Voy. [lUiii liaul !l
grandeur générale de la ville, leur était personnellement des plus avantageux : ils visèrent donc à conserver d'une façon expresse, au besoin à exagérer la séparation spontanée des classes, la supérioi-ité de l'une, de la leur, la faiblesse de l'autre, celle de leurs emi^loyés. De cette partie de la réglementation tout à fait positive et infiniment plus importante que les quelques dispositions précédentes, assez inutiles, les échevins étaient absolument responsables, et si le sentiment d'égoïsme qui les avait fait agir j:)ouvait passer pour assez compréhensible, les petits fabricants étaient trop complètement désarmés pour s'y opposer.
Et enfin, si la distance des enti'epreneurs aux maîtres était a priori des plus con.sidérables. elle avait une tendance presque forcée à toujoui-s s'accroître. Rien n'empêchait une augmentation graduelle de la quantité d'affaires du drapier, alors que le fabricant ne cessait d'être comprimé et enserré de toutes manières. Le marchand avait autant de mani])ulateurs qu'il voulait ; chacun d'eux demeurait dans la même situation. Le drapier, séparé de ses salariés, les dominait d'une supériorité croissante, le petit patron, travaillant avec ses valets, avait comme une tendance constante à être confondu avec eux : ainsi, le gain et le besoin s'opposaient de plus en plus.
B) Conséquences réelles. i
Histoire sociale.
La dépendance économique dans laquelle les marchands semblaient tenir et maintenir les fabricants, à la fois par l'organisation conimercialc naturelle et par la réglementation industrielle voulue, ne j)ouvait jms disposer favorablement les employés pour leur emj)loveur. En principe, celui-ci faisait bien vivre ceux-là, mais il paraissait bien n'agir au fond que dans son propre intérêt. Industriellement, tous étaient des collaborateurs, mais, socialement, ils étaient peut-être tout l'opposé. Si maintenant les menaces que ren-
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fermait l'état économique contre les maîtres s'accomplissaient, si l'application que faisait le drapier de ses règlements n'était pas moins dure ([ue les dispositions elles-mêmes, bref, si la réalité ne corrigeait pas ce que la législation présentait de défectueux, dans quelles conditions les victimes pouvaientelles arriver à remédier à leurs maux ? Par l'organi.'iation sociale pacifique, elles ne pouvaient rien : l'union des drapiers s'entendait trop merveilleusement, on le sait, pour maintenir une désunion aussi com])lète que possible parmi leurs travailleurs et les rendre ainsi encore plus effacés et plus faibles. 8u])])oser l'efficacité d'une réclamation judiciaire au Magistrat serait bien mal connaître le régime communal et oublier que les accusés eux-mêmes se trouveraient plus ou moins appelés à décider au stijct des plaintes portées contre eux. Les drapiers échevins ou seraient à la fois juges et parties ou, en tout cas, seraient jugés par leurs pairs. En admettant que par un hasard vraiment extraordinaire, le fabricant ait obtenu gain de cause, il n'en demeurait pas moins économiquement à la merci complète de son employeur, qui ne possédait que trop de moyens, et les plus aisés, pour se venger de l'imprudent petit patron. Toute réclamation était donc inutile ou fiuieste pour ce dernier. Puisque tout essai de solution pacifique, au moins légal, paraissait devoir être écarté, seuls deux remèdes po.ssibles. mais beaucoup plus radicaux, semblaient rester. C'était dabord un recours au ijouvoir central : celui-ci valait comme maître naturel de l'autorité urbaine et, en fait, à répo([ue de l'apogée cdininimalr. il était fort peu favorablement disjjosé jioiu* ces détenteurs oligarchiques. Si cette méthode restait également infructueuse, presque forcément les travailleurs en viendraient à la violence.
Ces conjectures paraissent être tout à fait admissibles, même en l'absence de la iiniindre preuve documentaire, car elles découlent naturellt'inent de l'état judiciaire et économique urbain, fc^lles ne sont «pie confirmées par les événements sociaux eux-mêmes. Très malheureusement, ceux-ci sont mal connus, puisqu'on ne possède à leur sujet <iue trois documenta : l'un
d'entre eux. il est vrai, est l'exécution testamentaire de Boinebroke. En raison du nombre très restreint de ces indications, le plus simple parait être de les étudier chronologiquement, d'autant mieux que chacune d'elles a un caractère spécial et tout en montrant également la réalité des maux dont les fabricants souffraient. indi([ue aussi de quels moyens divers ils se servirent pour essayer d'y remédier.
Le premier acte remonte à 1276 ^. Dès le milieu du xni^ siècle, les échevins avaient publié, en somme, presque tous les bans de draperie, ceux du moins qui nous sont restés. Mais, en 1275, ils édictèrent de nouvelles ordonnances. Bien qu'elles ne nous aient pas été conservées, et pour cause, on va le voir, elles semblent avoir eu une valeur générale. EUes devaient durer au maximum trois ans ou être mises à l'essai pendant ce laps de temps. Seulement, un peu plus d'une année après le début de leur application, dans les trois premiers mois de 1276, des « bœne gens » qu'on ne désigne pas autrement, mais appartenant sans aucun doute au petit patronat, allèrent, croirait-on, se plaindre directement à l'autorité centrale. Ils représentèrent à la comtesse Marguerite que quelques-uns au moins de ces nouveaux règlements, entraînaient « li damages » de la ville. La comtesse fit droit à leurs réclamations, déclarant expressément qu'elle « voulait et commandait » aux échevins d'annuler tous ces bans, mais elle leur permettait en même temps d'en faire dautres ^. Le pouvoir communal déféra certainement à cette injonction, car la suppression officielle de ces ordonnances est le motif très probable de leur disparition documentaire ; et lorsque quelques années i)lus tard, en 1280, on le sait, fut rédigé un nouvel ensemble de bans, ceux-ci ne furent en somme que les anciennes dispositions du milieu dn xiii® siècle édictées avec quelques rares changements sans importance. Peut-être