‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 949 sur 993 · et le · texte numérisé non relu

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même si ému de son })roprc sort qu"il répète toujours « Por Diu ! Por Diu ! Segneur, secourez moi ! »

Mais les plaignants ne peuvent toujours se borner à ce sentiment un peu négatif de la peur. Les « dommages « que le ])atricien leur a causés et la pauvreté à laquelle il les a réduits, comme, au milieu de leurs malheurs, sa dureté et son méjms, beaucoup plus insupportable encore, bref, tout les pousse à bout. Un pareur ' qu'il a dépouillé injustement d'un héritage et auquel il a offert une indemnité (pii n'atteint même pas la moitié de sa perte, déclare d'abord qu'il perdra son bien définitivement plutôt que d'accepter une somme trop faiblcj puis, saisi subitement d'une sorte de rage, le désir de la vengeance l'emporte assez naturellement sur le sentiment de l'honneur et il s'écrie : « C'hius lerres, sire Jehan Boinebroke, me tenoit men hiretage, mais par li mort Diu. il ne li demoiTa mie ! » Ce mouvement inattendu, mais bien explicable, nous vaut l'expression du meilleur qualificatif i)eut-être de tous ceu.x qu'on peut appliquer à l'entrepreneur : « ce larron ! » Mais, encore une fois, une telle explosion de révolte et de haine est rare : c'est même le seul exemple qu'on en possède. Si les autres plaignants ont été poussé.s à une telle fureur, ils ont su la réfréner. Le .sentiment (jui. en ai>parenee du moins, domine chez eux, est une sorte de résignation, qui les rend bien plutôt plaintifs que violents. Comme la plupart d'entre eux .semblent avoir travaillé assez longtemjis ])(iur le patricien, bien involontairement ils ont dû prendre leur ]iarti de ce genre de relations : ils en ont été en (juelque sorte affaiblis, annihilés. Cet état d'anéantis.sement. qui a duré pendant toute l'existence du drapier, est si fort qu'il subsiste même après sa disparition et paraît réduire ses artisans, nous l'avons dit, à ne se risquer qu'avec queUpu- tiniidilé à exprimer leurs doléances ^.

En effet, l'étude de l'exécution testamentaire montre (|ue.

2. Cf. «ur ce sentiment dp pasaivitt'' dp8 ouvriers un g6n6rnl, Halbwaolia, La ciaut ouvrière, 13-1 i, 78 et 118.

si surprenant que cela paraisse, Boinebroke a pu, sa vie durant, se conduire comme il l'a fait vis-à-vis de tout un monde de petits travailleurs, sans que ceux-ci s'en soient plaint publiquement. H a connu, il est vrai, l'année 1297, mais, pendant longtemps, l'un a eu toute la jiossibilité de persécuter les autres et ceux-ci ont dû montrer une complète résignation à souffrir la persécution.

Tout d'abord, ainsi qu'on pourrait le supposer pour le moyen âge, cette sorte d'abandon résigné ne saurait être considéré uniquement comme une forme d'obéissance aux volontés divines. Le rôle et l'importance du sentiment religieux sont cependant indéniables. Ainsi, le tribunal remarque qu'on a avancé huit sous à un plaignant dans le but évident de subvenir à ses besoins immédiats ^. Si on lui accorde se« demandes, disent les juges, on devra déduire cette somme de celle qui lui sera donnée, « et s'on ne treuve k'il i ait raison, se soit pour Diu ! » Il est même difficile de donner une définition à la fois plus simple et plus belle de la charité. Mais, après la mort de Boinebroke, la religion pousserait plutôt ses victimes à exprimer leurs réclamations qu'à les taire, et ceci dans le but qu'ils avouent de sauver l'àme du défunt. Nous ne parlons pas de quelques individus, qui disent, un peu machinalement sans doute, tout en se plaignant du patricien : (I Que Dieu l'assoille ^ ! » Mais deux autres réclamants paraissent absolument croire que la gravité de la faute, que Boinebroke a commise à leur égard, a compromis son salut éternel. Si l'on veut, disent-ils, les dédommager du tort que sa conduite leur a causé, cette réparation qui sera pour eux un avantage matériel, sauvera en même temps, dans sa vie future, leur ancien et si coupable j)atron. Ils s'exi)riment à cet égard aussi clairement que possible : « Si pri as tiestamenteurs, pour Diu. dit l'un ^. kc il m'en face raisoun et pour acuiter l'arme du mort, cui Dix asolle », et l'autre : « Por quoi, segneur,

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