Cf. plus haut 817 HS
2. D'aprt'-s une tr^s int(^rc«w«nte cibwrvation dr M. \iiii liolow nu nujct pn'-cist'rm'nt tU-n ciitrppriw» ili" <lra|>orir pour IVxp<>rlntii>n, ilann hou i<xaui<*n (Je la tliéorii- couuuo de Souibart (I>ir KrUntrhiiny dm niixirriirn Knpitnli*mu», 442-44.3 : voy. Souiliart. Ilir (Irirrrhliihr Arbril ii. ihre Orgnnimnu», 304-39(1 ; le uii'iue, Drr motl Ka}iiUtl., 1, 03).
maîtres qu'il le juge nécessaire. Ainsi, la quantité limitée de chaque fabrication est compensée par la quantité totale de la production, et la somme peut devenir illimitée, comme si aucune restriction n'était apportée à ces petits établissements. La contradiction de droit ne paraît. donc plus se maintenir dans la réalité.
A tous égards, en somme, une exploitation de draperie telle que se présente celle de Boinebroke constitue un organisme déjà dévelopi^é et complexe, à l'intérieur duquel se réalisent une succession d'opérations différentes, qui, à leur tour, peuvent se multiplier : les phénomènes sont d'ordres divers et chacun d'eux se répète. Intérieurement, sauf une grande partie de la production de la matière première, et c'est la seule exception \Taiment importante, et la fabrication de l'outillage, l'entreprise exécute tout elle-même : administration, production très partielle, transformation et écoulement, elle se suffit entièrement. Extérieurement, non seulement par le côté administratif et industriel, les affaires du drapier le mettent sur place en rapports, directement ou non, avec une grande quantité de travailleurs de tous genres, mais, à titre commercial, par ces différentes opérations d'achat et de vente, il embrasse presque tout le monde connu de cette époque. Financièrement enfin, cette exploitation suppose et entraîne une réserve et une circulation d'argent, qui sont probablement assez considérables. Pour ces divers motifs la « taule » de la petite cité des bords de la Scarpe est certainement im centre économique important. On ne doit sans doute pas exagérer la grandeur de ces entreprises, surtout à l'égard de la quantité des opérations, mais il serait puéril de ne pas la faire ressortir, en particulier si l'on se reporte à l'époque de leur fonctionnement et si l'on se représente les difficultés de tous genres des relations commerciales qui y correspondaient.
A côté de ce type d'exploitation, il en existe, nous l'avons dit, des variantes qui appartiennent à des marchands de matières j)reniièreH, à des industriels ou à des vendeurs de
produits fabriqués : elles ne forment que des diminutifs du modèle précédent.
Au contraire, aux marchands drapiers complets et aux maîtres dépendants s'opposent les maîtres indépendants, qu'ils soient simplement fabricants ou fabricants-marchands. Comme économiquement et en principe du moins, ils ne sont soumis à personne, et que ce n'est pas avec l'aide d'autrui, mais avec leurs seules ressources que leurs entreprises ont été créées et fonctionnent, ils possèdent tout le capital d'exploitation, de matière et d'outillage : juiisqu'ils disposent de la marchandise à leur gré, ils en possèdent également le produit. Comme ils travaillent pour une clientèle qui doit être éminemment locale et qui ne knn- achète sans doute qu'au détail, ils constituent proprement des artisans de métier. D'autre part, leur mode d'exploitation ne permet évidemment pas à leurs entreprises de dépa.s.ser l'économie urbaine. Ces travailleurs sont simultanément, d'uiu' fa(,oii obligatoire, des techniciens et des marchands, mais en vertu de la petitesse certaine de leurs affaires, ils sont bien plus l'un que l'autre, à l'exception peut-être des tondeurs. De même, et par suite, leurs établissements forment à la fois des économies de gain et de besoin : en principe, ils ont cette première qualité distinct ive, puisijue c'est le consommatem- qui détermine la production et (pie celle-ci peut être illimitée, mais en fait, il est jtlus ([ue probable, qu'en raison de leur capacité de production très restreinte, comme de la nature de leur clientèle, de quantité limitée et de qualité réduite, ces organismes ne constituent guère (|ue de simples économies " de besoin ». Enfin, à l'inverse de ce que l'on constate pour les grandes entreprises, une concordance existe entre le mode d'exploitation et le mode d'économie de ces petites draperies, et le mode administratif du centre géographifjue où elles fonctionnent.
L'industrie ilrapière douaisienne est donc comjjlexe. Elle renferme une certaine variété de systèmes d'exploitations : travail loué, sous ses deux formes du travail en chambre et du travail à la journée, métier, industrie h domicile et fabri((ue.
Elle présente également une diversité de modes d'économies, soit l'économie urbaine, soit l'économie nationale, même complètement développée et dépassant ses limites. Les conditions de la production de la matière ouvrable sont presque toujours semblables ; le système de transformation industrielle ne change pas non plus ; mais la forme d'écoulement du produit fabriqué jjeut difïérer complètement. On pourrait presque dire que le mode de production uniforme détermine le système également uniforme de la fabrication, et que la nature variable de la vente différencie le caractère de l'exploitation. Enfin, à l'égard des conséquences financières, on constate cju'économies de gain et de besoin coexistent. Ainsi, grandes et petites entreprises contrastent par leur importance, mais aussi s'opposent par leurs buts et se séparent par leurs résultats : donc, bien qu'à certains égards, en apparence, les artisans indépendants semblent être une image des maîtres ou un diminutif des marchands, ils se distinguent au fond presque absolument des uns et des autres, surtout des seconds. C'est que les deux genres d'entreprises auxquels les deux classes sociales correspondent représentent en somme dans l'économie textile l'avenir et le passé.
lî) Origines.
Les origines de toute cette organisation ne nous sont ]>as connues, on le sait, d'une façon documentaire, mais il est peut-être possible d'essayer de les reconstituer dans leurs traits généraux ^.
1. Nous n'oublions pas quo la draporio flamande a pu toujours être unp induHtrip d'exportation (Piroiim-, Draps ilr Frise ou drapa de Flandre, 31 l-:il2) : c'est pour ce motif que nous ne disons pas qu'à l'origine l'iVononiie urijaine existait d'une fayon absolument exclusive, et qu'au moment du pa-ssage de ce système primordial à l'iVonomie nationale, nous parlons plutôt d'évohition que de révolution, de dévelo])penient que de transformation. Cependant, un changement e.s.sentiel s'accom])lit certainement : les grandes entreprises ne |)ouvaient pas, même si elles existaient, dominer dès lo début.
1082 LA ^^E urbaine de douai
Il ne saurait être douteux que la draperie ait ou un point de départ proprement spontané et indigène résultant de condition!* locales et de l'abondance relative de la production de la matière brute. Par suite, puisque les fabricants pouvaient se rendre facilement acquéreurs de la matière première, un capital considérable ne semblait pas être nécessaire à cet effet. Comme, en outre, les travailleurs n'avaient guère d'autre ambition que d'écouler sur place leurs jiroduits, un capital d'exploitation important paraissait également être inutile. Une série de petites entreprises indépendantes, surtout industrielles et un peu aussi forcément commerçantes, purent donc se former. Les seuls véritables marchands étaient les tondeurs, qui ne pouvaient être que des détaillistes locaux, car s'ils avaient constitué des exportateurs en gros, tout le système économique en aurait subi une transformation radicale. Le commerce comprenait peut-être également (pielques marchands d'ingrédients tinctoriaux, matières d'origine lointaine, bien entendu, et dont l'importation nécessitait, par suite, une mise de fonds et un roulement pécuniaire assez considérables. Aussi ces marchands devaient-ils former les seuls capitalistes, avec, à la rigueur, les « sires » du tendage qui, vis-à-vis des « maîtres » de leurs propres entreprises, annonçaient presque les futurs drapiers en face de leurs petits patrons. JLais il n'y avait là que des exceptions sans inijjortance. Bref, les i)rédéce.sseurs économiques des futurs maîtres du xiii'' siècle existaient à j)eu près seuls, étant encore indépendants ; ils fonctionnaient à l'exclusion absolue des entrepreneurs et presque complète des marchands, ])\iisque les grands organismes faisaient défaut, rendus inutiles par les conditions du commerce. La drajjcrie était, en conséquence, caractérisée, comme mode d'exjtloitation, par le métier, comme économie. i)ar réconomie urbaine, ou peu s'en fallait. Les entreprises se réduisaient donc à des économies de besoin, dirigées par de sim])les techniciens. Dans l'ensemble, la draperie était alors ce ((u'elle resta prescjue partout ailleurs, selon, nous l'avons dit, un trait essentiel de
son histoire au moj'en âge, une affaire purement locale ' : elle devait correspondre à peu près au système persistant partiellement au moment de l'apogée de la grande industrie.
Mais lorsqu'après un développement général en Flandre, elle eut l'ambition de travailler, suivant des formes, non pas peut-être absolument nouvelles, mais de plus en plus exclusives, pour l'exportation, elle ne piit conserver sa nature jjrimitive. La matière première locale ou même régionale devint à la fois insuffisante et inutile, en raison de sa quantité restreinte et de sa qualité médiocre : on eut l'obligation de la faire venir et de fort loin. Par suite, et c'est là un principe fondamental, des sommes importantes furent indispensables pour subvenir aux dépenses de ce commerce. Dans leur situation, les petits industriels ne purent évidemment répondre aux besoins nouveaux : il leur fallut se transformer pour s'adapter à cette évolution économique, ou la lais.ser s'accomplir sans eux. Il s'établit donc, j^eut-être en partie grâce à ces fabricants, mais certainement aussi en dehors d'eux, puisque nous les retrouverons plus tard dans leur état jirimitif, une classe de capitalistes importateurs de matières premières cpi, bien entendu, n'exécutaient des affaires qu'en gros. Au début, ces commerçants durent se confiner dans le rôle de distributeurs de matières aux artisans.
Mais, avec la précédente création s'en accomplit une autre entièrement connexe, qui fut même l'origine de la première. Si c'est la fin des opérations qui donne la raison des transformations en cause, il faut admettre qu'une classe de purs exportateurs de la matière ouvrée put également se fonder : ils furent aussi des trafiquants en grand, pour lesquels un capital de premier établissement et de roulement n'était pas moins indispensable qu'aux importateurs. A l'origine encore, ces commerçants se contentèrent de prendre aux fabricants le produit ouvré pour l'écouler. La jietite industrie pouvait donc continuer à subsister et les drapiers jiroprement dits