‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 926 sur 993 · Voy. plus haut · texte numérisé non relu

Voy. plus haut

LA VIE IHUAINE DE UOUAI II 69

cernent que quelques métiers, comme toutes les opérations se tiennent et réagissent les unes sur les autres, de telles dispositions particulières doivent finir néanmoins par influer sur la totalité de la fabrication. Par conséquent, le travailleur n'aura jamais qu'un maximum déterminé d'ouvrage et, en fait, il en aura peut-être moins. En outre, il ne lui est pas possible de dévelopj)er ses travaux jiar la réunion de plusieurs métiers et, en acquérant d'un côté ce cpii lui mantiue de l'autre, d'établir une compensation, car l'interdiction du cumul le renferme expressément dans ime partie unicjue de l'industrie. Le résultat immédiat de cette capacité limitée de récc])ti()n et de production à tous égards est ([ue la rémunération est également fixée. Le maître ne saurait aussi gagner, au maxim\ini. (|u'unc quantité d'argent qu'il ne dépassera pas et en-deçà de laquelle il a des chances de rester. On peut dire, en somme, qu'au début de chaque exercice industriel, l'artisan sait d'avance le nombre des opérations qu'il pourra exécuter et le chiffre de la rémunération qu'il aura à recevoir au plus. Il n'y a aucun doute que non seulement l'ouvrage, mais la (juantité d'ouvrage, dépend tout à fait de l'emploveur : quant à rem])loyc, on voit combien souvent il ne dirige qu'une pure économie de « besoin ».

Ce ne doivent pas être des motifs techniques seuls qui ont ])u amener des échevins-draj)icrs à édicter de j)areils règlements, nuvis ce sont également, sinon avant tout, des raisons sociales. Les chefs administratifs et économiiiues de l'a.'^sociation ont eu la volonté certaine de maintenir la ]>lu8 grande distance possible entre les emjiloyeurs, c'est-à-dire euxmêmes, et les ex{>cuteurs de leurs commandes : ils ont cx]in'Ssément décidé que ni |)ar l'accroissement indéfini d'un genre d'oj)ération8, ni juir l'union également indéterminée de plusieurs sortes de manipulations, double développement qui finalement n'aurait mis auctine born»' aux chances de gain du ])ctit jiatron. ne ])ourrait se former en .sa faveur une tendance, si vague et si réduite fût-elle, à une égalité entre les deux I la.s.se8 : il ne fallait pas (pfen aucune manièn' le maître

devienne ne fût-ce qu'un simple embryon du drapier. La chose est donc parfaitement claire : légalement, on enferme l'existence industrielle du petit patron dans des limites très précises et aussi étroites cpie possible à tous égards, que jamais il ne pourra franchir.

Ces principes paraissent bien être confirmés par quelques faits, malgi'é la nature exceptionnelle de ces derniers : il s'agit en effet des rapports de Boinebroke avec ses locataires. Il s'engage, on le sait, à leur « envoiier à waignier en un point » donné, qui sera donc exactement déterminé ^. Le fabricant locataire est bien assuré d'avoir de la besogne et un salaire, mais il n'aura qu'une quantité d'ouvrage spécifiée et un chiffre d'argent fixé : il n'en obtiendra certainement pas davantage et si une modification a lieu, elle ne pourra bien entendu s'accomplir que dans le sens d'une dimmution.

L'état économique naturel est donc, non jjas adouci par les règlements, mais tout au contraire renforcé et aggravé •grâce à eux. Dans ces conditions, du point de vue commercial comme industriel, qu'il s'agisse de la production et de l'écoulement de la matière ou de son utilisation, il est intéressant d'observer qu'on aboutit toujours à une même première conclusion : le drapier dispose du fabricant à sa pleine et entière volonté et en dispose seul ; le second est dans la complète dépendance du premier. Aussi constate-t-on un résultat évident. Si localement le fournisseur et les travailleurs sont isolés, si extérieurement ceux-ci semblent libres, on voit cependant que la réalité ne con'cspond à aucun degré aux apparences. Puisque le fournisseur seul peut ou non faire travailler, lui seul aussi est patron ; comme les autres ne peuvent qu'exécuter ses commandes ou qu'ils doivent se passer de toute besogne, ils no sont des maîtres (|nc' de nom, ou plutôt ils ne le .sont que vis-à-vis de leurs valets, mais, par rapport à leur envoyeur de travail, ils ne sont pas plus que ces derniers à l'égard d'eux-mêmes. Ils possèdent sans

Page 1