédé également des entreprises touchant à l'apprêt ? aucune cause effective ne s'y oppose. Mais, à plus forte raison, devait-il agir de même à l'égard de toutes les autres exploitations de nature domestique. Dans ces conditions, drapier et maîtres pouvaient se lier étroitement et ainsi, l'exploitation avait au moins une tendance à prendre un caractère fermé.
Reste maintenant à étudier une dernière catégorie de travailleurs : c'est le groupe un peu spécial des réparateurs du matériel. Mais une unique et vague indication relative à un « esmoleur » occupé par l'entreprise de Boinebroke ^, ne permet guère de préciser le caractère général des relations des maîtres de cet ordre avec les drapiers. Tout au plus, la nature de la réclamation du fabricant en question, qui paraît porter sur rensemble de l'ouvrage accompli et est ainsi comparable à la forme des plaintes des autres petits
1. ^fais. encore iinr fois, on ne peut arriver sur ce sujet à des solutions absoliniient préci.ses. Ainsi, J. lî., d'une part. « vendi pluiseurs fies laines et lokes » à deux t^-inturières (32S'*), » fist parer dra.s par pluiseiu"s fies i\ le maison P. Houva-stre » (22"^) ; de l'autre, un pareur, localaire même », para 20 boins dras dedens 4 ans » (28). Ces expressions de « plusieurs fies » ot surtout cpttf très petite quantité d'étoffes manipulées pendant une durée assez lon(fue par un fabricant qui, en principe, ne devait cependant dépendre que d'un seul employeur, ou indir|uent des relations intermittentes, ou ne ^'expliquent q)ie parce que les niarcliandises ainsi désignées ou énumérées sont les seules ayant donné lieu A une réclamation des travailleurs, hypothèse, en somme, très admissible.