‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 887 sur 993 · Recueil, n"' 2<i3. 2li8-2ilîl · texte numérisé non relu

Recueil, n"' 2<i3. 2li8-2ilîl

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dapprécicr com])lètenicnt lour importance, établir leur signification précise pour îles tisserands de cette époque et c'est ce qu'il est naturellement impossible de faire. La fréquence de ces prêts autorise cependant à croire que. quel qu'en fût le motif, les travailleurs devaient avoir été maintes fois à court d'argent, et leur faiblesse permet de penser que les mêmes débiteurs n'avaient pas besoin d'en emprunter davantage ou ne pouvaient le faire en raison de la médiocrité de leur situation.

On ne saurait au reste établir davantage aucun rapport entre les emprunts et l'état social des maîtres, cette dernière situation nous étant, en somme, beaucoup trop obscure. On voit seulement le « linge telier » parler presque toujours de la « maison ù il maint » et quelquefois, d'une fa(,'on plu.s nette, de « se » maison, puis, en une circonstance, il en vend la moitié^. Très rarement, ce travailleur mentionne qu'il est propriétaire de petites sommes d'argent - et. dans un cas. il cède une rente perpétuelle d'un marc ^. Enfin, un imlividu * dont l'état social n'est pas indiqué, mais qui ne peut être qu'un tisserand, car il lègue deux métiers, l'un à un fils, l'autre à un neveu, transmet aussi sa maison d'habitation au premier et à tous les deux, à un autre fils, à sa fille, aux « kemuns povres « de la ville, des sommes variant de 10 à 40 Ib. et dont le total atteint 100 Ib. : bref, il fait un testament en règle. Or, reprenant ces indications, de la propriété d'une maison d'habitation par un travailleur urbain, nous lavons dit. on ne peut rien déduire : c'est une relation naturelle, même obligatoire. Mais la jouissance de minimes sommes d'argent liquide ou dune rente, sont des traits moins communs et j)lus significatifs, scmble-t-il ; ils peuvent former des preuves, quoique encore indirectes et vagues, de la pos.-^ession d'une fortune des plus restreinte provenant surtout do salaires

d'une hauteur moyenne. Bien mieux, un tisserand semb]e être arrivé à une sorte de richesse. Mais même si nous néghgeons cet exemple, sans doute exceptionnel, le principe que nous avons posé au début concernant les conditions un peu plus difficiles de la technique pour le tissage que pour les autres métiers le précédant, se trouve donc confirmé par l'état de capitaliste embryonnaire dau-moms quelques-uns des tisserands : une Uaison étroite existe entre les deux questions 1.

Mais la divergence déjà signalée doit encore se constater. Si quelques travailleurs jouissaient de quelques éléments d'une fortune très relative, leur état pécuniaire réel ne correspondait sans doute pas à l'importance de leur travail technique : celui-ci le.s rendait les plus indispensables de tous les maîtres, celui-là ne le.s sortait probablement guère d'une situation bien inférieure, puisque, nous l'avons dit, ils n'étaient que des artisans nécessaires et rien de plus. Il en résultait sans doute une disproportion évidente entre les rêves, les visées et les ambitions industrielles que leur importance pouvait assez légitimement faire naître parmi eux et l'espèce de désillusion sociale à laquelle leur demi-misère continue les réduisait : on ne pouvait se passer d'eux, au besoin on n'était pas sans les remplacer avec quelque difficulté et on ne leur semblait nullement estimer leurs services à leur valeur adéquate. Ce contraste et cette opposition, certahiemcnt pénibles pour les victimes, ne furent pas, croirait-on, sans amener et sans entretenir chez elles un état continu de velléité d'amélioration de leur sort, de désir d'indépendance et de liberté et même d'idée de révolte contre ceux qui y mettaient opposition et les réduisaient à cette sujétion ingrate et pleine d'amertume : mais, de plus, ces prétentions

I. Tf)us les actes privés précédemment cités sont du xiii'' s. ; on peut y joindre quelques autres pièces, soit de la même époque, soit de la période suivante et que nous avons reproduites dans notre liecueil i\ titre simplement documentaire, car il parait réellement diflficile d'en tirer des conclusions bien précises et caractéristiques : xin" s. : Recueil, n" 308; xiVa. : n" 331, 334-335. 340, 342, 344, 356, 367, 375.

ne devaient pas rester individuelles, car si ces travailleurs étaient toujours opprimés, ils devenaient assez indépendants pour se grouper en vue de les faire aboutir. En principe, ces intentions des employés — comme, d'autre part, les résistances des employeurs — paraissent être clairement prouvées par l'application spéciale aux tisserands des mesures prises contre l'arrêt du travail : c'était avant tout à eux que s'adressait l'interdiction des « assemblées » et des « takehans » ; c'était d'eux plus que de tous autres qu'on redoutait les projets d'union ou. si l'on préfère, de corporation ^. En somme, on leur défendait tous les moyens par lesquels ils auraient pu s'efforcer de porter remède à leur situation, (pii est prouvée par ces mesures mêmes. Evidemment, ils constituaient les ])his dangereux de tous les travailleurs. ])uis(|u"ils n'étaient pas que malheureux, mais que devant posséder par excellence l'esprit d'association, ils .semblaient no plus vouloir l'être en s'associant à cette intention.

Les faits le confirment, comme ils innntrcnt à certains égards l'opportunité de ces dispositions législatives. On le constate dans deux conditions, à deux é])0(pies différentes. Sous une forme iiacifique, on le sait, à la fin du xiv" siècle, les tentatives j)robablcs des intéressés commencent à aboutir, iiu'inc ils paraissent bien être arrivés seuls à constituer une union obligatoire sous forme conTessionnelle, résultat d'autant plus remarquable, malgré son caractère restreint, que le pouvoir urbain oi)posa sans doute ])lus de résistance *. Aussi ne saurait-on s'étonner (pic, selon i'aj)plication d'une règle assez courante, les tisserands douaisiens aient été les seuls à avoir ce (pi'on ])eut apj)eler propreuu-nt une histoire sociale, le mouvement jjrétédent se rattachant surtout d'ailleurs au domaine de la réglementation. En 1280, lors de l'unique « grève » des travailleurs, non ,seulement de la draperie mais de réconomie entière, (pi'on (^onnais.se pour la ville •'', <pii

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