‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 927 sur 993 · I. Voy. plus haut · texte numérisé non relu

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doute un caj)ital d'outillage, mais, par les seuls moyens dont ils disposent, il reste tout à fait inutilisable. D'un mot, on ne peut ou on ne doit les considérer réellement, à l'exemple des travailleurs des grands ateliers des entrepreneurs, que comme de purs et simples <■ ouvriers ».

A cette question du travail, celle du salaire est intimement liée. Le drapier, nous le savons, non seulement est avant et après les manipulations, mais demeure pendant leur succession, le ))ropriétaire de la matière : le maître (jui. matériellement, se borne à la faire passer par son atelier, juridiquement est réduit au rôle de possesseur temporaire, d'usufruitier. Il est bien (question de ventes et d'achats, mais ces termes t)nt une valeur purement pécuniaire, économii{ue en quelque sorte et nullement juridiciue. A cet égard, le marchand et le petit patron forment un créancier et un débiteur, qui se font des emprunts et des remboursements.

Cette relation entraîne une première conséquence. Puisque les travailleurs manquent de toute liberté de se procurer la matière ouvrable sur un marché où existent l'offre et la demande, le fournisseur possède assurément tout pouvoir de la leur faire prendre au prix qu'il veut : à l'exemple de ce qu'on a constaté pour la besogne elle-même, aucune liberté n'est possible. Or, du moment (jue les maîtres sont preneurs, ils se trouvent entraînés dans l'engrenage ; et un même résultat s'observera aussi bien à l'égard du p:uement de l'ouvrage (|ue de l'obtention de ce dernier : les travailleure ne sauraient être considérés que comme de simples intermédiaires, (|ui écoulent leur matière ouvrée dans des contlitions pécuniaires exactement semblables à celles où ils l'ont prise brute, c'est-à-dire sans pouvoir tirer un véritable bénéfice d'une proposition à eux faite sans aucune concurrence, i^icn mieux, comme de nouveau ils ne i)euvent avoir p(jur aciieteur ijue le même individu (jui a été leur vendeur. puis(|ue celui-ci a fixé des conditions dans le |)remier cas, il a encore infiniment plus do motifs d'agir .sembiablement dans le se;iind. Il fait successivement ce qu'on pourrait apjjcler un prêt it un reversement :

ayant connu le premier, il peut se conduire pour le second en parfaite connaissance de cause. Or, comme il a vendu évidemment au jjrix le plus haut, il tiendra certainement aussi à racheter au prix le plus bas : en d'autres termes, il doit s'efforcer de rapjirocher le plus possible le prix d'achat du prix de vente. .Son idéal serait de réduire à rien l'accroissement de valeur cju'a donné à la marchandise ouvrable sa transformation en produit ouvré, de façon à se réserver l'intégralité du bénéfice cjui découle du changement et, a i:)riori. il peut presque arriver à ce résultat, puisque c'est à nul autre qu'à lui que la matière doit être rendue. De son côté, si le petit patron était réellement vendeur et non rendeur de matière, il aurait la faculté de s'entendre avec l'acheteur C|ui lui ferait les meilleures propositions : il pourrait, en partie du moins, fixer ses conditions. Mais ce sont celles du drapier qu'il lui faut subir une fois de plus et il lui est encore bien plus impossible d'y échapper que pour l'achat, puisque ce sont celles de l'acquisition qui déterminent en grande majorité les autres, lesquelles en découlent forcéthent. Sans doute les intérêts généraux des vendeurs et des acheteurs sont toujours opposés, mais, dans ce mode d'exploitation, ils paraissent l'être doublement et suivant des formes aussi catégoriques que possible. Marchand et maître, par principe, ont respectivement une double raison de gagner et de perdre, et la chose est presque fatale i.

Ainsi, dans la fixation de la rémunération du travail, les deux parties ont des chances absolument dispro])ortionnées : le petit patron étant tout à fait dépendant du drapier, la somme d'argent, qui correspond à l'exécution de son ouvrage, dépend trop exclusivement de celui qui la remet et trop peu de celui qui la reçoit. Par suite, elle ne jieut être assimilée à un véritable « gain » presque librement demandé et obtenu : elle n'est vraiment qu'un « loier », que le salaire de ceux qui

I. Cf. exftotonipnt sur coftf ciuestion du salairi>. Halbwachs. La claêse ouvrière, 10(1-1(18.

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i( waignent deniers à leur bras et à lor force ' », commo de sinijjles manoiivriers : ce n'est qu'un paiement de leur travail destiné à leur permettre de le continuer. Bref, de nouveau par rapport à leur l'mjiloycur. les artisans ne sont pas plus que leur propre emjiloyé par rajiport à eux-mêmes : si industriellement, ils ne sont, au fond, que des « ouvriers ». i)écuniairenient. ils ne forment que des « salariés^». La seconde condition nianlie- tout à fait de ])air avec la ])remièrc, la besogne ne pouvant être séparée de sa rémunération et les parties ne pouvant jouir dans l'un des deux cas d'une situation contraire à celle qu'ils subissent dans l'autre.

Sans doute, un tel état de choses est surtout extrême : il s'ap))lique particulièrement aux travailleurs les plus mal partagés, à ceux qui n'ont presque forcément de rapports qu'avec mi unique fournisseur de besogne. Leur soimiission économique à son égard est évidemment i)lus c()m])lcte que lorsqu'ils peuvent recevoir de l'ouvrage de plusieurs entrepreneurs. Ceux-ci forment alors en principe une sorte de clientèle : au sujet de la livraison du travail, un roulement s'établit, amène une besogne plus abondante, diminue les causes de manque d'ouvrage ; pour la rémunération, la concurrence tend également à rendre la situation meilleure. .Vinsi, à la jiure manipulation s'ajoute un peu de commerce et c'est la (|uestion essentielle, le négoce s'accompagnant toujours d'une certaine liberté. ^lais on doit se garder de rien exagérer. Le nombre des employeurs de chaque artisan reste naturellement minime et le marché, s'il fonctionne, demeure aussi restreint f|ue |)ossible. D'autant mieux que. dans l'ensemble, la plus étroite solidarité existe certainement entre tous les entrepreneurs contre les travailleurs : on peut croire qu'ils forment une véritable corporation officieuse, ofïensive et défensive. Bref, au sujet de l'absence de véritable public, les mêmes inconvénients, ou il s'en faut de très peu, subsis-

1. r..T. Ml'. <>t pour lo • Inior •, voy. pliiH haut 008, 044.

2. Sur resdi-ux leniicH, vuy. au besoin, Halbwaclu, 03, et 101-131.

tent pour tous les employés, comme vis-à-vis d'eux quels qu'ils soient, les fournisseurs d'ouvrage jouissent dans des conditions presque égales des facilités cjue leur offre l'état économique. En effet, que les maîtres soient en rapports avec un seul ou avec quelques drapiers, ce sont toujours des drapiers et les conséquences demeurent semblables : les fabricants n'ont pas à leur disposition la matière ouvrable et l'ouvrage ne dépend pas d'eux ; il n'en est pas autrement de l'écoulement du produit fabriqué ; il en va enfui de même des prix. De quelque côté que l'on se trouve, les résultats ne varient pas : les employés ne cessent jamais d'être en rapports exclusifs avec les seuls dispensateurs de rou\Tage et de sa rémunération. Et que la forme de son entreprise soit libre ou fermée, l'acheteur de la matière ouvrée n'est pas différent du vendeur de la matière ouvrable. Dans ces conditions, les fabricants restent toujours aussi peu maîtres de leur destmée économique : elle ne cesse pas d'appartenir à leurs seuls emi^loyeurs.

A côté du travail considéré en soi, un second avantage pour ces propriétaires d'établissements relativement « ouverts au public » serait celui de la fixité du paiement. Sans doute, nous l'avons dit, l'existence de cette règle semblait constituer une supériorité en faveur de ces mêmes métiers de l'apprêt qui en jouissaient, mais il importe encore d'en préciser la valeur. Tout d'abord, le fait seul que, pour les travailleurs les ])his libres, on ait cru utile de fixer théoriquement la rémunération de l'ouvrage d'une façon invariable, sans avoir égard à aucune situation ou action industrielles du maître, montre combien la supériorité du drapier sur lui était à la fois considérable et uniforme : il ne considérait pas individuellement tel ou tel fabricant, mais l'ensemble des fabricants quels qu'ils fussent ; il ne les voyait pas du point de vue technique, mais économique. De même, (juels que fussent les prix d'échange de la matière ainsi que les bénéfices qu'ils rapportaient au drapier, le jiaiemcnt ne subissait aucune modification : c'est à |iciiu' si. pour les tondeurs seuls, on fait allusion

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à des changements possibles, à une sorte " d'échelle mobile « des salaires ^. Sans doute l'employeur reconnaissait aux travailleurs le droit de demander une somme déterminée après l'exécution de leur besogne, mais il continuait à s'attribuer le pouvoir d'exiger un prix quelconque avant l'accomplissement de cet ouvrage, prérogative qui, dans nombre de cas, arrivait bien certainement à diminuer singulièrement la concession précédente. En somme, le système du paiement des apprêteurs devait surtout avoir une valeur relative par rapport aux autres métiers, et il indique dans quelle situation réellement pitoyable alors, ne pouvaient manquer de se trouver les autres maîtres (|ui n'y participaient pas ; mais à l'égard des bénéficiaires, s'il leur évitait ce sort misérable, il ne leur permettait pas cependant de réaliser une certaine fortune. En un sens, aucune disposition ne paraît même montrer d'une façon plus nette à quel point ces artisans restaient de véritables salariés, non libres, dont toute la vie pécuniaire était exactement prévue et fixée.

Il n'y a donc très probablement pas de doute que pour les maîtres les plus émancipés de la draperie eux-mêmes, les inconvénients généraux que subissait la totalité des travailleurs du fait du système économique, étaient bien plutôt atténués que supprimés. Suivant les métiers, l'omnipotence et la soumission étaient plus ou moins absolues, mais la différence avait uniquement une importance de quantité et une valeur de forme. Dans ces conditions, un jjrincijie essentiel est bien certain : l'industrie différenciait et déterminait les détails de la situation des fabricants, mais le commerce en entraînait et en maintenait l'ensemble. C'est que le maître n'était (piun trait d'union : le commencement et la fin étaient le marchand.

Tels étaient à peu près les résultats des rapportas généraux des drapiers avec tous les artisans, mais deux autres genres de relations ]ihis spéciales peuvent s'y joindre. On sait que

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