‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 955 sur 993 · Recueil, n · texte numérisé non relu

Recueil, n

mêmes appellent « sire -i ou « seigneur Boinebrokc ». On lui doit en effet une certaine admiration, car, dans la vie de l'argent, il a fait de grandes choses. Même le marchand drapier a en quelque sorte trop bien réussi. Le goût sans doute exclusif des affaires, l'accroissement continu de ses richesses et aussi ses pouvoirs illimités sur ses ouvriers ont dévelopjjé le côté pécuniaire de sa vie et de son caractère à un degré tel (|ue cet élément a tout absorbé, sans laisser de place pour aucune des supériorités d'ordre social qui auraient dû comjjléter les mérites précédents, et qu'il a. engendré chez le drapier des défauts non moins absolus dans leur genre que ses qualités. Boinebroke n'est plus maintenant (ju'un pur homme d'affaires dans le((uel l'argent a tout dissocié, si bien (pril a oublié que ses droits indiscutables sur les travailleurs entraînaient des devoirs non moins évidents vis-à-vis d'eux. Mais il ne les considère plus que pour le profit (|u"ils lui rapportent. Si donc il reste toujours leur fournisseur de travail, ils ne peuvent plus lui en garder aucune reconnaissance. Pour ses travailleurs, les préparateurs de sa fortune, en même temps ses concitoyens et ses égaux en droits, il est devenu un être absolument antisocial dont ils n'ont plus qu'à se séjjarer. L"ér|uilibre (|ui devrait exister entre les deux parties de cet inilividu, par la prédominance trop absolue de la première, a complètement disparu au détriment de la seconde. Si réellement admirable que soit le drapier d'un côté, il n'en est, de l'autre, (pie plus détestable.

Ce genre de rapports entre l'entrciircncwr et ses travailleurs n'est nullement exceptionnel : la supériorité de l'exécution testamentaire est, nous l'avons dit, de constituer un document type. Les Boinebroke devaient être nombreux à Douai : dans le milieu de l'aristocratie marchande, ils ne pouvaient même (pie former la règle. Kien ne le jirouve mieux que le bannissement collectif de 1-!I7 : sans j)rétendre (|uc les proscrits furent seulement des drapiers coupables et tous les ])roscri]>teurs des fabricants victimes des premiers, on peut croire (jue ces deux classes sociales furent en majorité

dans chacune de ces catégories ^. Ainsi les petits patrons s'y étaient repris à trois fois pour renverser leurs employeurs : après une simple réclamation, après une révolte violente, ils trouvèrent enfin plus simple de les expulser. La victoire leur resta. Quelle que soit l'apprésiation morale qu'on émette sur ces faits, ils illustrent socialement l'abus que, pendant la seconde moitié du xiii^ siècle, les entrepreneurs en étaient arrivés à faire de leur toute-puissance économique : ils sont la conclusion naturelle des règlements antérieurs et ceux-ci en formèrent comme le germe. L'exagération du système fut donc suivi de près par sa chute, et Boinebroke, avec bien d'autres de ses concitoyens, connut ce que l'existence peut offrir à peu jirès de plus extrême.

Le rôle des métiers pendant les guerres de Flandre ne nous est guère connu d'ailleurs, on le sait, que par cette proscription et par l'incident de la condamnation du tisserand Pierre de Cambrai ^. Comme nous l'avons déjà fait observer, si cette absence presque complète de renseignements sur l'histoire sociale au cours de tous ces troubles demeure assez inexplicable, on constate avec intérêt que les mentions des plus rares qu'on en possède ne se rapportent guère précisément qu'à la dra]icric ''. Ensuite, au cours du xiv^ siècle, c'est le silence absolu. En 1371, il est vrai, la difficulté relative avec laquelle le Magistrat paraît accorder aux tisserands une concession corporative pourtant très restreinte ■•, semble montrer une certaine persistance de l'opposition antérieure malgré une atténuation bien probable aussi. On peut en effet conjecturer que la disparition du régime, sinon patricien, du moins autocratique, comme la décadence de l'économie drapière avec les quelques concessions que de ce côté, de plus ou moins mauvaise grâce, les échevins se laissèrent enlever, améliorèrent bon gré mal gi'é les rapports des parties inté-

Page 1