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CHAPITRE VI

ORGANISATION GÉNÉRALE RAPPORTS d'ensemble DU CAPITAL ET UV TRAVAIL ^

1° Orgrniisation qénérale.

A) Fonctionnement.

L'organisation économique de la draperie, comme nous l'avons déjà signalé, comprenait certainement différentes classes de participants, tant de purs fournisseurs d'ouvrages que de travailleurs ]iroprement dits ; elle renfermait également différents modes d'('ntn'i)rises caractérisés ])ar les rap|)()rts dissemblables des intéressés, ]iar leur réunion ou par Icuiséparation. Mais il semble possible tout d'abord de ramener les ])ersonnes à deux tv]»es. qui sont à la fois les plus généraux et les plus extrêmes ; le marchand drapier et le maître ; cpiant aux ex])loitation8, dans leurs genres les plus essentiels, elles ])(nivaient être formées par la coexistence des deux intéressés, l'un cm))loyant l'autre, (|ui ainsi déi)endait de lui, ou par le .second seul ayant une vie économi(|Uc isolée. Dans la ]>rati(iue. nous n'avons conservé (ju'un exemi)le concret tl'ini drapier et de ses maîtres, c'est celui de Boinebroke et de ses fabri-

1. Nous ii'iiVdiiH ilnns cette partie (§ 43. l"-2"*), et aiiiKi qiiP nous l'uvODH fait déjà retiiBr(|iier pour un éléini'Hl aiialo(;iie <lo IVonnomii» non clinpiéro (vny. pluM linut. fitill), aucune prtUontion A être oriftinul npri-H MM. Hiielier, Doren et l'irenne, mai» il ne nous a pnx sembla iniitile d'essayer de reconnaître le bien fond^ de leur» théorie» ou de leurs observations A l'éfjnrd d'une organisation drapière Inoale de la Flandre.

cants, dont l'association constitue une entreprise du premier genre ; probablement, quelques renseignements d'ordre pratique se rapportent-Us à des fabricants et à des entreprises du second genre. Quoi (|u'il en soit, d'une part, la collaboration existe, de l'autre, elle fait défaut.

Résumons d'abord les fonctions respectives du marchand et de ses fabricants. Le premier est seul ou peut avoir des associés. Le centre habituel de ses occupations est à Douai, dans sa maison, qui forme presque exclusivement un bureau et un magasin et où l'industrie intervient tout au jîIus à titre directement commercial ; au dehors, le drapier n'a qu'une action intermittente. Dans leur ensemble, ses fonctions sont variées, mais peuvent aisément, croirait-on, se ramener à deux catégories essentielles bien distinctes, l'une administrative, l'autre économique. Il veille en particuUer à toute la direction « bureaucratique » de son organisme à l'aide d'un personnel spécial. Son second genre d'occupations comprend à son tour diiîérentes espèces. Tout d'abord, le drapier luimême concentre la matière première, très rarement par production directe sur place, presque totalement par des achats surtout dans des régions très lointaines et qu'il exécute au besom personnellement, et tout vient aboutir au siège même de son exploitation. En second lieu, encore sur place, ce n'est que par exception (^u'il fait exécuter directement les travaux industriels dans des ateliers situés au besoin dans sa propre maison et dont il est le propriétaire et le directeur absolument exclusif ; mais il répartit à peu près entièrement la matière brute ou plus ou moins ouvrée et les ingrédients tinctoriaux entre un certain nombre de fabricants véritables, dispersés dans la cité et qui appartiennent à tous les métiers de la draperie, pour les leur faire niani|)ulpr et transformer, dans leurs locaux respectifs, en produits fabriqués. Quelles que soient les conditions extérieures des opérations, cette matière ouvrée, après ses déplacements, est de nouveau concentrée dans l'entrepôt du drapier. Cette j)artie tethni<|ue et industrielle de l'entreprise de ce dernier entraine pour lui un rôle écono-

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inique, qui consiste dans la passation de marchés divers douvrages et de rémunérations avec ses ditïérents travailleurs. En troisième lieu, enfin, il répand de nouveau sa marchandise en la transportant, souvent personnellement, dans des conditions plus ou moins directes, aux lieux de vente ou de transit les ])lus importants. A ce marchand s'opposent les exécuteurs industriels de ses ordres : d'une part, ceux qui travaillent dans les propres ouvroirs de leur fournisseur de besogne, assimilables en somme à des valets et ainsi pouvant être a))pelés de purs « ouvriers», sont l'exception : de l'autre, les petits patrons qui, séparés de leur employeur et isolés les uns des autres, accomplissent l'ouvrage dans leur atelier avec un personnel complémentaire et sont en effet les « maîtres », constituent la règle.

Amsi se })roduisent successivement : une concentration commerciale de la matière du dehors à Douai ; puis, à Douai même, une dispersion et une reconcentration industrielles ; enfin, une dernière dispersion, mais commerciale, de Douai au dehors : tels des affluents qui. venus de différents côtés, aboutiraient à un réservoir unicpie et, après divers mouvements, repartiraient dans d'autres directions. Intérieurement, comme tous les ouvriers et une grande partie des maîtres ne sont liés qu'avec un unicjue em])l()yeur. l'entrejjrise doit former un ensemble, un organisme i)arfaitement délimité et fermé.

Le drapier est donc lui-même, d'un côté, administrateur, de l'autre, marchand, industriel, et de nouveau marchand. Ses premières fonctions sont mal connues. D'autre part, il dirige certainement trois économies (jui, bien (jue liées nécessairement d'une façon aussi étroite que possible et en outre d'une même nature générale, sont en somme de deux espèces : la .seconde est industrielle, la |)remière et In troisième commerciales. Au.ssi ne s"étonnera-t-on pas <|ue le rôle du patricien ne soit jjas identicjue dans les deux cas. Comme drapier ))roprement dit, on le sait, il 8'occu])e le j)lu8 souvent d'envoyer et de recevoir la matière indirectement, en un mot de « faire

fabriquer >\ mais il ne fabrique couramment, d'une façon ni personnelle ni même dire;te : il n'est pour ainsi dire « grand maître », grand patron, que tout à fait par exception. Dans cette partie, on doit, semble-t-il. le définir, du point de vue matériel, un donneur et un preneur, du côté économique, un vendeur et un acheteur, sous le rapport juridique enfin, un prêteur et un créancier de travail : selon sa nature la plus générale, il pourrait être assimilé à un grand « entrepreneur », ayant surtout un rôle administratif. Au contraire, dans l'élément commercial de son entreprise, il dirige tout directement, son intervention est tout à fait personnelle et active : bref, ses fonctions sont proprement économiques. Il est seul, alors que dans l'industrie, il est entouré d'exécutants. C'est en effet par lui que matériellement sont alimentées, pécuniairement sont subventionnées, en un mot. que vivent une série de petites entreprises, alors purement mécaniques, possédées et menées par de vrais patrons. On ne saurait dire que leurs fonctions soient une partie, une réduction des précédentes, car le maître n'est ni administrateur, ni commerçant, ni entrepreneur, mais simplement opérateur. Précisément même, par ce caractère il complète parfaitement le drapier et, en même temps, s'oppose essentiellement à lui ; aussi, d'une façon visible, la caractéristique la plus accusée de l'un et de l'autre et leur opposition la plus fondamentale se ramènent à ce que, si le second constitue un « ouvrier », le premier n'étant pas proprement un fabricant, par ses fonctions essentielles est naturellement un « marchand ».

Cette différence du rôle du marchand-drajiier dans les deux éléments de son entreprise est avant tout, croirait-on, le résultat d'une origine et d'une formation di.s.semblables de l'industrie et du commerce de la draperie ; mais si pour le moment on néglige les causes et l'histoire et si on se borne à considérer les résultats et le fonctionnement, il n'est pas douteux qu'une pareille distinction concorde bien avec l'importance inégale de la fabrication et du négoce dans l'organisme. En effet, quoique l'industrie en constitue le milieu

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indisi)ensable, elle n'offre cependant qu'une valeur transitoire ; elle n'est ni le point de départ, ni surtout le but fondamental de l'entreprise. La prépondérance appartient au trafic et plus spécialement au négoce final, malgré l'importance du commerce d'achat, (jui a bien une origine lointaine, mais n'exerce qu'une simple action préparatoire, et dont la valeur est ainsi plus apparente que réelle. Le drapier évidemment n'achète et ne fait fabriquer que dans l'intention expresse et exclusive de vendre et selon certaines conditions : on le voit, en principe, d'après le rôle bien séparé que joue dans son entreprise l'écoulement de la marchandise fabri(juée. Mais le mode même d'échange influe sur tout le reste de l'économie. Comme d'abord le patricien néglige le marché local, qu'il ne veut travailler que pour le dehors, il ne peut faire des achats, des manipulations et des ventes qu'en (luantités considérables, puisqu'il ne saurait absolument exporter qu'en gros. Ce n'est pas pour un motif différent que son importation arrive do provenances si éloignées, car il ne trouverait pas sur place ni même dans des contrées relativement rapprochées, les quantités et les qualités de matières ])remières nécessaires, La nature des débouchés entrainc donc directement l'existence des grandes exploitations. Mais en général, le rôle prépondérant de l'élément mercantile quant au fond, comme aussi pour la forme les difficultés que comjiortaient forcément l'achat et la vente si éloignées de la matière, correspondent naturellement à une intervention beaucoup plus accusée et immédiate «lu drapier dans le commerce que dans l'industrie, qui n'est que d'une exécution indirecte et locale. Une corréhition toute simjjle existe entre la valeur de l'élément économi()ue en lui-même et (('Ile de l'action du chef de l'entreprise.

Ceci posé, on peut, croirait-on, chercher à iiréciser à quel mode d'exi>l()itation industrielle en particulier et à quelle forme d'économie eu général se rattachent, d'un côté, la partie surtout teehni(iue de l'entrejtrise. de l'autre, l'ensemble de cette dernière. Bien (pie la fabrication pn)prement dite

dépende expressément d'un individu, ou rarement de quelques associés, sans lesquels elle ne pourrait pas exister et fonctionner, ils sont loin à cette époque, on le sait, d'avoir tout attiré à eux et tout absorbé, car, le plus souvent. Findusti'ie n'a pas été concentrée, mais est restée dispersée ; par suite, extérieurement, les véritables travailleurs sont demeurés isolés et indépendants, donnant l'apparence d'artisans libres. Aussi le drapier a-t-il tout le capital d'exploitation, tout le capital de matière, tout le produit, mais il n'a pas encore le capital d'outillage. Cependant, il est peut-être en voie de l'acquérir. Régulièrement, l'exécution du travail du tondage dans la maison de l'entrepreneur, et spécialement pour l'exploitation de Boinebroke, avant tout sa teinturerie, et même ses maisons à usage d'atelier, par suite, ses ti.ssages-lainages, peut-être son tendage, paraissent bien être des exemples tout à la fois de concentration du travail et d'acquisition de l'outillage par le drapier. Dans ces cas, il commence à tout soumettre à son capital qui règne absolument en maître. Ces quelques manifestations, sans en exagérer l'importance et malgré une certaine obscurité, méritent cependant tout à fait de ne pas passer inaperçues, car eUes représentent évidemment le côté i( progressiste " de l'exploitation industrielle, sur lequel le reste de l'entreprise se façonnera sans doute : elles représentent l'avenir.

Si l'on réunit ces divers traits, cet organisme, on le voit, paraît constituer un ensemble assez complexe. D'une part, lorsqu'il s'agit des maîtres ])roprement dits, ils peuvent le })lus souvent être regardés comme des travailleurs à domicile. Dans des conditions extérieures du moins, certains d'entre eux, les ])lus dépendants, sont des sortes de travailleurs en chambre "ontinuant le système du travail loué ; au contraire, d'autres, les plus émancipés, ont quelque tendance à être des artisans de métier s'occupant pour \me clientèle tout à fait restreinte : les premiers et les seconds possèdent le capital d'outillage. D'un autre côté, dans quelques éléments, l'entreprise, par la cai)italisatiun complète du travail, annonce déjà la

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fabrique. Puisque le travail loué n'est guère qu'une apparence, qu'il n'en est pas autrement du métier, que la fabricjue n'est simplement qu'une exception, on ])eut conclure, semble-t-il, que dans le cours du xiii^ siècle tout au moins, la plus grande partie de l'industrie drapière douaisienne est certainement organisée d'après le type, peut-être déjà en voie dévolution, mais tout à fait vivant encore, de l'industrie à domicile.

Les valets, on peut l'ajouter, appartiennent au mode du travail loué et plus spécialement au système du travail à la journée.

La partie industrielle de l'exploitation constitue cependant un type de transition ; au contraire, le côté commercial, sans pouvoir, en raison de l'absence de renseignements, être rattaché à une forme économique tant soit peu précise, témoigne d'un état de développement jjIus avancé cjue celui de la fabrication : à l'importation comme à l'exportation, l'influence du drapier s'exerce d'une façon absolument exclusive : c'est donc un système à peu près parfait.

Aussi est-ce cet élément mercantile qui, étant le plus achevé, ayant le plus d'expansion, détermine essentiellement le mode d'économie de l'organisme. A cet égard, les parties différentes de l'entreprise peuvent se rattacher chacune à un genre distinct. A une économie domestique partielle est liée une minime partie de la produit ion ; à l'économie urbaine correspond la fabrication tout entière en somme, car le filage, .s'il ne se fait ])as toujours dans l'enceinte communale, doit s'exécuter dans un voisinage ])lus ou moins immédiat ; dans 1 économie nationale, rentre un élément peu considérable de la production, mais une (juantité déjà importante de la vente ; et cependant, la prescjue totalité de la ])roduction de la matière première et de l'écoulement de la matière fabri<)uée étant proprement de l'imjjortation et de l'exportation, ne peut se rattacher (|u'à l'économie « universelle ' ". Il n'y a donc aucun (ioutc que Ir côté commercial empêche tle faire rentrer

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