‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 910 sur 993 · Recueil, n · texte numérisé non relu

Recueil, n

LA VIE UBDAINE DE LIOCAI, II 87

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niers, mais rien absolument n'autorise cette conjecture et tout peimet au contraire de regarder ces artisans comme étant eux-mêmes des marchands : les textes paraissent aussi clairs et aussi probants que possible. Ainsi, comme l'opération que les tondeurs exécutaient présentait techniquement deux faces, économiquement, leurs manipulations possédaient un double caractère. Ils ne mettaient pas seulement les étotïes en état d'être vendues, ils constituaient à peu près autant des négociants que des opérateurs.

Leur nature générale était ainsi assez complexe. A titre industriel, ces travailleurs pouvaient transformer les tissus des drapiers ou les leurs, ceux-ci étant les anciens draps des maîtres hbres ; mais, du point de vue commercial, c'étaient les seconds seuls qu'ils mettaient en vente. Pour les jiremiers de ces produits, ils n'étaient que des intermédiaires techniques ; pour les autres, ils valaient comme aboutissants, à la fois industriels et mercantiles. Ainsi, d'un côté, ils n'avaient qu'à rendre, de l'autre ils ne pouvaient que vendre ; juridiquement, ou ils restaient des possesseurs ou ils devenaient des prt)pnétaires.

Les qualités personnelles du tondeur, en raison de cette nature économique double, devaient par conséquent être de deux sortes. L'opération en faisait le jilus raffiné peut-être de tous les maîtres de la draperie : elle semblait le rendre le travailleur de luxe par excellence. Mais, à cette supériorité technique, il avait à joindre un esprit commercial ; et inversement, bien entendu, il ne lui suffisait pas de monti-er des qualités mercantiles, il fallait les associer aux (|ualités industrielles. Les unes et les autres ont des traits déterminés qui, sans s'exclure en princiiie, en fait ne se concilient pas toujours et ne se trouvent pas forcément réunies. Or, il est intéressant de constater que ces divers éléments, dans le cas jirésent, se comi)létaient parfaitement ))()ur former un ensemble économi(|ue achevé. Dans .son pro])re atelier, le tondeur était réellement, et d'autant mieux que sa profession n'exgieait qu'un capital d'établissement et de roulement très ordinaire, un

artisan domestique, mais puisqu'en ce gem'e il constituait un travailleur d'élite, le défaut de fond se transformait presque par la qualité de l'exécution, en ce sens que, comme fabricant en chambre, il se trouvait facilement amené à un niveau technique plus élevé que celui des travailleurs de même ordre tels que les tisserands. D'un autre côté, il n'opérait cependant pas que chez lui, tout en transportant partout son mode de travail et, bien mieux, cette émancijiation d'ordre intérieur s'accompagnait d'une hberté résultant de son état de commerçant : il se trouvait ainsi, en grande partie du moins, extériorisé de son ateher. Bref, U possédait un caractère mercantile ouvert, qui, sans détruire les supériorités de sa nature industrielle fermée, en contrebalançait heureusement les inconvénients : en d'autres termes, les défauts étaient comblés, effacés par les avantages.

Cet ensemble complexe et développé de l'état de l'artisan déterminait sa situation générale et, en particulier, ses rapports avec le drapier. La qualité comme la variété du travail ne pouvaient qu'opérer une sélection parmi les travailleurs, en restreindre le nombre et en élever la valeur moyenne : en conséquence, la demande était sans doute su])érieure à l'offre. Du côté économique, une première cause d'indépendance en résultait peut-être en faveur de l'employé vis-à-vis de l'employeur : la possibilité pour lui de se trouver en relations, non avec un seul, mais avec plusieurs drapiei-s. En ce sens encore, puisque le tondeur avait des rapports industriels, non seulement avec ces grands patrons, mais aussi avec d'autres maîtres, et «(u'à titre commercial alors, il en avait avec des acquéreurs (juclconques, individus que, dans ces deux derniers cas, il choisissait à son gré et auxquels il n'achetait et ne vendait (jue selon sa seule volonté, il .se trouvait finalement en relations avec tous les artisans qui voulaient lui offrir de la matière ouvrable comme avec tous les négociants ou les particuliers q\ii se ))r()|)osai(Mit de lui ])rendre de la matière ouvrée. Par ces différentes conditions, il n'était pas en partie seulement, mais tout à fait libre, il l'était par

essence et presque forcément. En j)rineijH'. il devait dune posséder lui établissement ouvert au j)ublie. A l'égard des autres maîtres de l'apprêt et de ceux de la teinture, si rien ne démontre le contraire d'une telle organisation, rien non j)lus ne prouve très clairement son existence, alors qu'au sujet des tondeurs, semble-t-il, tout s'accorde à la spécifier et aussi nettement que possible. En d'autres termes, si ces artisans peuvent ne pas être seuls à se trouver dans cette situation, ils y sont sans aucun doute à un degré infiniment plus accentué que les travailleurs similaires. L'influence toute spéciale de leur place finale dans l'industrie, au profit de leur émancipation, semble donc être bien établie.

En j)rincipe, cette indé])endance éronomiquc ne pouvait que les mettre dans un état réel favorable. Non seulement la jouissance de salaires fixes et plus expressément encore leur histoire sociale en constituent une démonstration indirecte, mais aussi à l'égard de la forme, la rai>idité si grande avec laquelle ils jjaraissent être arrivés à obtenir leurs privilèges en cet ordre de choses contribue à le prouver. Dès le second quart du xiii"^' siècle, ils font deux essais de vie collective : avec un système de rémunération déterminée, il en sort avant tout pour eux un rudiment d'organisation, puisqu'ils aident à nommer leurs propres esgardeurs '. Cet embryon d'existence commune, à vrai dire, est en partie redevable de son importance à son caractère d'exception presque uniijue : à peine saurait-on comparer aux tondeurs les parcurs. dont l'importance contemporaine reste beaucoup plus réduite et dont, en outre, le sort postérieur demeure inconnu, alors qu'en liJiil -, on peut de nouveau constater, on h sait, que les premiers maîtres forment encore une sorte de société, bien que la liaison des deux faits ne j)uisse se déterminer. L'es tendances à l'association, assez vagues, car on ne .saurait préciser davantage, cadrent cependant parfaitement en principe avec la

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