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por Diu \ je vous pri et requier que li anie de men segneur, vo père, en soit deskierkie et mi tort fait me soient amendet ». En somme, les réclamants sont sincèrement convaincus que si Boinebroke n'avait cessé de pratiquer le précepte divin : M Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». il n'aurait jamais mis son àme en danger et leurs propres intérêts matériels n'en auraient été que beaucoup mieux sauvegardés. Aussi, ce qu'ils demandent, c'est l'abandon à leur piofit, de richesses mal acquises à leur détriment, et dont la restitution, si utile pour eux. serait en même temps un véritable sacrifice ixpiatoire pour le mort.
En réalité, ces façons d'agir si contraires du drapier et de ses maîtres, l'activité de l'un, la passivité des autres, ne peuvent que résulter des causes générales, économiques, sociales et politiques, que nous avons supposées et dont l'influence est confirmée dans le cas [jrésent par certains détails particuliers.
Le travail, c'est-à-dire l'existence des jietits jiatroiis. dépendait absolument, nous lavons dit, de leur em|)l()yeur. Certainement, ils n'étaient pas sans s'en rendre compte, sans comprendre que tous les droits économiques de Boinebroke lui permettaient d'agir avec eux à sa fantaisie et enfin, surtout a))rès les événements de 1280, sans voir (ju'ils ne devaient guère espérer d'amélioration à leur situation. Par suite, quel que fut le sort qui leur était imposé, ils l'acceptaient parce qu'il leur permettait tant bien que mal de vivre. En dépit des conditions dé])lorables du travail et du salaire, ils avaient là une situation encore préférable à la privation de tout ouvrage et de toute rémunération. Il est vrai i|ue. de temps à autre, les fabricants recevaient à peine leur « desierte » : il ne leur restait alors qu'à subsister en s'endettant dans l'espérance d'un avenir meilleur. Quant à changer d'entreprise, c'était j)urement inutile. Cette nécessité pour les petits patrons de demeurer soumis à l'autocratisme de
l'entrepreneur n'est ni une hypothèse ni une exagération : ils l'avouent eux-mêmes. Lors([u'ils sont mécontents de leur sort, des propositions qui leur sont faites, ils se plaignent, gémissent, mais cèdent toujours. C'est que, dit l'un, « je n'aroie autrement ke faire ^ » : il est impossible d'exprimer plus clairement une résignation plus fataliste. On ne s'étonnera donc pas que les fabricants paraissent même tenir essentiellement et par dessus tout à conserver à n'importe quel prix la clientèle de leur donneur de travail. Une tendeuse déclare accepter les clauses si préjudiciables de paiement qui lui sont faites par le truck système, « pour doutance ke elle ne perdist le taule de celui Jehan et sen waignage ^ ». Elle ne peut dire d'une façon plus cxphcite qu'elle craint, en refusant ces conditions, d'être exclue des <i marchés à passer au comptoir » de Boinebroke et de se trouver ainsi privée de ses moyens d'existence. Des actions de ce genre sont sans doute des « folies * », mais il faut vivre ! Seulement, on doit l'avouer, étant donné le caractère du patricien, quelle raison aurait-il eu de ne pas traiter selon son avantage exclusif des individus, qui ne paraissaient demander qu'à se soumettre d'une façon aveugle à tous ses ordres plus ou moins arbitraires, en admettant même qu'il ne leur ait jjas été possible d'agir autrement.
Cependant cet assujettissement était surtout volontaire, tandis que l'on constate des motifs d'obéissance réellement obligatoires. Certains travailleurs, nous l'avons dit, étaient des débiteurs de Boinebroke, et trois d'entre eux, interrogés par les témoins sur les causes de leur soumission assez surprenante, répondent tous les trois aussi d'une sembla l)le façon : « Jou n'en osai el faire por mes deteurs », dit l'un ; « c'est por le creneur de çou ke je li devois », observent les deux autres '. Or, des cas de ce genre devaient être extrêmement fréquents. Et encore, on s'en souvient, comment les