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•1. Voy. A Cl' «uji't Jilian Boinrbrokr, 108, n. 2.
à ses visées une ardeur incroyable et des ressources singulières. Dans l'ensemble, il n'oublie aucun moyen et ne néglige aucune circonstance lui permettant d'arriver à ses fins : aussi souvent qu'il le peut, il vole et il extorque avec un véritable cjaiisme. En maintes occasions, il est même assez retors pour gagner sur un seul individu de plusieurs façons : une unique affaire lui procure des bénéfices illégaux répétés. C'est que, chez Boinebroke, toutes ses pensées se rapportent à un but exclusif comme toutes ses actions dénotent une intention fixe : s'enrichir et s'enrichir toujours, partout et n'importe comment. C'est une passion insatiable qui dirige et détermine tout et qui donne à sa figure son trait caractéristique et fondamental. Aussi, hors de ses intérêts ou de lui-même, il ignore quoi que ce soit. Rien ne l'émeut et ne le touche cjue ce qui lui profite ou le dessert, rien n'est jjour lui honnête ou malhonnête, mais tout est profitable ou nuisible. Son caractère ne présente donc aucune trace du moindre élément moral, non pas bien entendu, d'un sentiment noble ou élevé, mais simplement de quelque sentimentalité vulgaire. C'est le contraste le plus entier avec toute idée de générosité et même de justice, c'est l'égoïsme dans tout ce qu'il peut avoir de plus dur et de plus méprisant, avec une pointe de moquerie, de « gouaillerie » qui se com])rend aisément, et avec toutes les conséquences sociales d'un ])arcii vice jjoussé jusqu'à l'extrême.
Les fabricants supportent forcément ces résultats et, dans ces conditions, les rajjports de l'entrepreneur avec eux ne peuvent avoir qu'une nature bien tranchée. Boinebroke, comme éche vin-drapier, possède à tous égards la force : rien ne l'empêche d'en user, tout le pousse à en abuser. Or, en raison de son caractère, toute partie apjielée à entrer en relations avec lui s'y engage pour son malheur. Lui seul gagne et accumule de l'argent : le moindre mal ([u'il cause à ses employés, c'est de ne pas leur en faire perdre, mais le plus souvent, ils sont ])ar lui frustrés, })illés, sinon ruines. Il n'y a rien à lui opjjoser : si l'on excipe de droits acc^uis, il les
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méprise ; si l'on se plaint, il se moque ; si l'on résiste, il vous brise ; c'est l'arbitraire le plus complet et l'oppression la plus lourde : U ])eut tout. Lui seul pétrit tout ce monde et le fait marcher despotiquemcnt vers un but qu'il connaît : les autres se lamentent, s'agitent, soufiFrent, pleurent et ne savent et ne peuvent (jue recommencer leur existence servile. Pour lui, tous ses fabricants ne sont que des instruments de son capital, des outils de sa fortune : mis hors d'usage, rien ne lui sera plus facile que de les remplacer. Son idéal est d'exiger de ses maîtres le maximum de rendement en faisant le minimum de frais, d'en tirer tout ce qu'il peut leur arracher de l'argent qui devrait légalement leur revenir, en ne leur laissant que la rémunération strictement nécessaire jjour qu'ils puissent continuer à s'épuiser à son unique profit. Bref, dans leur côté social, les rapports entre fournisseur de travail et travailleurs se résument très exactenu'nt. semble-t-il, ])ar l'exploitation absolue des seconds par le premier ou, comme on jjcut déjà le dire, du travail par le capital.
Cette conclusion fondamentale se complète par une autre déduction ]ilus particulière, mais qui n'est guère moins essentielle. Boincbrokc peut, d'après les circonstances ou les individus, modifier ses sentiments ou varier ses procédés, mais la nature générale des uns et des autres reste immuable. Quelle que soit la situation industrielle ou juridicpie des travailleurs, toujours leurs relations avec leur employeur conservent un caractère identique. Qu'il s'agis.se des ouvriers de fabrique ou des maîtres, et parmi ceux-ci des ])lus dépendants et des plus humbles ou des plus émancipés et des plus relevés, des batteurs ou des tondeurs. f)u encore, dans d'autres conditions, des débiteurs ou des nmi-débiteurs, des non-locataires ou des locataires, l'employeur ne les considère et ne les traite pas de façons distinctes. Qu'en théorie ou en fait, ils soient plus ou nioius libres écon()nii(|uenient. leur fouruisseur de travail a sur eux le même |)ouv()ir .-«ocial absolu et tous au.ssi lui sont également soumis : ils nu paraissent pua présenter
entre eux à cet égard de différence appréciable. C'est donc bien ici la confirmation effective des principes déjà posés ^ : entre tous ces travailleurs, qu'il existe des dissemblances causées par la situation économique ou par le rôle technique, jjar le mode d'exploitation ou par la fabrication, elles n'ont qu'une valeur apparente et secondaire, car, en réalité, le commerce et le capitalisme annihilent ces variétés et sup* priment ces distinctions. Ce résultat est surtout intéressant à constater au sujet des maîtres proprement dits des divers métiers : par rapport les uns aux autres, ces artisans ne sont certainement pas identiques, mais, à l'égard du marchand drajîier, celui-ci est trop haut placé pour que ces différences relatives gardent une valeur absolue. Tous ces travailleurs quels qu'ils soient, suivant l'expression imagée et vivante de l'un d'eux, n mosent desous lui ^ » à égal titre ; aussi l'impression la plus forte que laisse l'exécution testamentaire est l'énorme distance qui sépare l'emi^loyeur de ses divers employés : le mort domine et écrase encore les vivants. C'est peut-être cpie la plupart de ces derniers sont les restes d'une époque disparue ; lui au contraire est l'avenir.
Ainsi, il y a deux hommes dans Boinebroke, ou c'est le même homme qu'on peut envisager de deux points de vue distincts, mais étroitement connexes. Du côté économique, il dirige une grande entreprise de draperie, il a des capitaux, il occupe un persomiel considérable et varié, il possède plus ou moins directement des places diverses de transit et de fabrication, il a tout un monde d'entreprises en tête, il est sans cesse en route malgré tous les risques, il fait venir de partout et partout aussi il envoie des produits multiples, répandant ainsi, avec son propre nom, celui de hi cité dont il est certainement liiii dos fils les plus glorieux. On ne saurait le dire trop haut : c'est économiquement un grand personnage que ce patricien douaisien que ses tra\ ailleurs eu.x-